L’année 56 racontée à mes blecteurs*

Marie-José Neuville

C’est officiel : la naissance du terme teen-agers a lieu dans un bar de Soho. C’est bondé mais faites  gaffe à pas écraser mes blue suede shoes, man…
Les popotins commencent à se remuer sur des airs pas catholiques : Elvis the Pelvis entre au hit-parade avec « heartbreak hotel » et BB fait exploser la bien-pensance avec sa danse démoniaque de « et Dieu créa la femme », sous l’oeil connaisseur du racé Curd Jurgens. Ça n’empêche pas une drôle de dame de dire à Johnny « fais-moi mal », c’est Magali Noël,  qui n’a pas peur des bleus. Dalida s’intéresse plus à un petit  Bambino qu’elle trouve finalement trop jeune, et une collégienne de la chanson, Marie-Josée Neuville,  raconte de pures histoires de pépères pervers dans le métro et de petites salopes qui t’empoisonnent la vie, mais, ses nattes coupées, elle intéressera moins et se mariera. Marilyn itou, qui choisit  les bras longs et maigrelets d’Arthur, l’autre Miller des lettres américaines, tandis que Grace, qu’on dit froide mais qui est chaude bouillante,  se frotte à la drue moustache d’un prince de Rocher légèrement replet.
Henri Cording, alias Salvador, chante « va t’faire cuire un oeuf, man », premier disque de rock français, paroles de Vernon Sinclair, alias Boris Vian. Outre-Atlantique, le guitariste aux cheveux gras, Gene Vincent Craddock (son nom réel) lance « be-bop a lula ». Ça déchire. Mais les « rappelés » en Algérie seront privés de trois ans de jeunesse et de rock effréné, ils ne verront pas non plus la sortie de « la traversée de Paris » avec ses répliques cultes, Monsieur Janvier et Salauds de pauvres, puisque, s’ils vont au cinoche durant les rares perm’s, ils seront occupés à des traversées de lingerie un peu plus excitantes.
La vignette auto, censée servir la cause des vieux, ornera tristement les pare-brise, dont celui de la Dauphine, reine des petites cylindrées.
Les seins de Jayne Mansfield, entourés de la crème des jeunes rockers, crèvent l’écran dans « la blonde et moi ».  Pas (encore) ceux de Romy qui incarne la sage Sissi alors que Cousteau et Louis Malle nous dévoilent les dessous de la mer dans leur monde du silence.
Romain Gary ferre son premier Goncourt avec « les racines du ciel » et Tintin fête ses dix ans.
Mistinguett se fait la malle en tenant la main d’Irène Jolliot-Curie, celle sans qui Curie ne serait rien. Léautaud (qui n’est pas l’ancêtre de Léotard) s’envole en laissant éplorées ses braves bêtes, cependant que Bertold entame sa résistible ascension vers un monde meilleur, en la rythmique  compagnie d’Art Tatum.
A la radio française, on peut entendre Bécaud, Piaf, Annie Cordy, les Compagnons mais aussi, parfois, Fats, Elvis, Gene et les Platters.
Quant à moi, j’ai une belle dartre au coin de la bouche sur la photo de classe : c’est d’un chic !

L’année 55 ici

* Blecteurs = lecteurs de blogs

Texte et dessin © dominiquecozette. Source : Les années Rock’nRoll de Rodolphe, éditions Chronique. 2008 (Chouette bouquin bourré d’images ).

