Magnifiques habitantes

Les Habitantes, dernier livre de Pauline Peyrade, vient de recevoir le prix Inter. Et c’est drôlement mérité.
Ce petit livre nous embarque dans un trou à la campagne où vivent des bêtes, des bestioles, quelques femmes et deux chiennes. L’héroïne, Emily, vit là, dans une vieille baraque déglinguée, héritage familial de sa grand-mère, avec la chienne Loyse, héritée aussi de la vieille dame.
Pas loin, Aude vend quelques produits de sa ferme pour les touristes de passage. Elle aussi a une chienne, blessée. Elles vivent de peu, sobrement, vêtues de vieilles fringues, s’arrangeant comme elles peuvent dans cette vallée perdue où s’ébattent toutes sortes d’êtres vivants, insectes, oiseaux, rongeurs, plantes de toutes sortes et eaux jaillissantes. Il faut aimer. Elles aiment.
Un jour cependant, Emily reçoit un mot de son père qui l’a abandonnée à sa grand-mère, lui disant qu’il a été décidé de vendre la baraque. Ne serait-ce que pour financer les études de sa demi-sœur Anna. Les lettres et courriers notarieux finissent tous à la poubelle, Emily n’y répond pas. Elle s’arme du fusil et ne se manifeste plus…
Ce livre est extraordinaire de par la description de l’ambiance, de ce coin de terre exubérant de vie, des noms oubliés qui définissent tout ce qui la compose. Un poème, une ode à la nature où se manifestent toutes les sensations de notre organisme. C’est un roman très court, dense, très peu dialogué — les femmes se comprennent sans mots — bucolique, effervescent.
Magnifique.

Les Habitantes de Pauline Peyrade, 2026, aux éditions de Minuit. 180 pages, 18€.

Texte © dominique cozette

Clément ou l’enfance incestée

Prix Goncourt du premier roman, Clément narre l’histoire d’un petit garçon, d’un jeune homme puis d’un adulte ayant été victime d’un père à la fois très aimé, admiré et incestueux. Et qui n’a pas agi que sur ce fils mais aussi sur ses autres enfants, neveux et même une belle-fille.
Le côté bouleversant de ce récit (puisque c’en est un) est que son auteur, Romain Lemire, redevient le petit garçon qu’il était lorsque tout a commencé, avec son langage enfantin, sa naïveté, sa pauvre confiance en ce père qui le violait avec tant de gentillesse, puis l’adolescent qui continue à se plier à cette pratique sans se poser de questions puisque tout va bien par ailleurs, puisque le père, un personnage super intéressant, cultivé, professeur admiré, père de famille respecté est un homme très comme il faut, normal quoi, qui s’occupe bien de tout pour que l’enfance de ses quatre gosses soit une enfance de rêve. Et c’en est une. Des vacances où tout le monde s’amuse, des voyages, des fêtes, des réunions familiales toujours joyeuses…
Ce n’est que plus tard que la poussière cachée sous le tapis viendra empuantir l’air, quand le souvenir du père s’oxydera, moisira, que les anciens enfants, discutant entre eux, se poseront les questions encombrantes et décideront d’interroger la mère qui, forcément, savait. Une mère qui n’a jamais voulu en parler, qui a refusé de salir la mémoire de son mari suicidé à quarante-sept ans. Quand Clément s’interrogera sur sa vie quelque peu brouillonne, sa frénésie à tomber amoureux sans rien construire, son penchant inattendu pour les hommes. Toute la première partie du livre est écrite comme le journal, année par année, de la vie de ce garçon.
Dans la seconde partie, il est devenu adulte, suffisamment mature pour chercher les explications à ce qui cloche chez lui. La finesse de son analyse est impressionnante ainsi que sa volonté de théoriser ce pan d’histoire familiale dans la systémique patriarcale universelle. L’inceste est en effet une pratique extrêmement courante chez l’humain, ayant lieu partout et pourtant tabou. L’omerta est une puissance extraordinaire interdisant d’éradiquer cette perversion qui touche dix pour cent des enfants.
Poursuivant ses questionnements, le héros prend conscience qu’il fait néamoins partie de la moitié de l’humanité qui pourrit l’existence de l’autre, celle qui représente les femmes, encore plus à plaindre que les hommes puisque jamais en sécurité.
Enfin, il tente (réussit ?) à faire la paix avec sa mère qui finira par avouer pourquoi elle ne pouvait rien dire, rien faire, ni pendant, ni après la mort de son mari. Et il nous montre qu’enfin, on peut vivre de façon correcte, presque heureuse (malgré le suicide de son cousin, suicidé comme le père à quarante-sept ans des suites de ces viols) malgré ce qu’on a subi.
Ce roman-récit est scotchant, brillant par la richesse de ses arguments et touchant par sa profonde sincérité.

