Crans-Montana, attention, poudreuse !

Monica Sabolo raconte la jeunesse dorée que ses parents ont connue puisqu’ils y ont passé leurs vacances, été et hiver, dans cette station sulfureuse des années glorieuses, celles où le fric n’est pas l’important quand on en a plein et où rien ne semble d’ailleurs important. Crans-Montana, lieu de rencontre entre jeunes nantis, snobs, méprisants mais méprisés aussi par plus snobs qu’eux. Quel drame. C’est le portrait de trois filles divines, les trois C, Claudia, Charlie, Chris, qu’aucun de la bande des garçons n’osent aborder, écrasés par la nonchalance classieuse des Italiens de Milan, de purs mecs irradiant leur micro-société.
Un superbe autre Italien, le fils du traiteur, fait aussi des ravages dans le cœur des femmes et, curieusement, dans l’estime des play-boys puisque tout le monde l’accueille à bras ouverts lorsqu’il débarque dans les boîtes et les fêtes. C’est une sorte de lien entre tout ce petit monde qui se jalouse, s’épie, s’ignore, se sépare puis se retrouve, les mêmes, pour les vacances.
Les trois C ont du mal à grandir, la vie de folie qu’elles mènent ne leur aura rien appris, l’une d’elles se fera tristement engrosser et, plus tard, son sosie de fille voudra demander aux deux C rescapées de l’accident qui a tué la mère, demander si elle a un jour été aimée d’elle. Les années 80 prendront la suite avec sa flamboyance, ses excès, ses indécences, dans les mêmes lieux…avec plus d’alcool, de fric, de poudre, d’esbrouffe.
L’histoire — un peu complexe vu le nombre de personnages — n’est pas l’essentiel. C’est le feeling, le ressenti, les ambiances, l’impalpable qui sont brillantissimes dans ce livre des jeunesses perdues, des rêves jamais vécus, des rancœurs mal digérés. Une petite photo, à la fin, où l’on voit des amis des parents de l’auteure dans la boîte. Comme si elle était nostalgique pour avoir loupé quelque chose de terriblement excitant et que ce livre lui permettrait de combler le retard de sa naissance. Vu comme ça, c’est réussi.

Crans-Montana par Monica Sabolo, 2015, aux éditions jclattès. 250 pages, 19 €.

Texte © dominique cozette

 

Un livre à l'eau de rose, la bonne

L’Islandaise Audur Ava Olafsdottir (j’ai simplifié au niveau des petites barres ou accents sur les lettres !) nous tient en suspens avec une histoire toute simple et toute charmante dans son dernier opus traduit en français : rosa candida. Oui, bon, c’est du latin mais on ne le perd pas en se plongeant dans ce récit car, pour une fois, les prénoms sont sexués. La fille s’appelle Anna, la petite fille Flora Sol.
Le héros est un jeune homme orphelin d’une mère aimée, qui vit harmonieusement avec son père et partage ses week-ends avec son jumeau (faux), sorte d’autiste sage.
Un soir de fête, il couche avec Anna et l’histoire s’arrêterait là si Anna venait lui annoncer, dans pathos, qu’elle est enceinte. C’est une petite fille tout ce qu’il y a de chouette, qui fait ses nuits et sourit tout le temps. Le jeune homme lui rend parfois visite. Sans plus. Puis il décide de ne pas faire les études que son père lui préconise. Il adore les jardins et les fleurs alors il part dans un autre pays s’occuper du jardin célèbre d’un monastère dont personne ne s’occupe. A part le fait qu’il n’a pas l’occasion de la moindre sexualité, il s’adapte à merveille et, avec le moine cinéphile, dévore des cassettes en VO sans sous-titres chaque soir. La façon qu’a trouvée le moine d’apprendre la vie.
Puis un jour, Anna se pointe avec la petite qui a 9 mois. Elle demande au garçon de la garder un mois le temps qu’elle rédige son mémoire sur la génétique. Et elle reste chez lui, finalement. Et entre eux se tissent des liens dont il ne sait pas quoi penser. C’est toute l’histoire du livre. C’est joliment écrit, le jeune père se prend les pieds dans ses sentiments et son désir, la petite fille, surdouée, nous enchante et Anna, dans ses livres, regarde tout ça distraitement. Que pense-t-elle ?
Beaucoup de questions sur la vie, l’amour, la mort, la religion jalonnent le livre qui n’est en fait qu’une longue interrogation sur le sens des choses. Mais c’est  ce n’est pour autant pas une prise de tête, chacun peut y cueillir sa fleur.
Un livre tendre comme ça, ça fait du bien, c’est moi qui vous le dis.