Les chaînes de l’amour

Ma chérie,
c’est la Saint Valentin, et tu me manques terriblement. C’est vrai,  j’ai merdé, mais je t’adjure de me croire quand je te promets que j’en ai fini avec les conneries. La preuve : je te promets tout ce que tu désires si tu me reviens.
Je te promets de ne plus boire, sauf un petit coup de temps en temps, pour fêter ça. Alors tu verras, ça va redevenir comme au premier jour, tu te souviens dans le RER B, quand j’ai un peu insisté pour te faire l’amour ! Et puis tu pleurais, pleurais tellement c’était beau. Tout ça, c’est gravé dans ma tête pour l’éternité.
Je te promets aussi de ne plus toucher à d’autres femmes, tu sais, c’était compulsif mais je me fais soigner régulièrement pour ça. Le psy me trouve « mieux ». Mieux que quoi ? Je ne sais pas mais ça veux tout dire.
J’ai aussi décidé, ma chérie, si tu m’acceptes chez toi, de t’aider à supporter les tâches ménagères puisque c’est ça que les femmes réclament en premier, que les hommes décollent leur gros cul du canapé et au moins aident à débarrasser les miettes et les cannettes.
Que te promettre d’autre ? De trouver du travail, bien sûr, il faut un début à tout. J’apprends un métier : la serrurerie, ne crois pas qu’il s’agisse de serrures mais plutôt d’escaliers et de rembardes métalliques. C’est un métier très dur et c’est pour ça qu’il a le vent en poulpe.
Bien sûr, j’arrêterai de te taper, mais c’est implicite, tu dois bien t’en douter.
Et puis je ne te ferai l’amour que quand tu me diras oui. Tu sais, j’ai toujours cru que les femmes aimaient les mecs virils qui y vont franco. Mon psy m’a dit que non, que je devais laisser s’exprimer mon côté féminin. ??? .
En attendant de te voir — je te joins les nouveaux horaires de parloir  — je t’embrasse pas trop fort pour pas t’abîmer..
Ton Teddy
PS : Quand répondras-tu à mes lettres , quand viendras-tu me voir ? Fais gaffe,  tu sais que j’aime pas trop qu’on se foute de ma gueule. Bon, calmos. C’est la Saint Valentin.

Texte et dessin © dominiquecozette

Fessebouqueries #30

– HV :  Si ça continue , je ne vais plus lire que les fessebookeries de Cozette, ça me fera gagner un temps fou!
– PE : Le concours de collecte de miles 2001 bat son plein au gouvernement; Sarkozy fait une belle remontée, mais MAM toujours en tête.
– HAD : Les hommes ne simulent jamais l’orgasme : aucun homme ne chercherait à faire cette tête-là volontairement.
– JPT : MAM a de la chance : dans une démocratie, elle aurait déjà été obligée de démissionner.
– HV : Mon pote Daniel me raconte ses peines de coeur, me parle de « sa copine » de « ses ex », l’amour, tout ça c’est compliqué. Il est mimi Daniel; il a 69 ans.
– FB : Le 20 décembre 1974, jour de ma naissance, a été passée la loi de Simone Veil sur L’IVG. Je me demande si ça a un lien.
– PAG : Info du week-end : 33 % des Français croient encore en Dieu. Info du lundi : Sarkozy à 31% de satisfaction. Les mêmes ?
– MC : Tfaçon le lundi, je fais que des statuts de selles.
– PAG ne voit pas le jour mais c’est normal, c’est la nuit.
– HV : C’est décidé, je m’inscris aux Procrastinateurs Anonymes. Demain.
– PG : En ce moment notre petit Sarko premier et dernier est en train de se faire pratiquer un toucher rectal par Maaaîîîître Bâââdinter….. Il va se sentir titillé du coté de la prostate le nain auguste…..
– HAD : La peine pour la bigamie??…. C’est d’avoir deux belle mère !!
– PADG Dit: Monsieur le plombier,il est Zingueur.Paris s ‘éveille.
– HAD : Deux pointures les mieux chaussées du gouvernement se prennent les pieds dans le tapis à vouloir décoller ailleurs que dans les sondages..décidemment la France devra avoir besoin de talonnettes pour prendre de la hauteur!!!
– AO : Y’a un oiseau dehors, je sais pas ce qu’il a fumé, mais faut vraiment qu’il se calme parce qu’il est minuit passé quand même…
– AO : Minuit, l’heure du string (strang, strung…).
– HAD : Afin de faire taire la rumeur,voici un communiqué de presse
Henri a pris un avion pour faire NY LA et LA Hawaï.L’intérieur de l’appareil était tout ce qu’il y avait de plus rudimentaire,ayant emmené une ampoule de kérosène,il a particpé au frais et a fait la vaisselle au bar de l’avion
– OVH : Don d’organes : moi, je donne tout ce qu’on veut, même de mon vivant du moment que ça me fasse perdre 15 kilos.
– DB En plein révolte contre l’arabe du bas de chez moi. Un paquet de Pépito, un paquet de chips, un coca: 25 euros. Frère catho du 7 ème arrondissement! Combien de temps encore allons-nous supporter ça!
– JPT : J’aimerais mourir comme je baise : vite et sans rien sentir.
– EL : Les gens qui pètent plus haut que leurs culs… ont plus de chance de s’enflammer les cheveux.
– BR : Est-ce que Sarkozy dort dans le même lit que Mitterrand lors de ses séjours amicaux chez Moubarak ? J’espère que c’est bien insonorisé, pour pas entendre les cris sortant des commissariats ?
– DB : Quand une copine t’appelle  » Ma couille » c’est devenu un copain. 😉
– CP a trouvé un sac de sentiments dans la région du corps.
– MLGA :  Excusez moi pour les fautes d’ orthographe car j écris avec mon p’tit clavier d’ i phone tout kilo et des fois le doigt dérape.S il n y avait que le doigt…
– MLGA (suite)  : Tout kiki
– PADG Dit : Le comble du snobisme c’est de refuser de monter dans la même voiture que son chauffeur.
– MD : Ras le bol de pas dormir ! J’ai les mirettes open depuis 4 h du matin ! Qui c’est qui pourrait m’envoyer un troupeau à compter ? Tant qu’à faire, plutôt un troupeau de chippendales, si possible (nouvelle race de moutons irlandais, il paraît)
– DM : Quelqu’un a-t-il vu une page FB « Pot de départ de MAM » ou bien faut-il que je la crée moi même? 
Peut-être un moyen de réconcilier transparence démocratique et apéro géant ?…
– EL : Si les moustiques étaient des abeilles, ils ramèneraient du sang à la ruche et la reine ferait du boudin.
– PCC : A l’heure où les dictateurs « dégagent » avec Facebook, où le Pentagone flippe avec Wikileaks, où Sarko, le gourou, nous hypnotise sur TF1, il y a toujours des agents, accroupis derrière vos chiottes, pour relever le compteur d’eau, en se présentant chez vous, aux heures où vous n’êtes jamais là. Hallucinant ! Ca me troue le cul, et je vous souhaite un bon WE à tous.
– JPT : Après celle de Ben Ali Travels, nous signalons la fermeture de l’agence Moubarak Holidays.
– BR : USA : FAILLES DE SÉCURITÉ
Je viens d’avoir un copain américain, Aaron Levy, au téléphone.
Il était fou de rage contre l’administration, car n’importe quel terroriste peut débarquer aux USA.
Les services de sécurité ont laissé, à l’aéroport de Tel Aviv, sa belle-mère prendre l’avion !
– BR : Quel malheur ! Ben Ali est parti, Moubarak est parti ! Il n’y a plus que Laurent Gbagbo et le roi saoudien pour payer des voyages et des palaces à nos politiciens ! C’est bien triste, de voir des ministres dans la misère.
– AB : Moi je dis que dans la pub Renault, le mec qui raccompagne la fille et qui veut pas monter boire un verre, il est con et que c’est pour ça qu’il a acheté une Megane.
– JPCM : Ben Ali, Moubarak, ça c’est fait. What else : Bouteflika, Ahmadinedjad, Sarkozy, Hu Jin Toa, …

