Le Consentement de Vanessa Springora

Il faut du culot, du toupet, du courage, appelez ça comme vous voulez, pour raconter une telle histoire, son histoire, connue un peu de tous à une époque, mais inconnue dans le détail disséqué. Elle c’est Vanessa Springora, ancienne petite proie de GM (elle ne cite pas son nom). Il faut aussi affronter ceux qui questionnent, un chouïa accusateurs : mais pourquoi quarante ans après ? Quelle question !
Et alors ? Les écrivain.e.s s’interdisent-ils de raconter leur enfance, ou des épisodes passés d’une vie lointaine ? Pourquoi le prédateur aurait eu le droit de graver la vie de cette jeune fille dans plusieurs livres, avec son prénom et son initiale, avec les détails de sa vie, avec les lettres qu’elle lui a écrites… et qu’elle-même serait illégitime à l’évoquer au moment où elle s’y sent prête ?
Car la sortie de ce livre en soi n’est pas le sujet, quelles qu’en soient les qualités littéraires. Le sujet c’est : voici comment un prédateur sexuel connu de toute l’intelligentzia m’a volé mon innocence, m’a fait subir des pratiques interdites par la loi, comment il m’a amenée à vivre à l’hôtel avec lui, comment il a établi sa réputation, sa gloire, grâce à ses pratiques pédophiles sans que personne ne s’en émeuve. Et comment je suis restée aveugle au mécanisme de son emprise exercée sur moi. Et pourquoi ma mère a toléré tout ça ? Et mon père, même démissionnaire, qui, fou de colère lorsqu’il l’a appris, a dit qu’il allait porter plainte mais ne l’a pas fait ? Et comment un médecin, lorsque j’ai été hospitalisée pour une somatisation grave de mon mal être, lorsque je me suis confiée à lui, m’a t-il proposé de rompre mon hymen au bistouri car le sexe de l’homme ne rentrait pas, ce qui nous conduisait à une pratique dérivée ? Et oui, il a rompu l’hymen en me souhaitant une sexualité épanouie.
La question est comment se remettre de tout ça après que j’ai compris que je m’étais fait berner, alors que le prédateur continuait à me harceler pendant des années, comment il cherchait à me joindre, puis comment il ne cessait de m’envoyer des lettres ?
La question est encore : comment, quand le mal commence à s’atténuer, faire face à un nouveau déferlement de violence parce qu’un autre livre sur moi paraît, que tout ce petit monde de l’entre-soi (d’Apostrophe, entre autres mais pas que) s’en réjouit, trouve ça formidable. Comment cicatriser quand on apprend plus tard que l’éditeur n’aurait jamais dû accepter que mes lettres paraissent sans mon autorisation ? Et comment digérer le fait que « l’œuvre » du prédateur  (ma vie volée, quoi) soit à jamais sanctuarisée à l’IMEC, autrement dit le célèbre Institut Mémoire de la littérature contemporaine — à côté de Proust ou de Marguerite Duras — auquel il a fait don de tous ses manuscrits, écrits, correspondance ?
Et encore, quand elle apprend que des photos d’elle de l’époque sont sur le site du harceleur mais qu’on ne peut rien faire car ce site est géré en Asie, par un « inconnu » hors de toute législation française ?
Le livre, oui, Vanessa devait l’écrire, pour elle et contre lui, elle devait crever l’abcès, ses enfants arrivaient à l’âge qu’elle avait lorsque sa vie a basculé. Oui, elle devait expliquer pourquoi/comment une très jeune fille, sans père auprès d’elle, tombe facilement très amoureuse d’un homme mûr célèbre qui sait y mettre les formes, comment il sait l’isoler de son entourage, la couper de sa scolarité, comment il sait l’éblouir par sa culture, se l’attacher par ses flatteries permanentes et surtout, comment il est facile de la tromper.
L’innocence perdue de Vanessa Springora, comme de toutes les autres, les petits Philippins même pas pubères, des culs frais comme il l’écrit, qu’il allait sodomiser régulièrement méritait ce livre, ne serait-ce que pour que les enfants et les femmes agressés puissent parler sans honte.
Une anecdote : un jour, dévastée, elle se rend chez le vieux Cioran qu’elle connaît bien, pour lui demander de l’aide. Mais il la rabroue « gentiment », lui expliquant qu’elle doit être à la disposition de ce grand artiste et que c’est un honneur qu’il l’ait choisie.
Le ton de la narratrice n’est pas celui de la  colère ou de la violence, et aucun détail sordide sur leurs « ébats » n’est évoqué. C’est factuel, simple, sobre. Elle y narre les galères qu’elle a subies ensuite tant elle était en vrac, les dépressions, les crises psychotiques et le temps qu’il lui a fallu pour se reconstruire, même si les énormes failles sont tangibles et que le démon revient souvent la narguer. A lire pour bien comprendre la gravité de la prédation sexuelle sur les mineures (et les autres victimes).

Le Consentement par Vanessa Springora, 2020 aux éditions Grasset. 212 pages, 18 €

Texte © dominique cozette

 

 