Rosa Candida de Audur Ava Olafsdottir chez Zulma.  2010 pour la traduction française, 2007 pour la VO. 264 p. 8,95 €

Les Fessebouqueries #277

Qu’est-ce qui a fait pleurer les blondes, cette semaine douce et printanière ? Une sextape aussi palpitante que l’accouplement du tenon et de la mortaise, l’ex-président à talonnettes qui se prend tellement pour Jésus qu’il finira les bras en croix, le don du sang pour les gays qui se demandent s’ils le sont encore au bout d’une année sans sexe et, cerise sur le gâteau, notre ministre du travail qui connaît son dossier CDD sur le bout des doigts, comme disait un ami lépreux au stade final. Ça rassure, tout ça.
– OB : Quand je pense que les américains tuent tout le monde avec des flingues, alors qu’il suffit d’un saucisson.
– CC : je reviens du Cantal, c’est le paradis sur terre : de la viande rouge et pas de café starbucks
– ER : Je plains le gars qui a été chargé par une juge de géolocaliser Nicolas Sarkozy et qui est maintenant épileptique.
– NP : Donc en France on peut très bien être homo et donner son sang. Faut juste pas être un homo sexuel.
– DO : Rebondissement extraordinaire dans l’affaire de la sextape de Mathieu Valbuena Le nom de N. Sarkozy n’est pas encore apparu dans le dossier
– FIA : J’ai Alzheimer et Gilles de la Tourette : je sais plus où j’ai rangé mes fils de pute.
– JPT : Air Cocaïne : pour voyager sur nos lignes, un billet de 1 dollar soigneusement roulé suffit.
– NP : Sarkozy qui critique l’affaiblissement de l’autorité de l’état c’est un peu comme si Marc Dutroux critiquait la pédophilie.
– OV : Il faut avoir le courage de reconnaître qu’Hitler n’a pas fait que des mauvaises choses : par exemple c’est lui qui a tué Hitler.
– OK : URGENT: Béziers : Un homme qui venait de mettre un tshirt « I love kebab » à sécher à sa fenêtre vient d’être abattu par la police municipale.
– OK : Sarkozy veut créer des places en prison. Dans les quartiers VIP ?
– EM : Rappelons que tant que Michel Platini ne lui a pas apporté son soutien, Karim Benzema est présumé innocent.
– FIA : 12 mois d’abstinence pour pouvoir donner son sang. Après on te file plus un sandwich mais une bite.
– ACD : Il faut quand même admettre que les moustiques sont beaucoup moins cons que les humains quand il s’agit de don de sang.
– SP : Moi aussi j’en ai marre de l’acharnement de Sarkozy ……à se retrouver mêlé à toutes les affaires depuis 2012
– OB : – On baise ? – Pas cette année, j’ai un don du sang.
– FR : Le décès de l’académicien René Girard libère un fauteuil pour le filozof Jean Roucas, futur ministre de la Culture du FN.
– CC : les gays ne peuvent pas donner leur sang, par contre les électeurs du fn ont le droit de donner leur avis
– DP : Amis gays, nos nouvelles ceintures de chasteté en kevlar sont dotées de microprocesseurs contrôlés par le ministère de la santé. Elle s’ouvrent automatiquement au bout d’un an.
– FR : OFFICIEL Novembre 2015 : Nicolas Sarkozy est désormais moins populaire que l’herpès et la redevance audiovisuelle.
– RR : Il paraît que la sextape de Valbuena tient sur une clé USB 8 Minibit.
– PM : une question de Lucette au standard : « si ceux qui baisent ne peuvent pas donner leur sang , les branleurs pourront ils donner leur sperme?  »
– OM : « Un ver solitaire retrouvé dans le cerveau d’un américain. » Quoi ? On a retrouvé quelque chose dans le cerveau d’un américain…?
– ADN : Je me demande si je peux parler de la ministre du travail qui ne connait pas son travail. J’y travaille
– DC : La ministre du travail ne sait pas qu’elle est en CDD. Elle n’a pas lu son contrat de travail. Elle ne sait même pas de quoi elle est ministre. Mais c’est pas grave, nous la payons aussi pour ça, pour nous payer sa gueule…
– HDD : Il paraîtrait que Maud Fontenoy est clito sceptique

