Un petit chef-d’œuvre de littérature, titre de l’ouvrage écrit par Luc Chomarat, est aussi, quelque part, un petit chef-d’œuvre de littérature, c’est jubilatoire. Le petit livre est parfois un livre, parfois un personnage. Il rencontre Rastignac qui monte à Paris comme lui et il se fait un tas de relations, dont son amante, une jeune fille modeste avec des barrettes. A part ça, ce n’est pas non toujours un être vivant. Tout le livre, fait d’un assemblage de petits textes, nous parle littérature, rayonnages de librairies, genres littéraires, postérité. On y participe à une chasse aux lieux commun, on y cause refus d’éditer, question du sens, mort, bonheur, on y picole sec, on y évoque le fameux prestige de l’écrivain, prestige subclaquant au profit des start-up.
On y croise le blogger pénible qui fait plein de fautes, le critique littéraire agaçant, le bistrotier, les rats de bibliothèque, l’animateur d’atelier d’écriture, tout ce petit monde qui forme une sorte de puzzle abstrait mais totalement hilarant. On y rencontre aussi tout plein d’écrivains qu’on aime, de personnages, de titres…Sur le rabat, il est écrit qu’il est impossible de résumer ce livre. Effectivement, il ne ressemble à rien, ni essai, ni roman, ni récit, ni conte…
Drôlissime, irrésistible, sans aucun équivalent. De plus, la couverture est délicieusement veloutée. A lire absolument !
Un petit chef-d’œuvre de littérature de Luc Chomarat. 2018 aux editions Marest, 144 pages, 9 €
La Ferme aux poupées est le deuxième polar traduit en français de Wojciech Chmielarz, le premier étant Pyromane qui installe l’inspecteur récurrent Mortka, dit le Kub, et explique pourquoi on va l’envoyer loin de la base. Mais on s’en fiche quand on lit ce deuxième ouvrage, on sait seulement qu’il a fait quelque chose de gênant et que ses chefs, sans vraiment le punir, préfèrent l’éloigner un moment dans une bourgade de montagne où il ne se passe pas grand chose, sous couvert d’échange de compétences avec la police locale. Au début, j’ai pensé qu’il s’agissait d’un flic usé un peu grassouille, la cinquantaine désabusée, mais non, il a la trentaine. Sa femme l’a quitté parce qu’il se consacrait trop à son boulot et trop peu à elle et surtout à ses fils. C’est vrai que ce n’est pas un père attentionné, il en donne encore la preuve. Il est logé dans un appartement communautaire, il a de la chance car une jeune femme seule avec son fils s’occupe de lui faire à manger et de laver ses affaires. Son arrivée dans ce bled commence assez rudement, avec l’enlèvement d’une fillette de 11 ans qui jouait au bord de la route. Assez vite, un type avoue le viol et le meurtre de la fillette. On se dit : c’est un peu simplet ce bouquin, comme si un suspect avouait aussi vite. Sauf que voilà, il avait ses raisons de le faire. Et puis on apprend qu’une autre petite fille avait déjà disparu il y a peu mais comme c’était une Tzigane, l’enquête s’était vite éteinte.
Avec le Kub, les choses s’accélèrent, il aime fouiner, chercher, sortir de la légalité pour aller plus vite. En faisant ses recherches, il retrouve la première fillette, vivante mais mal en point au fin fond d’une mine près d’un tas de cadavres de femmes cruellement mutilées. La bourgade est en émoi, les supérieurs régionaux veulent reprendre l’affaire mais le Kub et ses collègues s’entêtent, et même s’ils sont mal équipés, ils veulent trouver le ou les tueurs de femmes, responsables de ces ignobles tortures. Sont-ce les Roms, ou des trafiquants, des maniaques sexuels ? Le mystère est insondable.
Des sacs de noeuds vont apparaître au fil de l’enquête, des blessures au corps et à l’âme, de terribles craintes mais le Kub est toujours sur la brèche, tâchant de rester debout à coup de bières et de mauvais café.