Clément de Romaun Lemire. 2026 aux éditions du Cherche Midi. 400 pages, 22€

Texte © dominique cozette

Avant la peine, viol ou pas viol ?

Avant la peine de Laure Heinich n’est pas une histoire originale. C’est celle d’une agression sexuelle, ou d’un viol, on n’était pas là pour voir, entre deux collègues de boulot très complices, des urgentistes. On ne sait donc pas ce qu’il s’est passé car aucun des deux protagonistes n’est d’accord avec l’autre. La femme se dit violée, l’homme conteste car selon lui, elle a consenti.
Cet épisode a eu lieu à l’hôpital, en salle de garde, après que le tandem, Rebecca et Baptiste, ait sauvé une vie qui ne demandait qu’à partir. Un sauvetage très difficile qui les jette dans les bras l’un de l’autre comme pour exorciser cette terrible journée. Sauf que cette fois, ils sont allés trop loin, alors qu’il n’y eut jamais d’équivoque entre eux. Mariés et parents, amis entre couples, rien ne présageait cet acte.
L’intérêt de ce roman est que l’autrice, avocate pénaliste, a voulu nous mettre dans la peau d’un juré afin qu’on se rende compte de la complexité à traiter les affaires de violences sexuelles. Et ça marche. On ne sait où faire pencher la balance car les choses se compliquent surtout quand Rebecca, choquée, décide de porter plainte. Tout risque de s’écrouler pour Baptiste, sa vie familiale, ses relations de confiance à l’hôpital, sa bande d’amis, son emploi même car s’il ne se défend pas bien, il risque la prison.
Le suspens nous tient et nous faisant passer de l’un à l’autre, il est effectivement très difficile de les départager.
Le seul problème que ce livre me pose, c’est l’âge et l’expérience concomitante des deux personnages. Il me semble que la femme, décrite comme quelqu’un de décidé qui ne s’en laisse pas compter, et l’homme, plus malléable, moins agressif, qui ont tous deux de la bouteille, auraient pu régler cette histoire entre eux et ne pas faire de Rebecca une pauvre victime. C’est juste mon avis…

Avant la peine de Laure Heinich, 2026. Editions Flammarion. 240 pages, 20€

Texte © dominique cozette

Fan de Jim Morrison ?

Comme je traverse une période de grosse flemme, je laisse la quatrième de couv de ce livre, Jim Morrison strange days in Paris, vous en dévoiler le contenu :
« Poursuivi par le FBI, l’attente du résultat de son procès pour obscénité et exhibitionnisme, Jim Morrison quitte les Doors et l’Amérique pour s’installer à Paris le 12 mars 1971. Il y rejoint sa compagne Pamela Courson, flanquée de son amant et dealer, le comte Jean de Breteuil.
En exil, Jim espère devenir le poète qu’il rêve d’être. Accompagné d’Alain Ronay, il fréquente Agnès Varda et se rend souvent dans le club le plus couru d’Europe, le rock’n’roll circus. Il décède dans la nuit du 3 avril d’un infarctus selon le rapport du légiste.
Agrégeant de nombreuses informations, Yves Bigot tire le fil, confronte les témoignages, explore les relations que Jim Morrison entretenait à Paris et cherche à percer le mystère de sa disparition qui s’épaissit en même temps qu’il s’éclaire… »
C’est évidemment un livre très documenté, on y retrouve les adresses et les personnes fréquentées, dont Agnès Varda, par le chanteur-poète, ses excès mais aussi la recherche de paix parfois, les déplacements nocturnes dans ce Paris des années 70, années sex, drugs and rock’n roll, on (re)découvre la vérité sur la mort de cet artiste dans le détail, le transport de son corps et son inhumation incognito en urgence au cimetière du Père Lachaise, tombe culte désormais très protégée des prédateurs de reliques et souvenirs divers.
Magnifiques extraits de ses poèmes.