Et un beau bonus de LH sur le beau métier de ministre :
Salut à tous !
Arrêtez donc de vous moquer de notre Ministre du Travail qui ne savait pas combien de fois on peut renouveler un CDD …merde, comment voulez vous qu’elle le sache…. alors qu’elle ne sait déjà pas ce qu’est un CDD !
Parce que je viens de l’avoir au téléphone et la pauvrette a cru que Bourdin parlait du dernier CD de Dédé …bon, ça arrive quoi !
 Alors, hein, c’est facile de se moquer ! Bande de méchants, va…
C’était comme pour Fleur Pellerin Tout le monde lui reprochait en tant que Ministre de la Culture de ne même pas avoir lu Modiano, auteur Français primé par le Nobel de littérature – elle a pas le temps de lire la pauvre chérie… oui, bon, pour une Ministre de la Culture, c’est un peu embêtant, il est vrai …mais bon, c’est pas bien grave, n’est ce pas ? Elle sait qui sont Zahia et Nabilla, c’est déjà pas mal ! ( Oui elle a le temps de regarder la télé….ouf ! )
Bon, sinon, moi j’ai envoyé ma candidature pour devenir Ministre des Sports au fait…ben quoi ? 
C’est pas mal quand même !
Tu gagnes bien : 
- l’indemnité de base 11 029,35 €
- l’indemnité de résidence 330,88 €
- l’indemnité de fonction non imposable 2 757,33 €
Et en plus il y a des avantages ! Tu as un logement de fonction, tu ne paies pas les billets de train pour les déplacements personnels ou professionnels, tu disposes d’une voiture de fonction avec son chauffeur et tu bénéficies de voyages gratuits en avion partout dans le monde !
Trop cool !
Hein ? Vous dites quoi ? J’y connais rien en sport ? Oui c’est vrai…
Mais ça semble pas un critère nécessaire de toute façon. 🙂
Bonne journée à tous !

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Les 14 voyages de Mauvignier

Dans son dernier roman, Autour du monde, Laurent Mauvignier nous embarque en fait dans la tête des gens de chacun de ses récits qui pourraient être des nouvelles mais qu’il s’ingénie à relier entre elles. Le prétexte fallacieux du tsunami japonais n’a pas cet effet papillon attendu, non, c’est juste que tout ce qui arrive de lourd, de tragique, de complexe aux différents héros se passe à ce moment-là. Parfois, le tsunami joue un rôle dans l’histoire, la première où un type embarque une nana tatouée et pleine de cicatrices, sorte de punk adulte et succombera à la vague. Pas elle. Parfois, ce sont juste des images à la télé qui touchent plus ou moins les gens notamment les derniers, en voyage à l’étranger, qui cherchent à cacher à la fillette la catastrophe car sa mamie habite là.
Pour tout le reste, il y a l’Afrique, la Californie, Moscou, les Bahamas et ce qui m’a impressionnée dans de livre, c’est la puissance d’évocation des sentiments des personnages, de leurs implication et questionnements dans ce qu’ils vivent, de leur profondeur. On a l’impression que Mauvignier tient un scalpel et qu’il dissèque jusqu’à la moelle de l’os ce qu’il se passe en eux. Et pourtant, je ne suis pas fana des nouvelles, je les fuis même car je n’ai pas la sensation de m’attacher aux personnage. Ce qui n’est pas le cas ici. Leurs reliefs sont tellement détaillés qu’on a envie de tout savoir, de tout connaître sur leur histoire. Et d’une pirouette, d’un prénom, Mauvignier nous envoie vers quelqu’un d’autre. Rien de forcément palpitant à première vue mais qui le devient petit à petit comme sur une photo lentement dévoilée. Très bel exercice.