Palpitant, bien mené, bien écrit, ce bouquin est le fait d’un auteur-vedette dans son pays déjà plusieurs fois couronné. Il faut juste s’accrocher en ce qui concerne les noms, ils sont imprononçables, beaucoup se ressemblent mais on y arrive…
La Ferme aux poupées de Wojciech Chmielarz, 2018 aux les éditions Agullo Noir. Traduit du polonais par Erik Veaux. 400 pages, 22 €.
Bonjour, les pompières (et moins que demain) ! Vous allez enfin pouvoir exercer votre métier de femme ! On ne peut pas en dire autant des sages-femmes hommes ! Enfin, chacun sa m…, regardez-moi ça : Trump repart la queue basse, les coureuses musulmanes devront porter des bérets basques ou des coiffes de bigoudens, le pape devra se trouver un nouveau secrétaire à l’économie détestostéroné, les Algériens devront bouter Flika hors des urnes et nos petits jardiniers devront payer un lourd tribut pour la honteuse possession d’une cabane à outils. Pour qui ils se prennent, hein ? Heureusement que l’été est arrivé ! Quoi, le réchauffement climatique ? Qu’est-ce qu’on y peut, au réchauffement climatique, hein ?
– JB : ENFIN les noms de métiers sont féminisés ! On pourra désormais écrire « à compétences égales, les ingénieures sont moins payées ».
– MH : [ carnet mondain ] Le mandarin a épousé la mandarine et le carabin la carabine, mais le camelot s’est séparé de sa camelote.
– ST : Enfin, l’Académie Française reconnaît notre statut de filles de putes. Il était temps.
– MK: L’église pédophile : Satan, Satan… ça tend dans le slip des ecclésiastiques
– JPT : Au Vatican, les pédophiles se ramassent à la Pell.
– OM : Désolé de poser une question de fond que personne ne pose mais est-ce que le hijab de course va vraiment plus vite ?
– RR : La polémique Decathlon est stérile : la place d’une femme n’est pas dans une course à pied mais dans une cuisine.
– KL : Du coup un tapis de course dans la cuisine avec la nouvelle tenue Décathlon et c’est réglé tout le monde est content
– HP : La principale différence entre les Césars et les Oscars c’est qu’aux Césars, Queen est interprété par Kad Merad, et aux Oscars Queen est interprété par… Queen.
– HDD : A force de parler du pouvoir d’achat des français pendant 6 mois on avait oublié que le vrai problème, c’est les Arabes. Ouf, nous redevenons lucides.
– SI : Merde, si vous interdisez tout signe religieux dans l’espace public, je vais faire comment quand je voudrais sortir ? Je suis athée, je vais devoir laisser mon cerveau à la maison.
– JF : « hausse sur les cabanes de jardin ». Débarrassez-vous de vos abris de jardin, et remplacez-les par des yachts, des Ferrari, des lingots. Tout ça est détaxé.
– JS : Date réelle : 27 février. Date ressentie : 27 mai
– DC : Match Trump / Kim Jong Un. Aucun des deux n’a voulu lâcher le nom de son coiffeur. Le sommet (du crâne) est interrompu.
– TW : Sinon on a qu’à dire que la pollution est un des piliers de l’islam et normalement la France est propre en 2 semaines
– NeM : On n’est pas bien là avec nos millions de chômeurs, de mal logés, de sans domicile, de travailleurs pauvres, de retraités précaires, de décrocheurs mais au moins sans hijab Décathlon ?
– CB : — Nous dénonçons Décathlon au nom de nos valeurs féministes. — Heu, c’est-à-dire que moi j’ai envie de courir en hij… — OH TOI, L’OPPRIMÉE, TA GUEULE.
– AB : Tiens, on a une taxe sur les abris de jardin (+ 3,8 % en 2019). À quand la taxe sur les nains de jardin ?
– HM : Un homme de 65 ans, conseiller financier à Versailles, tagueur antisémite de croix gammées, a été arrêté. Un gilet jaune islamiste des banlieues salafistes?
– SC : La liberté des femmes est un argument qui pèse bizarrement plus lourd quand il s’agit de Décathlon que de faire du commerce avec l’Arabie Saoudite.