Image © dominiquecozette

L’irréprochable éthique de la démocraspec

Je ne l’ai pas regardé, j’avais peur d’attraper une sarko-entérite.  Et Pernod, en plus ! Non merci, ça me saoule ! Mais j’ai appris par la bande (FM) qu’il nous avait rassurés, nous  Français qui, comme lui, ne voyons que le côté fric des choses. Car où  était le problème des voyages MAM-Fillon sinon leur coût  ?
Que le fait que ses ministres voyageant dans des pays de despotes éclairés par le reflet de l’or qu’ils ont amassé sur le dos de leurs « sujets » — des milliards, on le sait — pose un problème d’éthique … des quoi ? Un problème des tiques ? Là, j’vois pas bien, m’sieur Pernod, vous m’escusez mais faut pas faire des amalgames, on n’est pas chez l’dentiste !
Donc, celui qui nous … dirige (mais vers quoi ?), redressant son torse replet, émoustillé à l’idée de nous clouer le bec avec cet argument : j’ai vérifié moi-même (ah ah ah), ces voyages n’ont pas coûté un centime au contribuable. Ouf !!! Soulagement, joie, liesse totale, ouvrons une Kro, pour la peine… Mais alors, qui a payé ces voyages  ? Ce sont des invitations, voyons. Ah, re-ouf.
Mais… qui paie, in fine ? Ça ne serait pas par hasard le pauvre contribuable égyptien et le pauvre contribuable tunisien qui auraient déboursé ces sommes pour que des gens qu’ils ne connaissent même pas, des arrogants droits dans leurs Berlusconi (remplacer par la marque) à peine usées de fouler les tapis rouges de la république française ? Dites-moi, c’est une blague, non ? Des gens qui mettent le feu à eux-mêmes tellement ils sont essorés par les « amis » de nos ministres ? Hé ben si. Ces gagne-petit là. Ces pauvres populos qui gagnent 100 € mensuels ici et 200 là.
Voilà. Et ils ont dit merci, ces ministres ? Oui, oui, y en a une qui a proposé en échange marchandise de fournir de la flicaille pour taper sur ces fouteurs de pagaille. Et l’autre ? On sait pas, entre momies, y a rien qui filtre.
Résumons : Notre président n’a rien à redire à tout ça. Il ne pense pas qu’il y ait faute. Mais il peut comprendre que ça puisse choquer. Mais il y a pas faute, même si c’était  pas la meilleure idée d’aller là-bas. Enfin, y a pas faute mais on n’ira plus, ou faudra un papier signé du surgé.
Les tiques, les tiques, pourquoi qu’vous m’parlez des tiques ? Bon, allez, next !