Autour du monde de Laurent Mauvignier, 2014 aux Editions de Minuit. 372 pages, 19,50 €

texte © dominique cozette

Les Fessebouqueries #276

Le grain à moudre de cette semaine est, bizarrement, composé de paires. Non pas celles que vous croyez, d’autres, plus proches de la paire de baffes : Delon-le Pen, viande rouge-kébab, tampons-sang contaminé, rafales-air cocaïne, Roucas-Morano. Oui, des bonnes paires de baffes…
– OVH : France Télévisions cherche des poujadas dans la tête de Marine Le Peigne.
– FIA : – Vous avez quelque chose à ajouter Mme Boutin ? – Oui Monsieur le Juge : pourquoi portez-vous une robe ?
– RC : Le programme du FN c’est un peu comme la viande de kebab. On sait pas vraiment ce qu’il y a dedans mais on sait que c’est de la merde.
– DS : Quand la fin de mois est tendue, ça t’arrive de faire un chèque en bois.Thomas Fabius, lui, c’est la forêt amazonienne qu’il signe.
– JPT : Alain Delon : commencer avec Romy Schneider pour finir avec Nadine Morano, tu parles d’une dégringolade !
– DS : Je sais pas qui est le plus con entre celui qui fait un chèque en bois d’1 million de dollars et celui qui l’accepte sans vérifier.
– DP : À Orly quand tu fais pipi dans l’urinoir des mâles, tu peux lire cet avis préventif: eau non potable. Pour le cas ou on aurait traverse le désert et qu’on se serait précipités pour laper nerveusement la porcelaine.
– RR : Je vais être vulgaire, mais c’est tellement la merde dans le monde qu’il faudrait penser à tirer la chasse.
– FIA : C’est des conneries ces histoires de viande cancérigène. C’est ce que m’expliquait mon buraliste pendant qu’il préparait mon entrecôte.
– FIA : Gagnez du temps, mangez des métastases.
– DC : Roucas a été exfiltré du Front National, en échange de Nadine Morano. Un clown chasse l’autre !
– ZJ : François Hollande a réussi à gâcher la seule croissance constante qu’on avait jusqu’ici : Le chômage. Hollande démission!!!
– FIA : Risque de cancer : c’est encore pire si vous mangez du saucisson sans filtre.
– DS : Bon on va faire 2 groupes : 1 – Les gens qui vont mourir de la viande rouge 2 – Les gens qui vont mourir aussi
– RR : Le savon et les chiffres ayant été inventés par les Arabes, je suppose que Robert Menard pue et compte sur un boulier.
– FIA : « Du désherbant dans les tampons ». En gros, si tu jettes ton tampax ds la forêt de Fontainebleau, 6 mois après il y a un parking à la place.
– MK : Lu, dans Le Point : « Alain Delon aime Nadine Morano pour ses couilles ! ». Je savais bien que Morano est un travelo qui drague le FN, et que son mac c’est Sarko.
– LC : Les 2 pilotes qui fuient en laissant leurs amis se démerder, c’est comme si Sarkozy accusait tous ses potes au lieu d’assumer. Impensable.
– OK : J’espère que les saoudiens ne nous achètent pas nos rafales avec des cheikhs en bois.
– RR : « Du désherbant dans les tampons ». Si au moins ça évitait aux poils pubiens de repousser.
– EM : Gilbert Collard traite Jean Roucas d’intellectuel, Jean Roucas s’estimant gravement insulté quitte le FN, c’est cohérent.
– FIA : Dans la prison de Béziers : – T’es là pour quoi toi ? – Linge aux fenêtres. Et toi ? – Kebab clandestin.
– JS : La réédition de Mein Kampf apportera un démenti cinglant à tous ceux qui affirment que les partis d’extrême-droite n’ont pas de programme.
– FR : Après la fuite piteuse de Jean Roucas, le FN n’a plus un seul intellectuel, Philippe Pétain, maréchal et traître, 159 ans.
– JC : viens de recevoir un coup de fil de Bolloré (qui m’a appelé « cher Monsieur C., je le signale en passant), qui me proposait un tarif « préférentiel » pour un abonnement à Canal +. Je lui ai dit que je m’abonnerais à Canal + le jour où Bruno Carette réintégrera la chaîne. Ça lui a claqué le beignet
– FIA : Cancer : hâte de voir Justin Bridou dans Faites entrer l’accusé.
– JPT : Au Guatemala, un ancien comique est devenu Président. En France, Sarko a fait l’inverse.
– ZJ : Pauvre Thomas Fabius, il a perdu 3 millions de dollars au jeu en une soirée…
– OM : « Le fils de Laurent Fabius à nouveau dans le viseur de la justice. » Bon sang contaminé ne saurait mentir.
– NP : Si Ménard apprend que les tomates, les pommes de terre, le tabac et le café sont des immigrés les habitants de Béziers sont mal. Très mal.
– FIA : Du coup, j’ai tout arrêté pour la cigarette électronique parfum saucisson.
– OK : – Waoww ! Il est trop bien ton déguisement tout déchiré de zombie pour Halloween. – Mais non, je suis déguisé en DRH d’Air France.
– NM : Le kébab en fait c’est rien d’autre qu’un jambon beurre beur.