– NP : — Circonstances du décès ? — Il faisait du vélo Place le la Bastille en tenant son parapluie à une main et en téléphonant avec son kit mains libres… — Ok… On va mettre « suicide »…
– TW : Que l’affaire du hijab de Décathlon serve de leçon. Le seul truc que l’Occident a le droit de vendre aux musulmans, c’est des armes pour buter d’autres musulmans.
– JS : T’as quand même quelqu’un qui s’est dit « et si on demandait son avis à Gérard Larcher sur un vêtement de running ? »
– AB : La gendarmerie refusant le chanteur (?) Francis Lalanne comme réserviste, il devrait postuler pour tenir la grosse caisse de la fanfare de Moulinsart.
– RDB : Le pape François décrit le féminisme comme «un machisme avec une jupe» . Pourtant le pape est un machiste avec une jupe et ça fait pas de lui un féministe
– AB : Le coquelet pétainiste Riquet Zemmour recruté par Radio Classique : il tentera de démontrer que Mozart était gauchiste, Beethoven apache et Chopin cuistot.
– RR : Éric Zemmour sur Radio Classique … Tout ça pour réaffirmer qu’une blanche vaut deux noires.
– CC : On vit dans un pays où un ministre de l’économie peut, d’une part, fustiger les Hollandais qui défendent leurs intérêts dans une entreprise et d’autre part trouver normal de vendre les aéroports à la Chine.
– DC : Apparemment, Kim Jung Un n’a pas de pellicules dans les cheveux !
– GD : J’ai une toux à réveiller Abdelaziz Bouteflika.
– KM : Bouteflika, c’est le seul candidat qui attend ses électeurs à l’intérieur de l’urne.
– AS : Tant qu’il reste un peu d’océan dans le plastique on peut continuer à naviguer vers notre perte.
– FP : Je suis sorti avec une croupière — une fille de croupiers. Je suis sorti avec une cafetière — une fille de cafetiers. Je suis sorti avec une portière — une fille de portiers. Je suis sorti avec une glacière — une fille de profs à l’Université…
– AB : Féminisation des noms de métiers : • Croquette-morte • Donneuse de sperme • Plombière-zingueuse-couvreuse • Curée de campagne • Pilotesse
– CC : Longtemps je me suis levrette de bonne heure.
– AB : » Quand Marine Le Pen sourit, dix enfants de migrants tombent dans les pommes. » Dicton africain
– ES : Vers un cinquième mandat pour Bouteflika ? L’Algérie vit ce week-end un moment très impotent.
Bon, tout le monde ne connaît pas Edouard Levé, plasticien très intéressant en même temps que très tourmenté, qui s’est pendu en 2007 à 42 ans alors qu’il venait de remettre son dernier livre, Suicide, une fiction, à son éditeur. Le principal medium de Levé était la photo grâce à laquelle il reproduisait des scènes de la vie : ses rêves remis en scène avec les vrais personnes qu’il se donnait le mal de retrouver, des scènes pornographiques (nues) refaites avec des personnes joliment vêtues, pareil pour Rugby — je pense que la photo de couverture du livre fait partie de cette série — des portraits de gens (de la campagne souvent) s’appelant Marcel Camus, ou je ne sais plus qui de très célèbre… Et il écrivit quelques livres magistraux, l’Oeuvre qui listait toutes ses idées créatives en trois lignes, Autoportrait qui tissait sa biographies en courtes phrases sans rapport les unes avec les autres.
C’est par Martine Camillieri (merci Martine !) que je l’ai connu, lorsqu’elle l’a exposé dans sa galerie la Périphérie, à Montrouge : j’ai été tout de suite séduite par son travail. Et tellement orpheline lorsqu’il est mort !
Bruno Gibert, l’auteur de les Forçats, a connu Ed en visitant ce qui lui tenait lieu d’atelier, son studio miteux, où il avait peint un tableau monochrome fait avec sa merde et qu’il avait laissé sécher sur le balcon des mois. Amis depuis ce temps, ils cherchaient chacun comment développer leur notoriété artistique, comment s’imposer dans ce vaste domaine, comment mettre leurs idées en pratique. Ils s’amusaient, buvaient, draguaient, papotaient des nuis entières mais ne foutaient pas grand chose bien qu’ils fussent tous deux diplômés dans des disciplines sérieuses.