Dessin recyclé et texte ©dominiquecozette

Histoire d’oeufs : toujours aussi arriérée, la France !

On est en retard sur tellement de sujets, dans notre « beau » pays. Toujours à la traîne de tout ! En vrac et de mémoire : le niveau des écoliers, la parité (46ème rang), la liberté de la presse (44ème) , les aménagements pour les handicapés, les logements sociaux, le mariage homo, la transparence des affaires publiques, l’exemplarité du gouvernement, la justice etc, etc…
En plus, la France est le pays d’Europe qui utilise le plus de pesticides. C’est top, les pesticides, ça nous donne des cancers, ça tue nos paysans, notre terre. Mais ça créé de la richesse. Notez, la maladie aussi, pensez, tous ces labos, ces technologies, ces vaccins…
Mais parlons des poules et des oeufs : dans les supermarchés d’Europe, on ne vend plus d’oeufs de poules élevées en batterie. C’est interdit. Parce que c’est indigne pour qui respecte un tantinet les animaux. En France, non. On s’en fout. Sommes-nous donc plus barbares que les autres ? Non ? Oui ?
A nous de décider,  et c’est très simple : arrêtons d’acheter ces oeufs interdits ailleurs. Il suffit de regarder  le premier chiffre inscrit sur l’oeuf , avant les lettres FR (pour France)
0FR = oeuf bio de poules élevées en plein air
1FR = non bio mais élevées en partie en plein air
2FR = élevées « au sol », uniquement en intérieur,  ne sortant jamais
3 FR= maintenues en cages  dans des conditions épouvantables. Bourrées d’antibiotiques, forcément, pour ne pas claquer trop vite, donc pas terribles pour la santé.
Evitez de vous fier au  packaging montrant de joyeuses poules grattant la terre pour y chercher quelque ver. Les poules 2 et 3 n’ont jamais vu la terre. Alors un ver !
Merci de boycotter définitivement  les oeufs bas de gamme. D’en parler autour de vous.Et de raisonner de même en ce qui concerne viande et jambon.
Pour en savoir plus :  clik

Pour vous récompenser d’avoir lu ce truc pas drôle, une petite histoire d’oeufs.
Hortense s’apprête à mourir, elle a 98 ans,  et son jeune époux, Charles, 80 ans lui tient tendrement les mains. Alors Hortense dit :
« Tu sais mon Charles, j’ai un ptit kékchose à te donner. Va dans la grange, derrière la huche, et trouve donc un coffret. »
Chose dite, chose faite. Charles revient avec le coffret. « Bah ouvre-le donc ! »
Charles l’ouvre et trouve deux boîtes. Dans la première, 3 oeufs. Dans la seconde, 250 000 euros. Etonnement, question :
« Pourquoi 3 oeufs dans la boîte, l’Hortense ? »
« Tu vois, mon Charles, chaque fois que tu m’as point fait jouir, j’ai mis un oeuf dans la boîte… »
Charles, fier d’avoir failli seulement trois fois en 60 ans, se rengorge.
« Ben, et les 250 000 euros, alors ? »
« Ah, dame, chaque fois que j’avais douze oeufs, j’allais les vendre, pardi ! »