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Le requin de Bertrand Belin

Je ne parle pas de ses chansons que je ne connais pas bien mais de son premier roman, Requin, qui m’a beaucoup plu. D’abord, son écriture est talentueuse, tueuse même et l’histoire qu’il nous raconte est saugrenue : c’est celle du héros en train de se noyer. Tout le livre raconte cette noyade très peu glorieuse, suite à une crampe assassine dans la cuisse, dans un lac … artificiel. C’est moche. A la limite, il espère que ses proches diront : il est mort dans un contre-réservoir, c’est un peu plus classe. Mais dès qu’on sait qu’il s’agit d’un lac de barrage, l’intérêt tombe.
Et son cerveau se met à tourner, pas forcément vite d’ailleurs, et à constater qu’on peut penser à toutes sortes de choses quand on va être englouti : des événements marquants de sa vie comme la nuit où il avait péché du lait dans le port du Havre, oui, du lait, la fois où il a décapité un cygne, mais aussi sa rencontre avec Peggy, sa femme. Peggy qui bouquine sur la plage du lac sans se douter de rien et leur gamin qui joue à faire des pâtés. Mais aussi à des détails futiles, inutiles et sans intérêt comme des couleurs de rideaux, des trucs insignifiants.
Ce n’est pas qu’il soit si triste que ça de mourir. Il l’a souvent souhaité. Mais il aurait aimé finir autrement. Que la vie est cruelle.
Je ne développerai pas plus sauf pour vous dire que c’est un petit livre de dérision, d’humour, bien ficelé, soigné, bien écrit, qui laisse planer un certain suspens car on s’attache au personnage, on est plein d’empathie, on n’aimerait pas qu’il disparaisse …

Requin de Bertrand Belin aux éditions P.O.L. 2015. 182 pages, 14 €.

texte © dominique cozette

Pipin, un premier livre, un dernier concert

 