Bruno Gibert raconte surtout des anecdotes, des flashes de souvenirs, pas forcément sur Ed mais beaucoup quand même. Ed se sentait à l’écart des choses, loin de la vraie vie d’artiste. Il était peut-être un peu snob. Lorsqu’il a réussi à vivre dans le marais, il était content d’y croiser des people, d’aller saluer du monde aux vernissages, de se faire connaître. Mais pouvait aussi disparaître des jours entiers. Puis une galerie, Loevenbruck je suppose, l’a lancé et il a vite fait partie de la jeune scène artistique qui compte. Mais il était mal à l’aise, ne savait pas parler aux enfants, ne comprenait pas ce qu’était l’amour et comment on pouvait vivre ensemble dans le mariage. Car Bruno Michel était non seulement marié, mais il avait une enfant et un vrai travail. Donc leurs routes s’étaient éloignées.
Difficile de résumer ce style de livre, ce n’est pas un roman, ni un éloge de l’ami disparu ni une sorte de bio de l’auteur, plutôt une petit vademecum sur comment on pouvait devenir artiste conceptuel (ou pas) à l’aube du nouveau millénaire.
En tout cas, très instructif et intéressant !
Les forçats de Bruno Gibert, 2019 aux éditions de l’Olivier. 154 pages, 16 €
Karl ayant entendu la leçon de grande Coco qui trouvait moches les coudes et les genoux en avait pris de la graine et … cachait toutes les parties de son corps sauf sa chatte au poil blanc. Evidemment, on ne lui a pas demandé de venir reconnaître le corps, à la pauvre Choupette désormais dépositaire de l’esprit du Kaiser, à laquelle probablement, on va servir du caviar dans des bols Ming, qui fera son popo dans une litière d’or sertie de pierres de lunes et dont on brossera le poil dans le bon sens. Grâce à Dieu, Benalla ne nage pas dans un tel luxe, enfin on espère, en tout cas il est à l’abri des insultes de tout poil dans sa petite cellule toute neuve… Sinon, les César poil au dard ah que je suis horripoilante !) et un bon week-end pile-poil sous le soleil.
C’est un livre tout mince. Il s’appelle Antonia et son autrice, Gabriella Zalapi, plasticienne d’origines anglaise, italienne et Suisse vit à Paris. Elle vient de publier cette petite histoire de famille, en tout cas ce sont des photos de famille, qui a pour héroïne une jeune femme de même pas trente ans, mariée bêtement et sans réfléchir semble-t-il à un bonhomme qui ne l’aime pas, c’est réciproque, et avec lequel elle a eu un fils dont elle s’occupe fort mal. Ce qui ne serait pas très grave puisqu’il y a la nurse anglaise sortie de la meilleure école qui a pris l’éducation de ce pauvre enfant mal peu câliné. Son mari est notable et lui interdit de travailler même si l’oisiveté lui pèse terriblement.
Heureusement pour elle, pour sa sauvegarde, une super occupation vient réveiller cette vie si morne : dépouiller les centaines de documents, lettres, photos, notes empilés dans des cartons qu’on lui a fait parvenir à l’issue de la vente de la maison de sa mère. Superbe baraque qui avait poussé le mari au mariage. Elle y découvre l’histoire complexe de sa famille — père juif qui a dû quitter l’Autriche, dynastie anglaise — sa propre origine, ses liens oubliés avec ses grands-parents et son manque d’amour pour sa mère. Son indifférence à la vie va se diluer peu à peu et lui permettre de trouver une solution pour échapper au cauchemar du quotidien. Charmante chronique du temps perdu. Cela se passe en 65/66.