Texte et photo  © dominiquecozette

La vie si mooch de Dan Fante

Mooch est le titre original du bouquin de Dan Fante, « la tête hors de l’eau », qui nous conte ici l’exténuante épopée de Bruno Dante — le double officiel de l’écrivain — en proie à deux irrésistibles démons : l’alcool et le sexe-avec-Jimmi, Jimmi étant la nana la plus bandante du monde et de tous les temps et à laquelle, bien qu’elle soit une sale pute junkie et même pas amoureuse – il est impossible de résister.
Voilà donc Bruno, abstinent depuis quatre mois, qui se retient de se bourrer la gueule après avoir été viré de son sale job de vendeur d’aspirateurs. Sauvé par un gentil des Alcooliques Anonymes, il poursuit sa rehab en 21 étapes en télévendant des toners. Très doué. Il se refait vite, il va s’en sortir mais ah, merde ! il y a cette damnée call-girl qui le rend dingue. Dès lors, nous nous mettons avec lui, derrière lui, lui crions : attention Bruno ! Non, fais pas ça !!! Brunooooooo !!! Mais c’est sa croix, c’est son histoire. Il va s’enquiller toutes les conneries qui se présentent pourvu qu’il assouvisse ce vieux désir charnel de posséder cette salope qui ne veut pas de lui. Juste son fric. Et alors, trois verres, une bouteille pour oublier qu’elle est partie, ou qu’elle est revenue, ou qu’elle est enceinte, ou qu’elle suce quelqu’un d’autre, ou qu’elle fait la fête avec ses potes et du crack, ou quoi encore ? Et la ruine, la honte, viré comme un malpropre, dégueulant partout, suppliant, faisant n’importe quoi… Et puis repartant, clean, promettant… L’enfer.
C’est l’Amérique des Fante, Dan c’est l’un des fils du grand John. C’est les motels pourris, la vue sur Venice Beach, les boutanches cachées dans des sacs en kraft, les bagnoles qui pètent sous le soleil de plomb, les pépées pathétiques et sublimes qui fouillent dans ton ben à la recherche de ton fric et de ton zob, les clopes bogartées au son du cliquetis de l’Underwood, le sang qui gicle sous n’importe quel prétexte, les faux amis qui te niquent et l’amour qui te nargue tel un mirage dans le désert de la mort.
L’exergue, déjà, donne le ton : « ce livre est dédié à mon frère aîné, Nicholas Joseph Fante, 1942-1997. Mort d’alcoolisme. Ecrasé comme un chien dans la rue. »

Ce bouquin me donne envie de lire ses autres et surtout de relire tout son père, car d’un seul coup, Bandini me manque terriblement. Arturo Bandini, le double de John Fante.
Dan Fante. « La tête hors de l’eau ». 1988. Paru en 2001 chez Christian Bourgois.
Pour en savoir plus sur les Fante, relire l’excellent article d’Emeline Ancel-Pirouelle sur l’excellent blog de Pierre-Arnaud Gillet qui est un fan absolu. C’est ici.