Tout arrive en même temps pour Ramon Pipin. Ramon Pipin, oh les filles oh les filles s’en souviennent encore mais il a tourné la page. Au Bonheur des Dames est devenu Odeurs, oui, c’est plus rance déjà. S’ensuivent des tas de réalisations d’albums, de musiques de films etc. je ne vais pas vous faire une nécro. Bref, Pipin qui s’appelle aussi Alain Ranval, a fait énormément de choses à part rocker sur scène. Pendant ma période pub, on a fait beaucoup de séances dans son studio Ramsès, on s’est toujours marrés et on est devenus potes, comment faire autrement ?
Et voilà-t-il pas qu’il décide de nous refaire — encore, car il l’avait fait il y a deux ans — trois concerts au Café de la Danse (à la Bastoche), messieurs-dames. C’est pas rien. Il nous sort de nouvelles chansons, gags, sketches en tout genre, et pendant ce temps, écrit l’histoire d’une jeune fille saute-au-paf qui pratique l’auto-enlèvement et le dépucelage aussi facilement que Pipin le torchage une chanson poilante.
On commence par quoi ? Le concert. Si je vous en parle, c’est parce qu’il reste encore une date mais gaffe, c’était blindé de chez blindé l’autre soir et je peux vous affirmer que le public a surkiffé. Deux heures et demie de spectacle hilarant avec quelques reprises, notamment de la porte de derrière (en fait non, la porte du jardin, qu’est-ce que j’insinue donc ?) pour entrer dans le vif du sujet si je puis dire et sans prémisses puisque ça démarre comme ça. Des compos tordues de 140 notes, comme les 140 signes des twitts, il appelle ça des twongs, et lecture de  twitts farfelus par un complice desprogien en diable.
Vers la fin apparaît une marionnette pipinesque, puisque c’est lui que Legan a modelé et qu’il fait danser au bout de ses ficelles : c’est drôle, mignon, touchant. Et un dernier morceau en feu d’artifice, standing ovation et le Génie de la Bastille qui vient voir ce que c’est que ce boucan de l’enfer.
   Puis le livre. Il s’appelle une jeune fille comme il faut, mais évidemment, c’est une jeune fille comme il faut être pour les faire tomber tous. Et ils tombent, les cons, principalement notre petit puceau, Fabien Gourniche, fils du flic à la retraite qui a libéré cette fille, Naja, prise en otage dans un bled paumé. Donc le môme boutonneux, tricotilomane, que ses parents ont eu sur le très tard (et peut-être sur le tréteau) tombe en amour avec cette bombe qui lui explose le cœur. Et pas que le cœur.
Désespoir des parents mais il n’y a rien à faire contre ça. Juste à constater, impuissants qu’ils sont, que leur futur hypokhâgneux (il va s’occuper des chevaux, imagine Naja) se met à d’autres tribulations, drogues, vol etc. Je ne vous raconterai rien des aventures abracadantesques de ces jeunes et de leur bande de nases, ni du père qui, bien qu’ex-flic, a la collectionnite aigüe pour les guitares les plus pointues mais se voit moucher, dans son échoppe préférée, par un jeune glandu qui fait une démo de dingue. Parfois, on se demande si Pipin n’a pas écrit certains passages avec son médiator.
Page 45 et suivantes attention ! Passage remarquable  à tous points de vue sur le laçage des lacets. Personne n’a jamais parlé des lacets comme ça, je vous jure que mes larmes commençaient à apparaître quand ouf, l’action déjantée est repartie de plus belle d’un coup de scooter.
Alors, plutôt que de vous trancher les veines ou de vous pendre dans le grenier de votre grand-mère devant la perspective du monde qu’on nous donne à voir et à entendre dans les médias, sacrifiez vos économies chèrement acquises pour ces deux moments de bonheur concoctées par Pipin le farceur qui, jamais, ne vous laissera tomber jamais.

Ramon Pipin Band in « the Worcestershire sauce tour » le 9 novembre au Café de la danse, détails ici.

Une jeune fille comme il faut de Ramon Pipin, éditions Carpentier, 2015. Illustration d’Olivier Legan. Préface extra de Tonino Benacquista. Postface (inattendue) de Pipin himself. 170 p. 18,90 €

Texte © dominique cozette.

Les Fessebouqueries #275

Alors là !!! Je vais inscrire cette semaine dans le Guiness, motif : les plus courtes Fessebouqueries du monde. Je sais, un accident dramatique avec des gens habituellement sans intérêt, un débas-du-front pas national mais ajourné plus quelques boutinades, ça n’incite pas à se fendre la pipe, la gueule ou la pêche. Avouez que là, très très chers amis FB et twittos, il va y avoir un problème si l’actu ne se ressaisit pas en nous en envoyant une bien saignante, j’sais pas, moi, Sarkozy surpris dans une love attitude avec Frigide Barjot, des bébés congelés dans le frigo de la personnalité préférée des Français ou Bolloré, qui après glissade sur le deck de son yacht, se retrouve amnésique en pleine mer dans un bateau de migrants !  Ça aurait un peu plus de gueule ! Mais c’est le destin qui décide.