Antonia de Gabrielle Zalapi , journal 1965-1966. 2019 aux éditions Zoé. 104 page, 12,50 €
Je me suis aperçu avec stupeur et putréfaction que je n’avais pas blogué ce livre formidable de Flore Vasseur, Comment j’ai liquidé le siècle, sorti en 2010, haletant, dense, superbe, qui ose s’attaquer à l’institution Bildeberg.Comment j’ai liquidé le siècle de Flore Vasseur
L’histoire : Fils de plombier de Clermont-Ferrand et souffre-douleur de l’école, Pierre se réfugie dans la cave pour il faire des maths et de l’informatique. Surdoué, il devient trader et conçoit des calculs systémiques et des algorithmes qui lui font engrangee des milliards. Il bosse dans une banque et mène une vie de con de nabab : un mariage avorté, une fille qu’il ne voit plus, , peu d’amis, des avions, des putes de luxe. Il est convoqué à New-York par une vieille dame sur sa fin : elle compte sur lui pour liquider le capitalisme (avec une clé USB hello Kitty où elle a inscrit LE programme) car elle ne supporte pas que les Chinois supplantent un jour les Russes. Elle est à la tête du Bilderberg, ce fameux rassemblement transatlantique de diplomates, puissants et autres dirigeants politiques qui dominent le monde. S’il ne réalise pas cette tâche, il risque de lui arriver malheur. Il se tâte, se tâte. Puis après divers aventures, copie la clé à deux ou trois types de confiance qui vont diffuser son contenu. Que se passe-t-il alors ? Rien ou presque : ils se renflouent tous mais c’est tout. La vieille dame meurt.
Puis un jour, plus tard, toute l’informatique mondiale s’arrête. Plus rien ne marche. Plus de communications, de transports, de bourse, d’argent. Avant que les gens s’entretuent, il revoit sa sa fille, anorexique, elle 18 ans, elle est sur la bonne pente et voulait faire de l’humanitaire, pour rejoindre sa mère qu’il ne voyait plus, dans le Cantal.
Superbe, tendu, caillant ! Génial !
Comment j’ai liquidé le siècle de Flore Vasseur, 2010. Editions des Equateurs et Poche.
Flora Vasseur a perdu celui qu’elle admirait, « un ami, un frère d’armes ». Elle raconte ce personnage hors normes dans Ce qu’il reste de nos rêves. Il s’appelle Aaron Swartz, est un prodige, plus qu’un surdoué qui a appris seul à lire à trois ans, à coder à huit ans, suicidé à 28 en 2013. Internet a été très tôt sa maison, son refuge. Rien n’allait à l’école, il se sentait décalé. Il était chétif et avait la tête pleine de projets faramineux. Le plus important, celui pour lequel il fut reconnu fut son désir de libérer l’humain, de lui offrir l’accès gratuit au savoir, à l’information, où qu’il se trouve, qui il soit. Son père l’a beaucoup soutenu, beaucoup aidé. Aaaron a arrêté l’école et à 14 ans, il travaillait déjà avec tous les pionniers d’Internet qui, s’ils le prenaient pour un gentil illuminé au début, s’apercevaient vite qu’un cerveau comme le sien surpasserait un jour leurs propres limites.
Humaniste sans s’en prévaloir, il militait pour la démocratie, la liberté d’expression, convaincu de l’intelligence de l’homme, de son désir d’élévation. Il réussit à entrer dans des institutions sans les diplômes, à l’université, au MIT (Massachusetts Institute of Technology). Les contingences ne l’intéressaient pas, il ne mangeait que de la junk food blanchâtre, ce qui ne contribua pas à soigner sa maladie intestinale épouvantable, il se fichait pas mal de l’argent. D’ailleurs, il en gagna beaucoup en revendant un programme qu’il avait cocréé, ce qui lui permit d’oublier définitivement la nécessité de payer pour ceci ou cela. Il vivait dans des squatts.
Il pensa le premier à créer une bibliothèque du savoir, mais il était trop jeune. Ce fut Wikipedia. Il fonda, avec Brewster Kale, l’Open Library, en accès libre, vingt millions d’œuvres aujourd’hui . Il créa Reddit, le dixième site le plus visité au monde et conçut le Manifeste pour la guérilla pour le libre accès. Etc… Il n’a pas arrêté.
Malheureusement, téléchargeant des milliers de documents, il fut vite repéré par le gouvernement et une procureure très sévère. Il n’était pas mal intentionné mais la justice a préféré le poursuivre, il était passible de 35 ans de prison. Lui qui ne pouvait rester dans un bureau… Il s’est suicidé en 2013, à 28 ans, laissant une tribu de savants et chercheurs éplorés par cette perte irréparable. (C’est arrivé pendant le mandat d’Obama qui redoutait, comme tous, la puissance des nouvelles technologies.)