Les Fessebouqueries #477

Des hommes, encore des hommes, rien que des hommes pour nous raconter ce début d’année, en mode « je me fais la paire et je vous emmerde » à la Ghosn, en mode « je t’enc… et je fais mon beurre avec » à la Matzneff, en mode « je suis richissime et je vire ceux qui bossent pour moi si je veux », à la Mulliez, en mode « j’ai la Légion et je vous niquerai tôt ou tard » à la Cirelli de Blackrock, en mode « si tu m’emmerdes je te tue » à la Trump, en mode « arrêtez de me souhaiter une bonne Santé merde » à la Balkany, ou encore en mode « mes vœux les plus sincères la main sur le portefeuille » à la Macron. Mais nous, les meufs, on vous la souhaite plus tendre, plus douce et plus partageuse, cette année qui s’annonce encore toute fripée mais pleine de vitalité. Et bon courage, les jours rallongent !
– CC : Je viens de comprendre que la différence entre une tisane et l’eau chaude c’est à peu près quatre euros.
– RP : Carlos Ghosn aura eu moins de mal à quitter le Japon en étant assigné à résidence que nous tous à quitter Paris au mois de décembre.
– DC : Ghosn is gone. Les Japonais s’arrachent les cheveux !
– MK : Du Liban, Carlos remercie Macron et les services secrets français : « Big bisous ! »
– CV : Selon ses dires, Carlos Gosn n’a pas fuit la justice, il s’est libéré de l’injustice. En s’enfuyant dans son jet privé.
Putain mais quel panache.
– PM : Renault Captur, c’est vraiment de la merde alors que Citroën Evasion…
– NP : Est-ce qu’on est VRAIMENT sûrs que c’est Carlos Ghosn et pas un maçon portugais en vacances ? Parce qu’on nous a déjà fait le coup avec Dupont De Ligonnès…
– NR : Et pour bien témoigner de notre volonté d’apaisement, nous allons promouvoir Jean-François Cirelli, président de BlackRock France, au rang d’officier de l’Ordre national de la Légion d’honneur…OK
– IS : Plutôt ne pas prendre le train que de prendre un train « En Marche »
– CC : Va donc passer les quatre prochains jours devant le feu, en pyjama du grand père, la tête dans un bouquin et les chaussettes dans l’âtre. S’il se passe un truc de dingue, surtout ne me prévenez pas.
– OM : Le plus étonnant ce n’est pas que Carlos Ghosn ait réussi son évasion, c’est qu’elle n’ait pas été fiscale.
– PA : Bonne résolution : Ce matin j’ai voulu aller faire du sport. En préparant mes affaires, j’ai trébuché sur la sangle de mon sac, atterri sur mon divan, et allumé la télé sans le faire exprès.
– GD : Il faut distinguer le Carlos Ghosn du prisonnier en cavale.
– DA : Actuellement dans le TGV pour Paris. Les voyageurs ont applaudi quand le train a démarré. Une femme en larmes a entamé un chant de remerciement à la SNCF repris en chœur par tout le wagon & la foule en liesse a douché le contrôleur au champagne dans la voiture-bar. Du jamais vu.
– CC : La famille Mulliez n’ayant pas su anticiper l’évolution de la grande distribution devrait encore licencier plus de 1000 personnes en 2020. Et y a encore des gens pour dire que si tout va mal c’est la faute des syndicalistes et non des 40 personnes qui dirigent la France…
– IA : La famille Mulliez (Auchan +++) = 38 milliards € de fortune personnelle. 500 millions € reçus au titre du CICE Et un plan de départ d’un millier de salariés. Vous voyez l’escroquerie capitaliste ou bien on reprend tout depuis le début ?
– GB : Ghosn assigné en résidence surveillée dans l’un des pays les plus sécure au monde s’enfuit en jet privé à Beyrouth via la Turquie. Toi, au moment où tu te gares en double file en bas de chez toi, la voiture robotisée t’a déjà verbalisé en épluchant ta généalogie jusqu’au XIe siècle
– NP : Une idée d’émission de télé : emmener Emmanuel Macron pendant 15 jours partager la vie de français au RSA, d’une mère célibataire, d’une famille qui gagne 3000 euros par mois, d’agriculteurs… On appellerait ça « Rendez-vous en terre inconnue ».
– CC : A partir de quand c’est devenu tellement pourri en France que, pour le changement d’année, on aligne 100 000 policiers et militaires dans nos rues ?
– IR : Le gars, il est assigné a résidence au Japon et tu le retrouves en train de faire la zumba à Beyrouth. Toi tu tentes de passer une cartouche de plus au duty free, t’es directement fiché Interpol et y’a la douane qui déboule chez toi en 10min avec un hélicoptère de combat…
– LB : Les 500 personnes les plus riches du monde sont devenues plus riches de 25% en 2019. Leur fortune a augmenté de 1.070 milliards d’euros. Bernard Arnault enregistre la plus forte progression: il s’est enrichi de 32,5 milliards d’euros en un an.
– KM : Je ne vois pas l’intérêt de surveiller son poids. … Le mien n’a visiblement aucune intention de s’en aller.
– OB : Si vous avez raté le 30 décembre 2019, Beigbeder fait la promo d’un livre à base de smileys indigents et défend un pédocriminel notoire en dénigrant France Inter qui l’avait viré parce que c’était un gros branleur.
– XX* : —  *TocTocToc* —  C’est qui ? —  C’est les éboueurs pour le calendrier. —  Mettez-le directement dans la poubelle jaune s’il vous plaît ! —  Merci. —  De rien !
– PR : Donc, il est encore possible de se réfugier au Liban pour échapper à l’injustice et l’arbitraire. C’est plutôt une bonne nouvelle !
– DC : Et vous, comment avez-vous trouvé le discours du président Macreux ?
– PR : Je serais président de la République, je mépriserais les gens d’avoir voté pour moi.
– OK : Put***, c’est une année bissextile !! On va bosser une journée de plus. Désolé de casser l’ambiance.
– FP : À tous : je vous souhaite de bien garder la santé. A la santé : je vous souhaite de bien garder Balkany. Bonne année.
– TC : Rentrer du réveillon avec sa femme en tenue sexy, bien maquillée et apprêtée avant qu’à minuit elle ne se jette sur son pyjama en pilou, ses mules et son plaid moche. Je crois que je sais comment a été inventé l’histoire de Cendrillon.
– NP : Chaque fois que je veux souhaiter une bonne année 2020 à quelqu’un, je me rappelle que dans dix mois Trump va peut-être être réélu Président des États-Unis… Du coup je vais attendre novembre pour mes vœux.
– CV : Il faut se méfier des vœux de bonne année, parfois ils se réalisent. « Bonne Année ! Et surtout, la Santé ! ». Je me demande si les amis de Balkany vont lui adresser ce genre de vœux, cette année.
– YP : La SNCF a décidé de changer de nom : elle s’appellera désormais l’UTSQ, « Un Train Sur Quatre ».
– CC : Bientôt sur nos écrans, BlackRock contre BlackBloc
– OK : D’après Le Monde, Carlos Ghosn a signé une exclusivité avec Netflix. Et nous ne sommes que le 3 janvier. Cette année s’annonce palpitante.
– COP : Normalement on remet la Légion d’Honneur pour services rendus à la France. Pour la 1ère fois cette médaille est remise au président de BlackRock pour service à venir. Du jamais vu, mais bon, plus rien ne nous étonne depuis deux ans
– OM : Juste, si il y a la 3ème guerre mondiale, il y aura quand même la galette des rois de Levallois ?
– PA : Soigner ma dyslexie m’a permis de comprendre certaines choses. C’était bizarre aussi, cette histoire de Jésus avec ses dix slips…
– MA : Mal à l’aise, FOG défend Matzneff en expliquant qu’il faudrait interdire les philosophes grecs parce que la pédophilie était répandue en Grèce Antique. Rappelons qu’il faisait partie du jury qui lui a attribué le prix Renaudot. La nausée…
– SM : On ne dit plus « retraite » mais « blackrock ». Va falloir vous faire à ce nouvel anglicisme.
– SW : Nous sommes le 1er janvier 2020 et François Fillon n’a toujours pas rendu l’argent.
– NP : J’ai une mauvaise nouvelle pour les journalistes qui seront choisis par Ghosn pour sa conférence de com : ça signifie qu’il vous voit comme des larbins incapables d’être offensifs et/ou poser une question dérangeante. Mais je dis ça…
– OK : C’est vachement près de l’Iran le Liban. Tu vas voir que Carlos Ghosn va demander à retourner au Japon.
– ES : Nous ne sommes qu’au 3ème jour de cette nouvelle année et Trump commence déjà à mettre de lui sur le feu.
– PR : On y pensait, on l’attendait, Donald va faire péter la planète avant la fin de l’année. Faut investir dans le nucléaire. Ça va monter.
– OK : C’est bien beau tout ça, mais on n’entend plus parler de Delevoye.