– KB : T’arrives même pas à échanger un t-shirt sans ticket de caisse et Platini se fait payer des factures de 2M de francs suisses sans justificatif
– DT : France-New Zealand c’est un match qui a tourné à l’Hakatastrophe.
– LC : – C’est qui l’invité de DPDA cette semaine ? – Marine Le Pen. – Non de cette semaine pas de la semaine dernière. -…
– AO : « S’il fait beau, mange du veau, s’il fait froid, mange des pois ». AO. Producteur de faux dictons depuis 1843.
– DC : Bolloré est le rêve réalisé de la plupart des patrons.
 »Tu ne me plais pas, tu dégages ». C’est tellement plus simple.
– CC : « j’ai tellement la tête dans le c** que je peux faire des selfies avec mon intestin grêle »
– KB : Vous nous cassez les couilles avec Marty, La Dolorean et autre Hoverboard alors qu’en 2015 vous allez au taf en trottinette. Respectez-vous.
– NP. : 21/10/2015 : ni voitures volantes ni chaussures auto-laçantes mais Drucker, Chantal Goya et Le Pen en haut des sondages… Monde de merde.
– CC : le milieu de la mode, c’est celui qui dépense des millions pour que ses représentant(e)s aient l’air de crever de faim ?
– CC : C’est marrant qu’on ait toujours plus la trouille de mecs qui brûlent 10 bagnoles que de mecs qui endettent la France de 476 milliards…
– MK : Quand Marine Le Pen sera à l’Elysée, elle pourra nommer David Pujadas ministre de l’information, à moins qu’elle ait déjà promis ce poste à Eric Zemmour…
– NP : Comment prendre la vie au sérieux quand on apprend que les retraités morts à Puisseguin allaient visiter le musée du jambon de Bayonne…
– PD : rumeur Marine Le Pen envisagerait de porter plainte contre les accidents de la route pour concurrence déloyale d’omniprésence médiatique.
– RR : Il aura quand même fallu attendre la tragique mort de 40 personnes pour que les médias arrêtent de parler de Le Pen…
– VS : La double humiliation : Se prosterner devant l’extrême droite. Et se faire moucher par l’extrême droite (Pujadas)
– JB : Et si les médias posaient aussi un lapin à Marine Le Pen par solidarité ? Juste pour 2/3 mois ?
– HDD : Incroyable qu’en 2015 on soit encore obligé de débattre avec des adversaires, alors qu’on pourrait juste regarder qui a la plus grosse. DPDA
– CO : Boutin a un « ami gay », Morano a une « amie noire »…manque plus que les Balkany nous présentent leur « ami honnête »
– PB : La logique voudrait que l’adhésion au parti Les Republicains soit inscrite au casier judiciaire.
– NR : A son procès, Boutin est arrivée avec son mari, son cousin, son oncle, le mari du neveu de sa cousine. Résultat : 2 personnes dans la salle
– JPT : Accident du bus de Puisseguin : on ne va pas tarder à découvrir que c’était le fils de trois ans du chauffeur routier qui conduisait.
– RR : Avec toutes ces tragédies, j’admire le calme de Cazeneuve. Vraiment. (Je peux avoir le nom du médoc ?)

AUTO-PROMO : je vous rappelle que j’expose à Artcité tout le mois d’octobre à Fontenay sous Bois. A la Maison du Citoyen. Tous les détails sur le site Artcité

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Les gens dans l'enveloppe : belle idée