Jim Morrison strange days in Paris par Yves Bigot aux éditions Le mot et le reste. 2026. 190 pages, 19 €

Fan de Sophie Calle ?

Si comme moi vous aimez cette artiste très singulière, je vous livre — une fois n’est pas coutume — une vidéo qui en dira et vous en montrera bien plus que je ne saurais le faire :


https://www.instagram.com/reels/DR41YasDEI0/

C’est un super document à offrir ou se faire offrir…

L’inachevé catalogue de Sophie Calle 2025 aux Editions Actes Sud, 49 €.

La collision

La collision raconte comment la mère de l’auteur, Paul Gasnier, 19 ans lors des faits, a été tuée en plein centre de Lyon, en 2012. Un jeune Maghrébin, bien connu des services de police selon la formule, l’a heurtée en pleine rue, provoquant des lésions cérébrales fatales. Le jeune homme faisait une roue arrière sur une moto surpuissante, non homologuée, tout en étant sous l’influence de drogues.
Devenu journaliste, et toujours obsédé par le drame, Paul Gasnier décide d’enquêter sur la façon dont ce jeune homme de dix-huit ans, presque le même âge que lui, a pu en arriver là. Il refuse l’injonction de la société à fracturer la population. Oui, c’est un Maghrébin, mais il refuse de considérer cela comme une fatalité. Il rencontre sa famille et surtout sa sœur aînée, ce sont des gens bien qui n’ont pas compris la dérive du garçon, d’autant plus que la mort de la femme ne l’a pas vraiment affecté puisqu’il va continuer son chemin de petit délinquant malgré la clémence et l’aide de son entourage et des juges.
L’auteur réussit à rencontrer le juge maintenant à la retraite et à consulter le dossier vieux de dix ans. A sa grande surprise, il voit que celui-ci pratique la moto de la même marque que celle qui a tué sa mère, KTM, une moto-cross « énervée ». « Les premières fois, je n’ai pas réussi à démarrer au feu sans que la roue avant ne se lève, tellement c’était puissant », raconte le juge en ajoutant pfiouuuuu ! « On se prend un pied permanent avec cette moto, si vous saviez. » D’un côté, cela lui permettait de comprendre le jeune délinquant mais de l’autre, étant père et époux, il comprenait parfaitement la peine de la famille de la victime.
C’est sans haine ni esprit revanchard que l’auteur dresse le portrait d’un garçon devenu papa, dont l’itinéraire n’était somme toute pas très loin du sien. Des mauvaises rencontres, la fougue de la jeunesse à la recherche de sensations fortes et tout peut arriver qui va détruire deux familles.
A la fin de cette enquête, il décide de lire un petit mémoire que sa mère avait écrit sur le yoga, comme si elle pressentait sa fin, alors qu’elle ouvrait juste le local où elle devait donner ses cours, à quelques mètres de l’endroit de la collision.

La collision de Paul Gasner, 2025, chez Gallimard. 161 pages, 19€.

Texte © dominique cozette.