* J’ai signé XX car j’ai égaré les noms. Si vous vous reconnaissez, je corrigerai. Mille excuses.

FESSEBOUQUERIES RAPPEL : Je collecte au long de la semaine les posts FB et les twitts d’actu qui m’ont fait rire. Les deux lettres sont les initiales des auteurs, ou les 2 premières lettres de leur pseudo. Illustration d’après photo web © dominique cozette. On peut liker, on peut partager, on peut s’abonner, on peut commenter, on peut faire un tour sur mon site ici. Merci d’avance.

Cassandra Darke

 

Posy Simmonds a déjà réalisé deux histoires avec cette vieille bonne femme égoïste, très riche, escroque, sûre de ses idées, mais je ne les connais pas. Je découvre celle-ci appelée sobrement Cassandra Darke, du nom de la vieille portant chapka pour s’isoler de ses compatriotes qu’elle abhore, toute misanthrope qu’elle est. Elle a eu une belle galerie d’art  avec son mari qui, un jour, s’est barré avec sa soeur, une belle fille. Depuis, elle négocie de l’art pour de riches collectionneurs, parfois de façon malhonnête, de quoi entretenir sa grande maison dans un quartier chic de Londres, sa cuisinière et son chauffeur. Mais un jour, la fille de sa soeur (et de son ex-mari qui agonise) lui demande asile. Peu empathique, la vieille refuse d’abord. Puis trouve une solution : OK, elle vivra dans le sous-sol aménagé mais exécutera les basses besognes comme promener le chien, aller chercher telle chose etc… La jeune fille est une artiste émergente, elle réalise des performances féministes sur le monde de l’art. Tout semble se dérouler parfaitement jusqu’au jour où elle se heurte à un dangereux prédateur et que, pour s’en débarrasser, elle donne le 06 de sa tante. S’ensuit une série de quiproquos dans des mises en scène choupinettes, des disputes, des empoignades et même une éventration de la vieille dame à l’arme blanche.

Cette BD est moins simplettes que je ne l’avais cru, ça pourrait être un chouette polar, les dessins sont super, les dialogues itou et on entre aussi dans le monde de l’art contemporain. Le plus important pour l’autrice, c’est d’illustrer (ce qu’elle fait brillamment) la fracture sociale de notre époque, aussi criante que sous Dickens qui la décrivait si bien. Cassandra finira-t-elle par voir l’énorme fossé qui sépare sa vie de nantie avec celle de pauvres hères qui croupissent dans leur vie de merde ? Ha ha…

Cassandra Darke par Posy Simmonds. 2019 aux éditions Denoël Graphic. 96 pages. 21,90 € pour l’édition limitée de noël avec tiré à part d’une image.

Pulsions … de rire ?

Kyan Khojandi nous avait pliés avec ses Bref sur Canal. Puis il a fait un spectacle. Puis il vient de faire ce livre mi-BD, mi-texte, « spectacle graphique illustré » pour tenter de s’expliquer, de nous expliquer, comment apprivoiser ses pulsions diverses, de vie, de mort, de violence, sexuelles… On y retrouve son addiction à la masturbation, ses angoisses, ses fantasme.
Bref, il nous amuse autant.
Bref, amusez-vous avec ça.
Oui, je sais, c’est court. C’est bref.

Pulsions de Kyan Khojandi et Bruno Muschio, illustré par Boulet, 2019 aux éditions Albib Michel. 208 pages, 15,90 €.