Texte et dessins © dominiquecozette

Fessebouqueries #29

– HAD : Mort de rire…saillie dans un bistrot du marché Saint Pierre
-Dis ça lui fait quel âge à ta mère
-J’en sais rien je l’ai toujours vue à la maison!!!
– DB : Ce que je peux détester les gens qui mettent en statut: en route vers les Seychelles. Je trouve ça d’une vulgarité.
– JPT : Un ménage à Troyes est toujours moins intéressant qu’une partouze à Sète…
– DM : Moubarak Porte bien son nom : c’est pas un gringalet! C’est un peu le Mohamed Ali de la politique arabe. Si ce gars la te colle une baffe, tu te retrouves au Liban…
– PG : Ne comprend rien à l’équilibre pileux et capillaire chez l’homme. Pourquoi le fait de perdre ses cheveux fait pousser les poils du nez d’une façon inversement proportionnelle et parallèlement le fait de perdre ses poils du cul ça fait pousser les poils à l’intérieur des oreilles et que tout ça, couplé avec une barbe de 5 jours soigneusement entretenue finisse par boucher l’évacuation du bac de la douche….
– MC : La femme qui m’a mis au monde m’a offert un livre sur la place des femmes dans l’histoire, 410 pages et pas une seule recette.
– CA : j’ai un dîner de cons ce soir…quelqu’un a les coordonnées persos de Mireille Mathieu?…
– FDS  : 400 m a 19h30 à pied pour aller dîner j’avais super froid , 11H15 même chemin et là j’ai eu honte d’avoir froid : 6 tentes Quechua sur le trajet , en plein 17eme ..
– JPT : La différence entre les handballeurs et les footeux, c’est celle entre une équipe de mecs et une bande de branleurs. Signé : un spécialiste.
– HB : Tunise, Egypte, Yemen,… Facebook serait-il le nouveau telephone Arabe?
– EL : Pourquoi les stars mettent des lunettes de soleil hors de prix pour passer incognito alors qu’un simple sac en papier enfilé sur la tête serait bien plus efficace et plus rigolo ?
– JT a essayé le destop mais rien n’y fait, envisage de déménager
– CG : Plus fort que de nous faire avaler des couleuvres ! MAM, la Machine à Avaler des Mangoustes.
– DB : Non, je ne suis pas hypocondriaque mais en me touchant le pectoral droit j ai senti une boule. J ai eu un moment d’ angoisse terrible. Finalement, une analyse approfondie a révélé une mousse de casque audio qui s était glissée sous mon pull.
– PG : Putain !!!! mon iPhone est devenu frigide !!!! j’ai beau lui titiller l’écran, macache boneau !!!! Rien Nichts nada niente nothing…. Il va falloir que je m’achète une « saucisse coréenne » si je veux le faire réagir… Saloperie de machine !!!! je vais te changer pour une plus jeune, un 4 par exemple….!!! et après on ve dire, « Oui les mecs sont tous les mêmes etc…etc… » T’as qu’à marcher salope !!!!
– EVV : « An eye for an eye and a tooth for a tooth and the world will be blind and toothless. » (M. Gandhi)
– CP ira jusqu’au bout dans son solitaire et courageux combat contre les pinces en plastique dans les cheveux.
– DB : Le soleil vient pas de se lever et j emmerde l ami Ricoré.
– JPT : Tous ces gens qui s’enthousiasment pour la révolution en Egypte ferait bien de compter le nombre de femmes parmi les manifestants : ça les ramènerait à une analyse plus raisonnable de la réalité. Autant que je sache, on parle des Frères musulmans, pas des Soeurs. Cela ne vous inquiète pas, les filles ?
– PG : Putain de bordel à cul de merde, y’en a encore deux, (Des copains pourtant, et que j’aime bien en plus) qui m’ont fait chier sur la chanson française…. Ils savent bien qu’il ne fait pas me lancer là-dessus…. la CHANSON FRANÇAISE C’EST DE LA MERDE EN BARRE !!!!et j’ai raison!!!!! ne me faites plus chier sur ce truc…
– OVH : Mes chers compatriotes, j’ai décidé de dissoudre Nicolas Sarkozy.
– TE pense qu’elle aimerait bien étrangler les mec avec qui elle a fait deux enfants grrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr !
– JPCM : La caissière (à propos de la carte Monop) – Vous êtes fidèle ? Le client – Ah non, absolument pas.

BONUS :  Denis Robert, qui a combattu Clearstream (et ses puissants blanchisseurs d’argent sale) avec un courage sans nom :
–  (hier) Je donnerai des nouvelles plus détaillées plus tard mais la Cour de cassation a rendu ses trois arrêts définitifs aujourd’hui. Dix ans de bataille pour une victoire. Clearstream battu à plate couture. Mon enquête est jugée sérieuse, utile et dans l’intérêt général. Mes condamnations sont annulés et ils doivent m’indemniser. Je suis content.
(aujourd’hui) Bonjour et merci de ces alertes. La dépêche AFP sur laquelle s’appuient les articles de presse est truffée d’inexactitudes. Ce n’est pas un mais trois jugements qui accablent Clearstream et me « blanchissent » comme ils disent. Clearstream est condamnée à une amende de 9000 euros et surtout à me verser des dommages dont le montant sera …fixé par la Cour d’Appel de Lyon. Toute mon enquête est entièrement validée. Les jugements sont définitifs et sans recours pour la multinationale. La jurisprudence de la cour européenne des droits de l’homme fait foi, les jugements consacrent le droit à l’information comme une vertu cardinale. Il souligne que j’ai fait œuvre d’utilité publique en révélant l’existence et le fonctionnement trouble de Clearstream. Je vais publier un texte plus précis dans la journée. C’est une incroyable et formidable victoire pour le journalisme. Et pour moi. J’ai pu mener ce combat et poursuivre à son terme cette longue procédure grâce au milliers de gens qui ont participé à mon comité. C’est à eux que je pense ainsi qu’au 500 journalistes qui ont envoyé leur carte de presse en soutien. ça fait vraiment plaisir. Mille mercis.