Déplier le cœur

Son premier livre Nos 14 novembre publié en 2016 a raconté le drame : le mari d’Aurélie Silvestre a été assassiné au Bataclan, elle était enceinte et ils avaient un petit garçon. Ce deuxième opus Déplier le cœur relate toute la période du procès des attentats auquel elle va assister comme partie civile qui débute en septembre 2021 et se tient jusqu’en juin 2022. Elle n’attend pas du verdict autre chose que de tenter de clore ce douloureux épisode de sa vie et de celle de ses petits, elle sait qu’on ne surmonte pas un tel traumatisme, mais au moins toute cette histoire sera derrière elle.
Car même si elle est très entourée, ses proches finissent par lui reprocher tacitement son état de victime, comme si elle n’avait qu’à oublier pour vivre comme tout le monde.
Le procès lui inflige à nouveau de terrible épreuves, celle notamment de côtoyer les assassins de son mari, la fatigue que procure l’e fait l’obligation de « redevenir normale » quand elle rentre à la maison après des séances éprouvantes, face à son nouvel amoureux qui n’a pas toujours la force de porter ce drame avec elle.
Sa réflexion très intime sur sa reconstruction de femme, son désir de s’amuser, de faire la fête malgré tout, elle sait les raconter tantôt de façon cash tantôt avec force nuances. Ainsi, elle noue des relations très fortes et des amitiés durables avec certains protagonistes du procès qui sont sûrement les seuls à partager et à comprendre ses émotions les plus fortes. Elle nous présente ses nouveaux amis, sorte de club des six qu’elle a rencontrés au café en face du Palais de Justice, victimes et avocats et même un avocat de la défense (d’un accusé) dont elle comprend le rôle et accepte l’humour dévastateur.
Livre passionnant lorsque comme moi on s’intéresse à ce qui se passe dans la tête et le cœur des gens dans les circonstances les plus inhabituelles, les plus dures, les plus dramatiques ou extraordinaires.

Déplier le cœur d’Aurélie Silvestre, 2025 aux éditions du Seuil. 270 pages, 20,50€

Texte © dominique cozette

Dieu, Darwin, tout et n’importe quoi

J’avoue avoir été intriguée et séduite par le titre de cet ouvrage sur quelques histoires naturelles. Et je n’ai pas été déçue, c’est un bouquin délicieux qui s’arrête sur quelques énigmes et les diverses théories de l’évolution dont beaucoup ne sont pas encore expliquées. Par exemple :
Pourquoi la queue du paon continue-t-elle à pousser sous l’influence du choix sexuel des paonnes alors que c’est un accessoire extrêmement handicapant, l’empêchanr de courir ou de voler pour échapper à ses prédateurs ?
Pourquoi le wombat, drôle de bête, fait-il des cacas cubiques qu’ensuite il empile comme des briques ?
Pourquoi et comment certaines moules (aveugles, bien sûr) ont réussi à fabriquer un poisson criant de vérité, frétillant à l’extérieur de leur coquille qui attirent le prédateur qui, gros ballot, va essaimer les œufs d’icelles ?
Pourquoi des plantes carnivores s’acoquinent avec des chauves-souris ?
Pourquoi l’élan d’Irlande qui n’est ni un élan ni d’Irlande est-il encombré d’immenses bois qui l’ont (peut-être) empêché de survivre ?
Pourquoi des gazelles s’amusent-elles à enquiquiner des lions en faisant des tas de cabrioles devant eux ?
Sans parler des mensonges, des vols, des ruses et autres turpitudes qui montrent que la vie ne manque pas de créativité pour se poursuivre coûte que coûte et quelles que soient les imperfections de toutes ces bêtes. Comme, j’oubliais, le bernard-l’ermite qui n’a pas de coquille et doit se débrouiller pour en trouver une, ne pas se la faire piquer par un salaud de squatter et éventuellement, faire des travaux pour l’agrandir.
Avant chaque cas, une BD l’explique avec beaucoup d’humour, ça fixe les idées.
D’ailleurs ce bouquin existe aussi en BD, plus d’images et moins de texte, mais ça reste très drôle dans les tentatives d’explication de tous les essais, erreurs et ratages divers de l’évolution.

Dieu, Darwin, tout et n’importe quoi de Vinciane Despret et Piette Kroll, 2025 aux éditions Les Arènes, 218 pages, 21 €