Texte bref © dominique cozette

Le hasard fait bien les choses

A l’occasion de ces chroniques d’Elena Ferrante, je découvre Andrea Uccini qui illustre tellement joliment chaque chronique de l’écrivaine. Ce n’est pas un débutant puisqu’il sévit régulièrement au New-York Times, au Guardian, au Washington Post et au Wall Street Journal. Allez voir son site et regardez les images de près : elles relèvent d’une délicieuse poésie aux nuances subtiles.
Sinon, oui, les chroniques du livres, 51 en tout, ont été commandées à Elena Ferrante par the Guardian. Elle a fait l’exercice durant une année et c’est intéressant de comparer la sobriété réfléchie de ce livre au foisonnement de l’Amie Prodigieuse. On sent qu’elle a poli sa pensée pour aller le plus loin possible dans le sujet traité, la jalousie, la mort, l’écriture, le cinéma… et  nous donner à réfléchir.
C’est un très beau petit livre avec rabats à trous qui laissent passer les couleurs.

Chroniques du hasard par Elena Ferrante, titre original : L’invenzione occasionale. Traduit par Elsa Damien. 2019 aux éditions Gallimard. 174 pages. 16,50 €

Texte © dominique cozette

 

Une langue coupée, des rhabdomyoblastes et un perroquet salace.

Tout ça et bien d’autres choses sont dans le roman de Jorge Comensal, les Mutations. Mais késaco ? Hé bien il se trouve que le héros de l’histoire, Ramon, avocat d’affaires talentueux, se voit atteint d’un rare cancer de la langue qui oblige à l’ablation de celle-ci, appelée glossectomie. Il y a des tas de termes scientifique puisqu’on est face à des mutations, des fusions de PAX7 et de FOX1, des translocations dans les KRAS, NRAS, le FGFR4, et donc  rhabdomyoblastes. Si je vous vous dis tout ça, c’est parce que l’oncologue du patient s’imagine qu’il va pouvoir, avec un généticien pointu, faire une recherche inédite puis pondre un super article dans The Lancet qui le projettera dans la postérité.
Donc notre pauvre Ramon, que sa courageuse femme soutient et accompagne partout, mais décide finalement de tout puisqu’il n’a plus droit à la parole, se voit d’un coup privé de vie, isolé socialement, sans métier, sans motivation. D’ailleurs, il ne peut plus boire d’alcool et pour manger, sans langue pour diriger les aliments entre ses mâchoires, c’est très compliqué. Ses deux ados d’enfants accusent le coup, la fille se bourre de gâteaux et grossit, le fils disparaît de la vie familiale pour s’adonner à une masturbation effrénée. Heureusement, la bonne, dont il a aidé la mère malade à se soigner, lui fait un cadeau inattendu en la personne d’un perroquet qui ne connaît que des mots grossiers  mais semble comprendre ses pensées. Sa première pensée est de mettre sa famille à l’abri du besoin car son frère, un escroc auquel il a emprunté une forte somme pour se soigner (le Mexique n’est pas la France) a demandé l’hypothèque de sa maison. Un combat difficile à mener car sa femme, qui ne voit pas le mauvais côté de son beau-frère, s’y oppose fermement.
Pour alléger ses souffrances, Ramon se fait suivre (via des mots écrits sur un carnet) par une psy rescapée de deux cancers du sein, qui cultive du cannabis thérapeutique dont elle fait des biscuits pour ses patients. Que mangera la jeune fille gourmande…
Ce livre est amusant, caustique, très original, le premier du jeune auteur, par ailleurs très bel homme. Nous attendons la suite.

les Mutations de Jorge Comensal, paru en 2016. 2019 aux éditions Les Escales avec une traduction d’Isabelle Cugnon. 208 pages, 19,90 €.