Image © dominiquecozette

1955 racontée à mes amis blecteurs*

En 1955, la mallette tourne-disque sonne le glas des 78 tours.
Le slow le plus baveux de tous les temps, Only you, des Platters, commence à mouiller les culottes tandis que celle de Marilyn est coupée au montage de 7 ans de réflexion par les ligues de vertu, et que les danseuses de be-bop exhibent les leur sur Rock around the clock de Bill Haley.
Screaming J. Hawkins et Little Richard font un concours de chanteurs hurleurs tandis que Gilbert Bécaud, après la casse des fauteuils de l’Olympia, devient M. 100 000 volts.
Elvis signe un contrat fabuleux de 5000 dollars et se voit offrir une brand new Cadillac.
Johnny apparaît à l’écran, à 12 ans et à la loupe, dans les Diaboliques de Clouzot. Une radio voit le jour depuis la Sarre : c’est Europe n°1. Mais le déserteur de Boris Vian est censuré sauf que Mouloudji en atténue les paroles.
Churchill se retire pour peindre, maçonner et fumer ses gros cigares. Le général de Gaulle aussi mais sans truelle ni pinceau.
C’est dans l’Illinois que débute l’obésification de la planète avec Mac Donald, le premier fast-food mais c’est en Californie que James Dean se crashe à 24 ans au volant de  sa Porsche 550 Spyder, entre L.A. et Salinas. Dans le New-Jersey où il vit, Einstein cesse de tirer la langue alors que Nicolas de Staël pose ses brosses pour se suicider du côté d’Antibes. Claudel enfile son soulier en satin et met deux pieds dans la tombe, à Paris.
Paris où Minou Drouet, poétesse de 8 ans, fait polémique,  et où Dior et Coco Chanel battent leur plein (oui, c’est le bon pluriel).
En juillet, on entonne tous « vas-y Bobet » et il y va, à la victoire. En septembre, c’est au tour de Fangio à Monza sur Mercedes.
En France, on est encore branché grave Luis Mariano, Philippe Clay, Georges Brassens ou Line Renaud alors qu’ailleurs, on swingue déjà sur le Gigolo de Louis Prima et le Guitar Boogie d’Arthur Smith.
Sinon, on roule en DS, on vole en Caravelle, on trimballe son transistor, on parle de train à 300/h et de voyage sur la lune.
Quant à moi, je n’arrive pas à convaincre ma mère de me laisser pousser les cheveux, c’est un monde !
* Blecteurs = lecteurs de blogs

Texte et dessin © dominiquecozette. Source : Les années Rock’nRoll de Rodolphe, éditions Chronique. 2008 (Chouette bouquin bourré d’images ).

La dernière balade de Billy, par William Burroughs Junior (73)

Le fiston du big Bill eut une vie brève hélas :  il clamse à 33 ans, le foie explosé par l’alcool, en 81. En fait non. Il avait bénéficié d’une transplantation quelques temps avant mais comme il continuait à picoler et surtout, qu’il arrêta ses médocs anti-rejet, ce fut vite plié.

Il se raconte dans ce bouquin, avec un style cash, désabusé, loin des romans « ateliers d’écriture terriblement efficaces d’aujourd’hui », on dirait un vieux qui te met en joue avec ses vérités alors qu’il n’a que 28 ans. Je le laisse parler de la fameuse scène qu’on connaît bien :