Ce livre est formidable, il est écrit, non comme un document de recherche, mais comme un scenario haletant qui ne ménage ni notre attachement à ce héros incroyable des temps modernes ni la peine que nous ressentons lors de sa mort. Flore Vasseur qui, comme lui, ne cesse de bouger d’un endroit à un autre, a réussi a retrouver beaucoup de ses proches, de ses mentors, de ses collègues. Elle a lié connaissance avec ses parents afin de parfaire le portrait de ce jeune homme inclassable. Et a réussi a passionner une béotienne comme moi à cette grosse bête ultra-terrestre qu’est le Net. C’est dire !
Si le sujet vous intéresse, elle en parle à la Grande Librairie, c’est ici, et bien mieux que moi.
Superbe livre ! (Comme tous les livres de Flore Vasseur).
Ce qu’il reste de nos rêves de Flore Vasseur, 2018 aux éditions Equateurs. 342 pages, 22 €
Quand on cherche une photo de Juppé, pas la peine de se casser la tête (d’œuf), c’est toujours la même. Ça lasse, alors tant pis, je vous refais le même coup photoshop que la semaine dernière. Elle est rigolote, non ? Bon donc cette semaine, Papy n’a pas fait de résistance pour se mettre au chaud dans une bonne vieille maison de retraite, loin des gilets jaunes qui viennent foutre la merde dans sa ville. Sinon, les guignols de la Ligue du LOL sont tombés comme des mouches qui puent en se demandant bien pourquoi on ne peut plus conchier ces simples femmes comme le faisaient sans vergogne parent 1 et grands-parents 1, ce qui ne les empêchait pas de redevenir tout gentils pour la Saint Valentin en se débraguettant concupiscemment devant leur meuf adorée. A part ça, une semaine qui va rapporter gros aux fabricants de bleu-blanc-rouge.
– NP : Je ne serais pas étonné si on apprenait que c’est Benalla qui a lancé l’affaire de la Ligue Du Lol, pour se payer deux ou trois jours de tranquillité.
– ALD : Il pourrait y avoir bientôt des postes de journalistes à pourvoir. LOL
– IT : Grande victoire des Gilets Jaunes bordelais qui ont forcé Juppé à démissionner !
– PU : Au fait j’ai causé de la Ligue du LOL à une collègue étrangère à Twitter, sa réaction fut « qu’est-ce qu’ils peuvent être cons ces ados » avant que je lui explique.
– RV : Le convoyeur disparu avec 3 millions retrouvé à Amiens. Macron aurait du réfléchir avant de rentrer au bercail avec ce « pognon de dingue » !
– MK : Plus de mur pour Trump, juste un murmure. J’aurais préféré un râle…
– HS : Les députés de la France insoumise auraient déposé un projet de loi visant à supprimer la Saint-Valentin du calendrier de la Poste, Cette célébration serait stigmatisante pour les célibataires, mais également pour les veufs et veuves à l’heure de l’ouverture d’une négociation sur les pensions de réversion.
– OK : Alain Juppé, 73 ans, est triste de quitter Bordeaux. Pôle Emploi lui a proposé un CDD de 9 ans à 600 km de chez lui. Trop dur !
– PM : Il faut que ça cesse. Aucun riche n’a eu besoin de d’affronter la police, de risquer d’être gazé, de perdre un œil ou une main pour obtenir la suppression de l’ISF.
– OM : Chez la Ligue du LOL, visiblement c’est plus trop le LOL.
– CC : N’a toujours pas reçu son saint-nectaire en forme de cœur pour la saint-valentin. Suis déçue.
– MK : Un repris de justice pris de justesse au Conseil constitutionnel : telle est la loi des justes !
– ST : Bref le jour de la Saint Valentin les restaus augmentent le prix de leurs menus alors que Pornhub est en accès gratuit… Du coup je vois pas trop l’intérêt de se mettre en couple.