Texte © dominique cozette

Les Fessebouqueries #476

Alors oui, cette semaine dégouline, cette semaine ruisselle, cette semaine suinte, cette semaine sue, cette semaine exsude, cette semaine dégoutte. Et nous sommes grave dégoûtés. Comment ? Quoi ? Elisabeth Borne a pris l’avion et des vacances ? Comment ? Quoi ? Encore des grèves tout partout ! Comment ? Quoi ? Encore ces histoires de retraite ! Comment ? Quoi ? Heu… Mais oui, bien sûr, Pivot qui confond moralité et légalité, littérature et égrillarditude ! Comment ? Quoi ? Ben oui, le grand pédo de la fin d’année est démasqué, enfin non, il ne portait même pas de masque, il allait et venait en toute couillétude, couvé des yeux par ses pairs (j’allais écrire ses paires !), nan mais vraiment, quand c’est de l’art, c’est souvent du cochon, madame Ronchon. Sur ce, bonnes fêtes, bon vœux, bons vieux aussi, ne les oublions pas, et à deux mille vins, chères pompettes et goguettes, chers ivrognes et poivrots…
– RR : Mon Koh-Lanta du jour : Partir du 20ème et arriver en moins de 4 heures et 30 kilomètres au Bon Marché. On a les luttes qu’on peut
– OVH : Pour le dîner de Noël, mon mari avait acheté des oeufs de lump. Il vient de monter se coucher. Il est 21h53.
– OM : Concernant Matzneff, il me semble, qu’en son temps, il aurait surtout fallu séparer l’homme de sa bite.
– SD : JE DÉCLARE SOLENNELLEMENT QUE JE RENONCE À LA RETRAITE QUE JE N’AURAIS PAS TOUCHÉE DE TOUTE FAÇON.
– HS : Environnement. Le réchauffement climatique serait la cause principale de la disparition du second degré sur les réseaux sociaux.
– JC : On ne « convoque » pas une femme aussi admirable que Ségolène, on l’invite à un moment de convoquitude.
– GD : Mais dites moi, les autocars jupitériens n’étaient ils pas censés faire s’ébrouer ce pays dans des champs fleuris de bonheur capitaliste et d’allégresse circulatoire, sonnant le glas de ce vil cheval de fer incapable de répondre à tant de modernité échevelée ?
– OM : Et puis vous critiquez Elizabeth Borne parce qu’elle a pris l’avion mais dites vous bien que si il n’y avait pas eu cette grève, elle se serait rendue à Marrakech en RER…
– NP : Quand mon beau-père met tout le monde dehors de chez lui à 22h30 le soir de Noël parce que « c’est bien gentil tout ça mais je me suis levé tôt moi ce matin. »
– RP : A la rédaction de France Culture, si tu manifestes trop de joie pendant les fêtes, on te signale à la DRH puis on t’inscrit au fichier des personnes radicalisées.
– PA : Qu’est-ce qui arrive quand tu lances une gousse d’ail contre un mur ? Le retour du jet d’ail.
– LC : Je dis pas que je suis célibataire depuis trop longtemps, je dis juste que ce qui se rapproche le plus d’une expérience SM dans ma vie actuelle c’est de démêler les guirlandes lumineuses.
– CC : Pour celles et ceux qui ont passé cette soirée en repas familial, vous étiez dans quelle team ? Celle du « t’as besoin d’aide, tu veux que je fasse quelque chose ? » assis à table ou celle du « non tout va bien commencez sans moi ça va refroidir » debout dans la cuisine ?
– RR : « OUAIS BEN MOI J’PEUX FAIRE PAREIL C’EST NUL !! » Ginette… tout ce qu’on te demande c’est de ne pas hurler dans un musée, d’aller chez Casto acheter de la peinture pour repeindre ton garage et me laisser peinarde admirer Soulages…
– VA : Faute de train, les enfants sont partis en Colissimo, numéro de suivi: 6Q01929938642 Merci à la Poste qui fait le job, contrairement à la SNCF
– CC : —  Qu’est-ce qui vous a le plus blessé dans la vie ?  — Le couteau à huîtres.
– DA : Mes parents m’interdisent de vapoter chez eux parce que « ça laisse des particules en suspension qu’on a pas envie de respirer ici ». Sinon mon père a tué les chiottes au Air Wick, ma mère s’est aspergée 15mn de laque L’Oréal Elnett & une bougie parfumée trône au salon. Champions.
– TC : Je viens de déballer une poupée pour ma fille. Je pense que si on laissait les ingénieurs qui créent les attaches dans les boites de jouets faire les ceintures de sécurité des voitures y aurait plus aucun mort dans les collisions.
– CC : Un truc qu’il faut reconnaître à Macron, c’est qu’à la moitié de son mandat, il a appliqué la moitié de son programme : « ni de gauche »
– NP : Vous gueulez tous contre Elizabeth Borne qui est partie fêter Noël à Marrakech, mais ce n’est pas du tout de sa faute mais de celle des grévistes : au départ elle devait aller à Vesoul; mais elle a du changer de plan à la dernière minute quand son train a été annulé.
– CV : Municipales 2020 : afin de ne pas être en reste, après le désormais célèbre « Bezons de toutes nos forces » de la candidate LREM, le candidat R-Haine de Bezons a dévoilé son slogan. « Bezons. Comme des bêtes ». D’après nos renseignements, la société Marc Dorcel aurait installé ses nouveaux bureaux dans cette riante bourgade du Val d’Oise.
– AD :  — Tu fais pas grève ?!?  — Euh…non  — Vendu ! Mercenaire ! On sait où se trouve ta famille, tu vas morfler !  — Vous êtes de Daech ?  — Non CGT, pourquoi ?!?
– HT : Rappelons qu’à l’époque, chez les notaires et les curés, ça enculait allègrement du môme dans la discrétion et l’élégance, en servant la messe et en prenant le thé chez madame la baronne. Le certain milieu a bon dos.
–  MM : J’ai du mal à croire qu’il y a seulement 30 ans on plaçait la littérature avant la dénonciation de viols sur mineurs.
– BD : Bah , désolé d’être direct Mr Pivot , mais cela arrive à tout le monde de dire ou de faire de la merde. Le tout est de l’assumer , même trente ans après… La on parle de pédophilie , pas d’un quelconque vol de bonbons à l’épicerie du coin.
– GA : Nostalgie … Ah, la belle époque où les vieux schnoques pouvaient se taper de la chair fraîche sans risquer la taule…. genre des p’tites suédoises beaucoup plus marrantes que Greta Thunberg, n’est-ce pas, M. Pivot ?
– RT : Une erreur s’est glissée dans votre tweet, monsieur Pivot. On y lit « morale » au lieu de « pédophilie ». Merci de corriger.
– GA : Et pensez vous que c’est un recul littéraire ? Votre phrase le laisse penser. Et dans le même temps vs expulsiez Bukowoski. Je préfère un alcoolo à un pédophile, excusez moi.
– NP : Un argument de plus contre le départ à la retraite à l’âge Pivot : à cet âge là on n’a plus toute sa tête.
– BL : Dans les années 70 et 80, on pouvait donc se vanter de sodomiser des enfants de 13 ans sans que cela choquât Maître Pivot.
– DT : Ségolène Royal mise en cause dans son poste d’ambassadrice de la France en Arctique. Elle va devoir changer son fusil des Pôles…
– CC : Des parents formidables , des amis en or et un boulot de rêve : en plus de cela, je vais perdre deux kilos PENDANT les fêtes grâce à un cadeau inattendu, la gastro. J’espère que vous avez bien les boules.
– OVH :  Pierre Soulages 100 ans. Le noir conserve.
– FC : On rappelle aux gens qui donnent leur avis sur Matzneff, Cohn Bendit, Polanski (j’en passe et des plus vieux) que Brigitte 39 ans a flashé sur Emmanuel 15 ans. Ou c’est pas la peine ?
– RR : Si ça se trouve, à l’époque d’Emile Louis, le respect du code de la route passait avant la morale.
– OM : Pour moi l’affaire Matzneff sera vraiment terminée quand on aura condamné Matzneff, ses éditeurs, Bernard Pivot, les critiques littéraires, les journalistes, les libraires et tous ceux qui sont nés avant décembre 2019.
– CU : Et du côté de Barbarin ? Toujours pas de tweet de soutien à Matzneff ?
– CC : Affaire matzneff : si vous le voyez en train de jouer de l’accordéon, laissez-le tranquille, ce n’est pas Matzneff mais Giscard.

Et pour finir en souriant, ce poste pétillant qui ne sera pas anonymisé :
– Philippe Croizon : Ceux qui disent « le pauvre il n’a pas de bras » n’oubliez pas que je n’ai pas monté de meuble Ikea depuis 1997.