« A propos, qui suis-je ? Certains aimeraient peut-être en savoir un peu plus sur moi-même et ma famille. On me permettra donc une petite digression.
Son, lumière et brouhaha. Comme je vous le dis, docteur. Né le 21 juillet 1947 à Conroe, au Texas, à 4 heures 10 minutes du matin, sans qu’on m’ait demandé mon avis.
Ma mère était sans doute une femme extraordinaire. Durant mon existence fœtale, la quantité de benzédrine qu’elle consommait tous les jours aurait suffi à tuer Lester Madox du premier coup, tandis que Big Bill, mon père, ne voulant pas être en reste, carburait dans son style contemplato-végétatif à trois piquouses d’héro par jour. […]
Un soir de fiesta, où tout le monde était rond ou défoncé, maman a voulu jouer les Guillaume Tell. Elle s’est posé sur le crâne une pomme, un abricot, une grappe de raisin ou peut-être son fils et a défié mon père de tirer. Bill, pourtant très bon tireur, a brillamment raté son coup. Homicide involontaire. »

Bill junior a été confié à ses grands-parents paternels, dans le Missouri puis à Palm Beach en Floride, tandis que le père écrivait et continuait de se dissoudre dans la dope avec ses potes au Maroc. A 14 ans, le petit les rejoint mais l’éducation qu’il y reçoit est d’un drôle de style. Le style Tanger, quoi. Bref, il va commencer très jeune à se défoncer. De retour aux Etats-Unis, il est menacé de prison et d’une forte amende que mamie ne peut pas payer. William débarque et fait l’énorme effort de présenter beau, cravate, propre, pas craignos. Le fils sera autorisé à se désintoxiquer dans le centre-prison créé pour les anormaux, tordus, déviants de l’US society. C’est là le gros morceau du bouquin. On y apprend des tas de choses sur la dope, mais on y voit aussi ce jeune homme faire de son mieux pour s’en tirer. Il ne se plaint jamais d’ailleurs. Après un passage dans le centre de Miami, il va se rééduquer en Alaska, à la pêche crabes, dans des conditions plutôt épouvantables. Le drôle est sa compassion pour les poissons coincés dans les mailles du filet et sa pitié pour des crabes. Good guy.
Puis il revient à la vie normale — après une nuit de murge sanglante — c’est à dire qu’il se met à écrire, il a une femme dont il parle au moins pendant cinq lignes et il compense la dope par l’alcool. Après « la balade », il fera un troisième livre qui restera inachevé.
La préface du livre est rédigée par son père qui se sait indigne mais parle de son fils avec tendresse. Et la postface, non moins percutante, par le junkie writer Jerry Stahl dont je n’ai pas (encore) lu les Mémoires des Ténèbres.
Pour les nostalgiques de la beat generation, les amoureux de la littérature américaine « d’avant ». Et autres curieux. En revanche, les fanas de la bite génération risquent une légère déception.

William Burroughs junior. La dernière balade de Billy. 1973 (13ème note éditions,  2010)
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Jeudi : rendez-vous avec Pierre Lamalattie

« J’ai 54 ans. J’ai connu moins de femmes qu’un animateur du Club Med. J’ai gagné moins d’argent que mon voisin orthodontiste. Je suis moins sportif que ma belle-sœur. J’habite toujours à 500m de chez ma mère. Et, bien sûr, je n’ai vécu aucune aventure de l’extrême. Je suis un type inoffensif, une sorte de raté irrémissible.
J’aurais pourtant bien tort de me plaindre, car, au fond, je m’en fous complètement.
Tout de même, c’est un peu contrariant d’être entouré de gens qui se passionnent pour leur carrière et leur image, de gens qui ont des « activités », qui font du sport, de la politique, qui discutent, qui s’intègrent, qui voyagent, qui pensent aux soldes, qui s’intéressent sans effort au squash, à l’aquariophilie et à bien d’autres choses, de gens qui, en fin de compte, ont le sentiment légitime d’avoir trouvé un bon mode d’emploi. »

Pour savoir la suite ou mieux, pour connaître Pierre Lamalattie, l’artiste, rendez-vous à son vernissage à la galerie Alain Blondel dans le marais, 128 rue Vieille du temple, 75003 Paris.  C’est le jeudi 3 février à partir de 18 heures. J’y serai car je suis une inconditionnelle de cet artiste qui m’interpelle par la pertinence de ses textes et le charisme de ses personnages.
L’exposition a pour titre « peindre des vies tout entières » et le pitch en est : « Les cabinets de recrutement sont formels : il faut résumer une vie à l’essentiel ».
Pari tenu. A vérifier jusqu’au 19 mars.

Plus d’info sur le site de  Pierre Lamalattie ici
Plus d’info sur la galerie Alain Blondel ici

Texte d’intro et peinture © Pierre Lamalattie

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