Isabelle Monnin, écrivaine et journaliste, achète un jour des photos sur ebay, des photos de famille banales. Un jour, elle décide de donner vie à ces personnages dont elle ignore tout car rien n’est écrit au dos des clichés. Il faut leur trouver une parenté, leur inventer une identité, un nom, un prénom, un surnom et les accompagner vers ce destin fictionnel. Les gens dans l’enveloppe — titre de l’ouvrage — prennent vie dans un roman assez triste, poignant même, c’est vrai que les photos ne sont pas follement joyeuses dans ce décor de petit bled inconnu où demeure un homme qui semble plaqué brutalement par une femme qui veut vivre, vivre ! Elle en laisse même sa fillette, sa famille et ne donnera plus signe de vie. Plus tard, la jeune fille enquêtera sur sa mère et ira jusqu’en Argentine. La retrouvera-t-elle ?
Quand elle a fini l’histoire, Isabelle Monnin pense qu’il serait légitime de retrouver ces personnes, de les informer de ce projet et de voir qui ils sont dans la réalité. L’enquête révèle vite le nom du bled grâce au petit clocher original derrière la maisonnette. Chance : c’est la région dans laquelle vit Isabelle.
Petit à petit, avec l’aide de certains habitants, elle renoue les fils entre ces gens et rencontre les principaux survivants. Non sans la mauvaise conscience de se voir critiquer cette irruption dans leur vie privée. Le père, un taiseux, sensible à cet événement, accepte de dérouler son histoire d’homme rejeté, mal aimé. Et ses secrets. La mère, qui était partie aussi, comme dans le roman, se raconte sans problème.  L’ultime rencontre, la fillette, devenue une femme du même âge que l’auteure, s’appelle comme dans la fiction. Mais ne correspond en rien au personnage fictif. Et une amitié se trame avec tout ce petit monde simple et sympathique.
Au milieu du livre se trouvent les photos et à la fin, un CD d’Alex Beaupain inspiré par toute cette histoire. Les principaux héros de l’histoire ont accepté d’y poser leur voix à côté de celles de Clotilde Hesme et de Camilia Jordana. Je ne l’ai pas encore écouté mais le livre m’a emballée. Il est extrêmement émouvant et attachant. En plus d’être très original et arty : ça frôle le Sophie Calle.

Les gens dans l’enveloppe d’Isabelle Monnin aux éditions JC Lattès. 2015. 382 pages + un CD. 22 €.

Ce qui vient de Thomas Stangl

Pas envie de faire de trait d’esprit pour titrer l’article quand on sort d’un tel texte. Edith Noublanche, sa traductrice, a découvert ce livre dans sa version allemande et est tombée en amour avec le formidable texte, à tel point qu’elle a tout fait pour qu’il sorte en français. Des mois et des mois de travail et voilà. Ce qui vient existe. Les éditions du Sonneur ont craqué pour cet auteur dont ce n’est pas le premier ouvrage mais le seul traduit en français.
Thomas Stangl est en fait autrichien, et il vit à Vienne. Je l’ai vu la semaine dernière lors d’une rencontre à la très belle librairie polonaise, à St Germain. L’entretien, mené avec brio par Edith, (photo) était tellement passionnant que je me suis jetée dans le livre à peine assise dans le métro. Le problème avec ce livre, c’est qu’il ne se résume pas. Ce n’est pas une histoire. C’est la vie, les pensées, les sensations, l’entourage de deux jeunes gens de 17 ans, à Vienne — Vienne étant l’un des personnages importants du livre. Ils ne sont pas contemporains puisqu’on est en 1937 avec Emilia, et en 79 avec Andreas. Ils vivent tous deux avec leur grand-mère, c’est à peu près leur seul point commun. Pour elle, l’arrivée du nazisme est palpable mais la vie avance. Pour lui, c’est derrière, il n’a pas connu mais en porte-t-il encore les traces ? Il est trop mal dans sa peau pour s’en être bien sorti.

Ce livre n’est pas facile. Il entrecroise les deux destinées de ces jeunes gens dans une sorte de réseau mystérieux à ramifications improbables comme quand notre pensée se perd dans des méandres dont nous seuls connaissons les tenants et aboutissants. Pour autant, on se retrouve toujours auprès de l’un(e) ou de l’autre protagoniste, à partager ses pensées intimes, ses idées infimes, ses sensations, ses goûts ou ses dégoûts, ses réflexions minuscules. Car tout est fait ici de petites choses simples, de sensations tactiles (beaucoup), d’odeurs,  de supputations édifiées telles des châteaux de sable aux bases fragiles. Le vocabulaire est simple mais les phrases sont longues, souvent complexes. Quand on apprécie, c’est mon cas, on aime les suivre comme des chemins secrets, des itinéraires rares et peu fréquentés.
Pour finir, sachez que Thomas Stangl a reçu l’insigne récompense du ministère de la culture autrichienne (si j’ai bonne mémoire) par une bourse de trois ans qui permet à de grands écrivains d’écrire, simplement d’écrire. Un écrivain tous les trois ans. C’est dire.

Ce qui vient de Thomas Stangl, traduit par Edith Noublanche. 2015 aux éditions du Sonneur. 250 pages, 17 €.

Texte © dominique cozette

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