FESSEBOUQUERIES RAPPEL : Je collecte au long de la semaine les posts FB et les twitts d’actu qui m’ont fait rire. Les deux lettres sont les initiales des auteurs, ou les 2 premières lettres de leur pseudo. Illustration d’après photo web © dominique cozette. On peut liker, on peut partager, on peut s’abonner, on peut commenter, on peut faire un tour sur mon site ici. Merci d’avance.

Le ciel par-dessus le toit

Avez-vous déjà eu envie de relire immédiatement le livre que vous venez de fermer ? Moi, oui, ce matin. Le ciel par-dessus le toit, drôle de titre qui ne dit rien du livre sauf si l’on sait qu’il vient d’un poème écrit par Verlaine lorsqu’il était en prison. Nathacha Appanah est une écrivaine mauricienne vivant en France. Je la découvre avec ce merveilleux roman, court, simple mais riche d’une ambiance totalement originale avec ses trois personnages : Phénix, la mère fermée à double tour sur son ressenti, sa fille Paloma qui tente de se rendre transparente au monde et Loup, son fils, ultra-sensible, poète, rêveur, à la dérive.
Dès le départ on apprend que Loup est embarqué en prison pour avoir conduit sans permis, roulé à contresens et provoqué des accidents. Il a dix-ans, n’est pas intégré, a besoin parfois de courir deux heures non stop pour éviter d’exploser. On apprend qu’il voulait juste retrouve sa sœur dans la ville de C. qui lui avait promis dix ans plus tôt de venir le chercher, de le prendre avec elle. Parce qu’elle-même ne pouvait plus supporter sa vie avec cette mère forte, inébranlable, tatouée de partout, qui refusait de lui parler du père inconnu qui n’était pas le même père inconnu que celui de son frère.
Phénix, la mère, portait officiellement un prénom suranné : Eliette. C’était une petite fille superbe, sage, intelligente, avec une voix d’or, une merveille, quoi. Chaque année elle chantait à la fête de l’usine de son père jusqu’au jour où, à l’aube de son adolescence, un sagouin la salisse. Ce qui lui fit péter un câble devant la salle, devenant sauvagement obscène. Elle fut internée. Puis elle brûla la maison. Puis elle se tira. Se brouilla avec ses parents. Se tatoua, vendit des pièces détachées, fit deux enfants sans père à dix ans d’intervalle.
On s’attache alors à Loup qui manque tragiquement de tendresse et de câlins maternels, puis de tout lorsque Paloma les quitte. C’est un être adorable, toujours ailleurs, qui n’écoute pas ce qu’on lui dit car les mots s’amusent de son esprit. Il sent et ressent tout de telle façon qu’il se console de la vie ingrate qu’il mène dans leur maison pourrie. Mais curieusement, en prison, il trouve ses marques, une petite routine qui lui va bien. Le plus joli passage, même s’ils le sont tous, c’est lorsqu’il parle (enfin) au juge : les mots lui viennent comme dans un rêve tout en poésie où il explique la douce violence de son existence. Magnifique.

Le ciel par-dessus le toit de Nathacha Appanar, 2019. Editions Gallimard. 128 pages. 14 €.

Texte © dominique cozette

 

Les Fessebouqueries #475

 

