La collision

La collision raconte comment la mère de l’auteur, Paul Gasnier, 19 ans lors des faits, a été tuée en plein centre de Lyon, en 2012. Un jeune Maghrébin, bien connu des services de police selon la formule, l’a heurtée en pleine rue, provoquant des lésions cérébrales fatales. Le jeune homme faisait une roue arrière sur une moto surpuissante, non homologuée, tout en étant sous l’influence de drogues.
Devenu journaliste, et toujours obsédé par le drame, Paul Gasnier décide d’enquêter sur la façon dont ce jeune homme de dix-huit ans, presque le même âge que lui, a pu en arriver là. Il refuse l’injonction de la société à fracturer la population. Oui, c’est un Maghrébin, mais il refuse de considérer cela comme une fatalité. Il rencontre sa famille et surtout sa sœur aînée, ce sont des gens bien qui n’ont pas compris la dérive du garçon, d’autant plus que la mort de la femme ne l’a pas vraiment affecté puisqu’il va continuer son chemin de petit délinquant malgré la clémence et l’aide de son entourage et des juges.
L’auteur réussit à rencontrer le juge maintenant à la retraite et à consulter le dossier vieux de dix ans. A sa grande surprise, il voit que celui-ci pratique la moto de la même marque que celle qui a tué sa mère, KTM, une moto-cross « énervée ». « Les premières fois, je n’ai pas réussi à démarrer au feu sans que la roue avant ne se lève, tellement c’était puissant », raconte le juge en ajoutant pfiouuuuu ! « On se prend un pied permanent avec cette moto, si vous saviez. » D’un côté, cela lui permettait de comprendre le jeune délinquant mais de l’autre, étant père et époux, il comprenait parfaitement la peine de la famille de la victime.
C’est sans haine ni esprit revanchard que l’auteur dresse le portrait d’un garçon devenu papa, dont l’itinéraire n’était somme toute pas très loin du sien. Des mauvaises rencontres, la fougue de la jeunesse à la recherche de sensations fortes et tout peut arriver qui va détruire deux familles.
A la fin de cette enquête, il décide de lire un petit mémoire que sa mère avait écrit sur le yoga, comme si elle pressentait sa fin, alors qu’elle ouvrait juste le local où elle devait donner ses cours, à quelques mètres de l’endroit de la collision.

La collision de Paul Gasner, 2025, chez Gallimard. 161 pages, 19€.

Texte © dominique cozette.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial
Twitter