– GD : On attend désormais avec impatience le « on ne peut plus rien dire ni harceler en meute tranquillement ».
– PU : Quand je pense à tous les gens qui twittent des saloperies gratuitement pendant que Wauquiez est rémunéré pour ça, j’veux dire ça doit bien jalouser.
– MK : Alain Juppé au Conseil constitutionnel : 16 211 euros bruts par mois et le parking gratuit, c’est toujours ça de gagné !
– OK : Alain Juppé est malin, il croit tellement à la réforme des retraites qu’il se l’applique à lui-même.
– FI : À Marseille, il y a des classes où il fait 12 degrés, d’autres où il pleut et d’autres où le toit s’effondre, mais les gamins auront des drapeaux en classe. L’essentiel est sauf.
– NP : Les gilets jaunes voulaient plus de justice sociale, ils vont avoir moins de services publics. Les profs voulaient plus de moyens, ils vont avoir des drapeaux. Macron tu lui demandes une raclette, il te ramène un after-eight.
– SA : — Et tu vas faire quoi à la Saint Valentin ? — Je vais au restaurant avec une amie et ses 4 gosses pour faire réfléchir tous les amoureux.
– MG : « T’as de beaux yeux, en plus tu en as deux. » La Saint Valentin chez les gilets jaunes.
– HdB : Ce midi je suis rentré manger à la maison. Parent 2 m’attendait, une blanquette était prête. Enfant 1 et enfant 2 étaient déjà à table. Chien 1 est venu me saluer, enfant 2 a alors crié « PARENT 2 !!!! PARENT 1 EST RENTRÉ !!! » C’était beau, j’ai chialé ..
– TA : Exclusif. Pour faire face au manque de professeurs, Jean-Michel Blanquer annonce que les drapeaux pourront désormais faire cours en cas d’absence d’un enseignant.
– GD : Où l’on découvre le concept de « saillies ricaneuses » pour justifier à peu près n’importe quelle saleté.
– PD : – Glad to meat you — Metoo
– AB : Quel intérêt cette Taxe Carbone puisque on n’utilise plus de papier carbone ? Pourquoi pas une taxe sur les fax et le Minitel ?
– SF : On ne va pas se mentir, le Conseil Constitutionnel c’est un EHPAD.
– FB : — C’est qui Gérard ? — C’est le frère 3 de parents 2, il est marié à tante 4, les parents 1 et 2 de cousin 8
– GD : Les montées au créneau pour défendre les harceleurs de la Ligue du LOL : — « Ce sont juste des idiots potaches » — « Pourquoi les victimes n’ont rien dit ? » — « Nous sommes tous comme eux, au fond » — « Surtout pas de chasse aux sorcières ! »
– ADN : Le philosophe de mon bistrot : Les vegans t’en penses quoi ? — Ils me font chier les vegans, je préfère mourir étouffé par du jambon Corse que par une endive, c’est quand même plus classe non ?
– EEF : Kevin, on ne dit plus «nique ta mère» mais «nique ton parent 2» !
– OVH : Va voir parent 2, parent 1 travaille.
– OBB : Jean-Marie Bigard a raconté une blague dans laquelle un gynécologue viole sa patiente pour lui montrer ce qu’est une déchirure. L’avantage avec lui c’est que de notre côté, on n’a pas besoin d’aller voir un proctologue pour voir ce qu’est un trou du cul.
– JT : Pour mon statut j’hésite à choisir entre parent 1 et parent 2. Lequel est-ce déjà qui doit se lever la nuit quand les gosses ont vomi?
Le livre de Denis Robert et Catherine Le Gall s’appelle Les prédateurs, sous titré des milliardaires contre les états. L’idée de ce livre est venue d’une interrogation le jour de l’élection de Sarkozy : que faisaient Albert Frère (belge) et Paul Desmarais (canadien), les deux seuls milliardaires étrangers, au Fouquet’s avec nos prédateurs bien de chez nous (enfin, qui habitent souvent ailleurs) ?
Denis Robert est un journaliste bien connu pour son infatigable lutte contre les chambres de compensation de Clearstream (ou machine à blanchir l’argent sales des états) et d’autres affaires. Et Catherine Le Gall est journaliste spécialisée dans les dérives de la finance.