J’aurais aimé finir gentiment l’année avec force délicatesses amusantes mais hélas, on est dans du lourd. Du gros bourrin qui laboure dru dans la grosse motte lourdingue du mensonge. Du fricoteur boursouflé qui pompe tout ce qu’il peut pour assurer ses arrières-trains (de vie) protubérants. Du profitard ventripotent qui siphonne le bien d’autrui avec haro – sur le baudet –gance. Du roboratif-écœurant prédateur qui suce la moelle du système qui lui est sympathique, du traficoteur obscène remercié à contre cœur et remplacé par un sagouin de harceleur professionnel procédurier qui ne nous annonce rien de bon. Ce qui explique quelques grossièretés bien senties que d’habitude je réfrène. On pourrait se consoler avec les malheurs de Patrick!!!!!! à la Santé mais ce serait tirer sur l’ambulance… Donc marche ou grève, épicétou. Bon courage et week-end réunis, amigas/gos !
– ETC : Les aubergines, c’est juste des éponges avec une veste en cuir.
– PI : Faudra quand même vérifier demain matin que Jean-Paul Delevoye ne se pointe pas au travail en ayant oublié qu’il a démissionné. Il a une mémoire défaillante le pauvre homme.
– DC : Delevoye ? Oh, bah Delevoye plus !
– GD : In French, we do not say « je reconnais avoir violé la Constitution », we say « mon erreur est d’une légèreté coupable » and I think qu’on nous prend bien pour des lapins de 6 semaines.
– JT : Mon fils a commandé un train électrique pour noël, j’hésite à lui offrir le 27 décembre pour l’habituer aux retards de la SNCF, ou ne rien mettre sous le sapin pour qu’il intègre la notion d’annulation en raison de la grève.
– NP : Tel que c’est parti, Laurent Pietraszewski ne va pas rester assez longtemps à son poste pour qu’on ait le temps d’apprendre à écrire et prononcer son nom.
– MK : Opportunément souffrant, Balkany sera remplacé par Delevoye au procès des tricheurs et des menteurs
– PR : Jean Paul Delevoye annonce la création d’une agence d’influence et de communication sur le cumul de fonctions et retraites privées publiques dans un environnement politique mais néanmoins constitutionnel. Le respect des valeurs, le poids de l’expérience !
– GD : L’enfer est pavé d’erreurs d’une légèreté coupable.
– MK : Delefoi démissionne de bonne voye (ou quelque chose comme ça)
– ADN : Infos : JP Delevoye acculé après de nombreuses révélations… Je savais que c’était un Acculé, je le savais.
– BR : Le temps qu’on retienne le nom du nouveau Monsieur Retraites, la grève sera terminée.
– GD : La réforme des retraites, ce sont ceux qui vont en pâtir le moins qui en parlent le mieux.
– CC : Journée de l’orgasme : une pensée émue pour tous les pommeaux de douche de ce pays : vous faites un travail formidable.
– NP : Plus que 5 jours avant Noël… C’est le moment où tu passes de « Il me faut un cadeau personnalisé, qui corresponde à sa nature profonde et qui lui plaise vraiment. » à  » Putain faut vraiment que je trouve un cadeau ».
– MK : Balkany(s), la fin d’un monde. Delevoye, le début de la fin du nouveau monde.
– OB : A mon avis, ils ont choisi Laurent Pietraszewski pour être sûr que la moitié des Français se décourage à écrire son nom sur une pancarte.
– MA : Vous vous rendez compte que c’est à un mec qui déclare avoir oublié qu’il avait 13 tafs qu’on a demandé de calculer comment il fallait distribuer les retraites. mdr
– JT : Un mec d’Auchan pour gérer les retraites, c’est peut-être l’occasion de faire voter une loi interdisant les vieux dans les supermarchés le week-end.
– CC : Si on parlait des 10% de ménages français qui détiennent la moitié du patrimoine total de la France. Je vous rassure, ils ne viennent en France que pour soigner leurs cancers et coller leurs gosses à Henri IV…
– AB : « Je crois en sa bonne foi » is the new « Circulez, y a rien à voir », qui était the new « Laisse béton ».
– CCM : Moi à la secrétaire du labo d’analyses médicales : « Je préfèrerais que l’examen soit fait par une femme. Ou un homme, s’il est bien. » La secrétaire : « Vous en connaissez, vous, des hommes bien ? » Moi : « Heu, non… » La secrétaire : « Ben voilà, on est d’accord. »
– OM : BREAKING : Pour cause d’affluence, la réunion de « l’Amicale des membres démissionnaires d’un gouvernement d’Édouard Philippe », prévue le 12 janvier prochain, se déroulera finalement au Stade de France.
– BR : Comme Delevoye ça n’a pas supermarché, ils ont pris le suivant chez Auchan.
– CV : J’ai perdu tout espoir. Si jamais Pietraszewski démissionne, on aura droit au Shérif de Nottingham, au Croquemitaine, à Freddy Krueger ou à madame Beaumont, mon épouvantable institutrice de CE2.
– MK : Ne soyons pas tout le temps à la traîne des Etats-Unis : destituons Macron !
– NP : Oh putain! Ils ont même réussi à se fâcher avec Stéphane Bern… C’est dire à quel point ils sont mauvais…
– PR : Ouais, ouais, pour un petit pain au chocolat, il a appelé la police pour mettre la salariée en taule. Fort. Grosses coucougnettes. Le mec a certainement la carrure pour finir ministre de l’intérieur.
– RR : Entendu à la radio : « 35 minutes de marche le matin, 35 minutes le soir à cause des grèves ! Vivement la fin de ce calvaire ».  Elle marche pieds nus ? Sur les genoux ? À cloche-pied ? C’est quoi le problème ?
– NP : Juste une question : les mecs au gouvernement qui accumulent bourdes sur conneries, ce sont les mêmes qu’on présentait en 2016 comme des génies absolus du marketing et de la communication ou ils ont été remplacés par des sosies ?
– NP : Si ça se trouve Jean Paul Delevoye a juste démissionné pour pouvoir partir en vacances avant les bouchons du week-end.
– ES : Macron regrette la démission de Delevoye : « On avait dit à points, pas complètement cramé ! »
– OM : Parfois je suis angoissé et puis je pense aux enfants de Jean-Paul Delevoye au moment de répondre à la question « Profession du père » et ça va mieux.
– OK : Les Balkany : 36 ans de mandats politiques ! Rhôô les pauvres, ils n’ont même pas tous leurs trimestres pour leur retraite. Je suis effondré.
– NP : De toutes façons Noël c’est juste une fête commerciale inventée par Mariah Carey pour vendre des disques
– DA : « Ce que j’aime dans le Marché de Noël, c’est ce côté féérique » me lança-t-elle en ouvrant son sac à la fouille vigipirate avant de passer devant des militaires armés tout en dégustant un vin chaud cubi-villageoise à 5€ dans un gobelet plastique consigné sous une pluie battante.
– CEMT : J’espère quand même qu’après sa démission, Jean-Paul Delevoye retrouvera des travails.
– ME : Vous vous rendez compte ? En fait c’était pas les Arabes mais Delevoye qui volait le travail des Français !
– CC : On continue à avoir une vingtaine de mâles blancs aisés qui nous expliquent ce qui est bon pour nous. La seule vraie question : en quoi 90% de la population pourrait se sentir concernée par eux ?
– TW : PAPA OURS : quelqu’un s’est couché dans mon lit. MAMAN OURS : quelqu’un s’est couché dans mon lit. BEBE OURS  : quelqu’un .. OH ATTENDEZ VOUS DORMEZ PLUS ENSEMBLE ??
– CCM : On ne dit pas : « Je suis bloqué.e à cause de la grève. » Mais : « Je suis bloqué.e à cause de la réforme. »
– VA : J’ai été condamné à 11 mois avec sursis et 12 500€ pour avoir sauvé 2 dindes d’un élevage intensif et tenté de libérer cochons, poules et dindes d’un sort tragique, pour combattre l’activité responsable de la destruction de notre planète. La justice n’en a plus que le nom.
– LO : Au lieu de punir la souffrance animale, le gouvernement français préfère punir ceux qui révèlent ces actes barbares. Voilà le joli monde de merde que Macron construit.
– NA : Rappelons que tous les trous du cul qui tweetent avec le hashtag grevedelahonte bénéficient tous des congés payés, de la cinquième semaine de vacances et d’autres avantages qui ont été obtenus à force de grèves. Qu’ils aillent se faire bien frire le cul !
– GK : 1999 : « Y aura-t-il de la neige à Noël ? — Non, le climat change. » 2019 : « Y aura-t-il des trains à Noël ? — Non, il y a des grèves. » 2039 : « Y aura-t-il grand-mère à Noël ? — Non, elle travaille. »
– TC : Arrêtez de vous plaindre de l’âge Pivot. Ils auraient pu prendre l’âge Drucker comme référence et là on était mal.
– RR : Histoire de mettre un peu plus d’ambiance à la gare de Lyon, j’ai envie d’aller acheter un billet aujourd’hui pour Hyères demain.
– PI : Je trouve que priver de train les enfants à Noël est une juste sanction pour l’enfer qu’ils font vivre aux passagers le reste de l’année.
– GD : Fin 2019. Éberluées, des chaînes de télévision découvrent que l’on peut parfois « marcher » d’un point A à un point B pour se déplacer (voire se servir d’une bicyclette).
– JB : Une pensée pour Jean-Paul Delevoye qui doit se farcir 34 repas d’entreprise de fin d’année.