Texte © dominique cozette

Blue Bay Palace

Blue Bay Palace est le deuxième roman de Natachah Appanah— qui vient de recevoir, je vous le rappelle, le prix Femina 2025 pour La nuit au cœur.
Blue Bay Palace se passe au bout de l’île Maurice dans une société traditionnelle où on ne mélange pas les classes sociales.
Maya a dix-neuf ans, elle habite une maison pauvre dans un quartier assez pourri quand elle tombe amoureuse de Dave qui lui, est issu d’une classe supérieure. Son père possède de vastes cultures de canne à sucre et des hôtels de tourisme dont le Blue Bay Palace, où travaille le père de Maya. Dave est lui aussi follement amoureux de cette splendide jeune femme et leur relation taboue est vue d’un bon œil par le père de Maya qui souhaite un riche mariage pour sa fille.
Hélas, le père de Dave a d’autres ambitions et somme son fils d’épouser enfin une femme de sa caste, riche qu’il va choisir sur photo. Dave n’ose pas en parler à Maya mais bien sûr, elle l’apprend et devient folle de rage. L’intruse, paresseuse, qui ne pense qu’à claquer du fric en bijoux et saris prestigieux, elle l’appelle la salope et rêve de la tuer d’un coup de hache. Cette haine malsaine transforme l’héroïne en un être de violence insupportable pour laquelle on éprouve peu d’empathie.
C’est un très petit livre, moins de cent pages, terriblement bien écrit, avec un vocabulaire très incisif, très puissant aussi bien quand elle évoque l’amour que la haine. On sent poindre la grande écrivaine qu’elle deviendra.

Blue Bay Palace de Natachah Appanah, 2004 aux éditions Continents noirs de Gallimard, 94 pages, 12 €

Texte © dominique cozette

Je suis né du diable

Je n’avais encore rien lu de Jean-Christophe Grangé mais son histoire, bien réelle, et aussi celle de ses parents évoquée à la Grande Librairie m’a scotchée et j’ai voulu en savoir plus.
Je suis né du diable porte bien son titre car on apprend dès le début de l’émission que lorsqu’il avait deux ans, son père avec deux complices ont tenté d’enterrer sa femme vivante. Elle s’est tellement débattu et a tellement crié qu’elle a évité cette terrible mort.
Cette cruauté n’est pas apparue tout de suite. Au contraire Robert Grangé, séduisant, de bonne famille, classe, a su faire la cour à la jeune Michèle, jolie femme, et l’entourlouper. Mais elle tombe enceinte et bien que Robert s’en déclare heureux, il commence à la maltraiter, la forcer à faire la tournée des bars de nuit, à boire de l’alcool puis à se droguer de médicaments. Les violences physiques suivent mais Michèle, naïve, espère que tout s’arrangera quand naîtra l’enfant.
Au contraire. L’enfant est un petit avorton prématuré abîmé par les forceps et une plaie infectée au visage. Le cauchemar ne s’arrêtera plus même si les grands parents maternels décident de prendre en charge ce jeune enfant si mal en point. Grâce à ce flot d’amour, Jean-Christophe va s’épanouir après d’une grand-mère formidable. Michèle, elle, reste fragile car son mari continue à la harceler n’importe où, n’importe quand. Elle ne se sent en sécurité nulle part, Il continue à lui pourrir la vie. Il réussit à la faire interner pour folie, la privant de son fils et de sa mère.
Ce Robert est en fait un raté, raté de la médecine qu’il ne réussit pas à faire. Mais il est gâté par son père, pourri par son fric, il n’a pas besoin de travailler et passe sa courte vie à festoyer, se bourrer la tronche et séduire les jeunes filles.
Michèle trouvera quand même, bien plus tard, une forme de bonheur après une longue période passée dans des banlieues hideuses où l’enfant se meurt d’ennui pour cause de pauvreté.
Grangé ne veut garder aucun souvenir de ce père si violent, aucun stigmate mais étrangement, dans ses romans policiers qui connurent tous le succès, il y met toujours un horrible père responsable du malheur des autres.
La deuxième partie de l’ouvrage nous livre la vie difficile de Grangé qui, devenu un homme, souffre de ne pouvoir établir de lien avec les femmes et faire l’amour. Il en crève à petit feu. Parallèlement, il fait des boulots d’écriture sans intérêt. Puis un jour, grâce à une jeune femme, sa vie prend une bonne tournure. Il se marie, fait des enfants puis trouve enfin la voie vers la littérature via les reportages lointains avec des photographes casse-cou, grands sujets vendus dans les meilleurs revues.

Je suis né du diable de Jean-Christophe Grangé, 2025 aux éditions Albin Michel. 336 pages, 21,90 €

Texte © dominique cozette


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