Ensemble, ils ont tiré un fil pour aboutir à une énorme machination montée par ces deux affairistes, partis de rien, dont le but a toujours été de dépouiller les états de leurs plus beaux fleurons. Ils visaient, entre autre, le rachat de Gaz de France, aujourd’hui Engie, par le biais des actions qu’ils possédaient dans le groupe Suez, groupe belge agonisant et criblé de dettes. Avec la complicité de politiques sur lesquels ils ont misés (Sarkozy avant son élection a passé du temps chez Desmarais. Il lui lui a donné la Légion d’honneur ainsi qu’à sa femme et à Frère…)
Ce qui a aussi titillé nos deux enquêteurs c’est : pourquoi la Caisse des Dépôts et Consignations a racheté la chaîne de hamburgers belge Quick, pour une somme astronomique, alors que cette banque a une vocation sociale, qu’elle détient l’argent des petits épargnants, des mises sous tutelles …? Qu’est-ce qu’une banque comme ça va faire d’une chaîne de resto qui ne vaut pas grand chose ? C’est en enquêtant à ce sujet qu’ils apprennent que les deux larrons ont mis au point une méthode pour obliger les états à fabriquer du cash qu’ils pourront empocher, mais que c’est nous à la fin, le peuple, qui par notre travail ou nos privations, serons obligés de rembourses ensuite. Denis Robert ajoute et montre — que c’est à cause d’eux que les pauvres aujourd’hui ont froid car les milliardaires , depuis leur acquisition de GDF en 2007, ont multiplié par deux le prix de l’électricité.
Cette même méthode va permettre à Frère et Desmarais de s’enrichir au Brésil grâce à Petrobras. Et, en Afrique, avec une mine qui ne vaut rien achetée une fortune inimaginable par Areva : deux milliards de plus value ! Un record planétaire ! Selon un imbroglio tellement bien fichu que c’est un véritable piège dont les acquéreurs (ou leurs successeurs) ne peuvent plus sortir.
L’affaire Petrobras, devenue le scandale de la corruption, a entraîné la chute de Dilma Rousseff, rien que ça, plus l’emprisonnement de Lula. En Belgique, l’affaire Quick est toujours en instruction (les deux milliardaires sont morts depuis, leurs héritiers se dépatouilleront). En Suisse, il y a eu des emprisonnements et de lourdes amendes.
En France, rien. Les affaires ont été noyées dans la masse, étouffées, plus ou moins censurées. Ça vous étonne ?
Denis Robert écrit qu’après tout, les milliardaires finalement font leur boulot de prédation. Mais là où ça ne va pas, c’est dans les dysfonctionnements (consentis) des pouvoirs publics, les états, les politiques, Bercy, la justice… complices de cette gabegie d’argent public qui ruine nos sociétés, nos services publics, nos pouvoirs d’achat.
Pour Robert et Le Gall, ce furent trois ans de boulot acharné semé de difficultés énormes, de mers d’opacité, de refus de renseigner et, surtout, de montages délirants, de sous-sociétés écrans tellement emmêlées et complexes que c’en était pratiquement incompréhensible. Mais ils ont fini par décrypter la méthode.
Entre parenthèses, Frère, qui racheta les ciments Lafarge, oui ceux-là, qui financèrent entre autres DAESH, a été obligé d’ouvrir un fond d’indemnisation pour crime contre l’humanité. A part ça, avec tous leurs investissements juteux dans les plus grandes multinationales, ils sont pour longtemps à l’abri du besoin.
Bourré de détails, un peu complexe pour quelqu’un comme moi qui n’y connais rien au monde de la banque, le livre est assez costaud. Je vous conseille de regarder quelques interviews avant.
Denis Robert en parle sur Youtube, notamment lors d’une super interview d’octobre 2018 de Le Media qui aurait pu justifier le soulèvement des Gilets Jaunes. Mais c’était juste avant. C’est passionnant et c’est ici.
Les prédateurs, des milliardaires contre les états. par Catherine Le Gall et Denis Robert, 2018 aux éditions du Cherche-Midi. 300 pages, 21 €