FESSEBOUQUERIES RAPPEL : Je collecte au long de la semaine les posts FB et les twitts d’actu qui m’ont fait rire. Les deux lettres sont les initiales des auteurs, ou les 2 premières lettres de leur pseudo. Illustration d’après photo web © dominique cozette. On peut liker, on peut partager, on peut s’abonner, on peut commenter, on peut faire un tour sur mon site ici. Merci d’avance.

Dans les profondeurs la pénétration

...

« Si la sexualité était une question de plaisir, les femmes seraient moins pénétrées et les hommes le seraient davantage ». Ne croyez pas, chères mauvaises langues (hé hé) que ces propos sont tenus par une camionneuse moche et mal baisée, voire moustachue à tendance goudou excusez-moi mes amies homos, c’est juste pour caricaturer quelques possibles a priori). Pas du tout, vous n’y êtes pas. Ces propos sont ceux d’un homme, un vrai (je suppose), vivant en couple avec une femme et leur enfant, écrivain, végétarien et bon esprit. Martin Page. Alors, quoi ? Explique-nous ! C’est quand même fait pour ça, ces choses, y a un pénis d’un côté, un vagin de l’autre, et tout ça qui s’emboîte on ne peut plus parfaitement lorsque le mode d’emploi est bien suivi et que tout s’oint bien. Hé bien, croyez-le ou pas, cette idée qu’une séance de sexe — faire l’amour ou baiser si tu préfères — doit se conclure par papa dans maman — qui est la norme universelle de notre culture — c’est juste une construction politique. Car Martin Page qui a commis cet hyper intéressant opus, a interrogé nombre de femmes et d’hommes et s’est documenté livresquement. Hé bien les femmes sont nombreuses à pouvoir se passer de la pénétration et beaucoup d’hommes sont mal à l’aise avec ce projet que sous-tend l’idée de conquête, de domination : pénétrer une femme, c’est l’avoir. Elle devient une possession, un trophée, une chasse gardée. (Il est question aussi ici de la pénétration anale car beaucoup de femmes l’acceptent, avec joie ou pas, mais c’est tendance). (Il est aussi question de fellation).
(Note : Quand je parle des hommes ou des femmes, ce ne sont pas TOUS les hommes, TOUTES les femmes. Les attitudes sont infinies..). Ce que cherche à déconstruire l’auteur, c’est que sous prétexte que cette action (de pénétrer) soit très codée, on en oublie toutes les autres pratiques sexuelles que peuvent s’offrir les corps sans être obligés de se finir par l’éjaculation dans un orifice.
Martin Page a connu beaucoup de réactions curieuses quand il en parlait à ses amis, parfois une forme de condescendance (le pauvre, il n’a rien compris au sexe), parfois un truc drôle, ex : « j’ai demandé à un ami, hétérosexuel, s’il aimait la pénétration. Il m’a répondu tout de suite : « Ah ah, oui bien sûr ! Bah oui ! ». Alors j’ai précisé ma question : « Et comment aimes-tu être pénétré ? Avec un doigt ? Avec un gode ou un masseur prostatique bien lubrifié ? ». Il s’est crispé. Il n’avait pas imaginé que je parlais de lui pénétré. Jamais. Jamais jamais. » Pour beaucoup d’hommes, il n’en est absolument pas question, ils perdraient leur position de dominants, voire seraient humiliés. Et pourtant, beaucoup aime le massage prostatique durant l’acte. Mais bon. C’est plutôt le rôle de la femme d’être « passive ».
Un livre comme ça ne se résume pas, disons qu’il ouvre l’esprit par une belle somme de réflexions mais aussi de témoignages très divers et pourrait se conclure par le fait que ça serait tout bénéfice pour tout le monde qu’on essaie, ensemble, d’appréhender l’amour physique autrement que par une préparation à l’éjaculation terminale. Martin Page explique enfin que tout est lié : « la question de la pénétration, du clitoris, des hommes hétérosexuels, comme celle du temps de travail qui empiète sur nos vies affectives, des salaires moins élevés des femmes, de leur plus grande précarité, de nos difficultés d’existence matérielle, du congé paternité encore bien maigre et facultatif, des réunions organisées le soir, du capitalisme, du réchauffement climatique et du règne de la compétition et de la comparaison. » Disons que c’est la mâle attitude qui organise tout ça pour préserver ses privilèges bien souvent issus de l’éducation « virile » consistant à gommer tout ce qu’il y a de sensible chez le garçon dans le but de ne pas ressembler (quelle horreur !) à une fille.
C’est mieux dit, mieux écrit, mieux analysé, heureusement.
Par ailleurs, au printemps dernier, Martin a traité cette question dans l’excellentissime podcast « Les Couilles sur la table », pénétrer#39, ici/

Initialement auto-édité, ce livre est repris par une nouvelle édition, à sortir le 10 janvier.

Au delà de la pénétration par Martin Page. 2020 aux éditions Le Nouvel Attila. 160 pages, 10 €. Et une couverture très douce.

Texte © dominique cozette

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