L'incroyable rock-trip ultra-noir de Grégoire Hervier. Génial !

Il est français, il est jeune mais il connaît tout sur les guitares cultes, rarissimes, celles des années 50 notamment, qui les a possédées et utilisées, comment elles sont été fabriquées et le nom de leur concepteur, comment on les a copiées, qui peut les certifier … J’ai vérifié quelques noms, ils sont tous réels. Sauf les héros principaux du roman, bien sûr. Grégoire Hervier, retenez ce nom.
Vintage est son troisième roman, un livre passionnant qui va fouiller dans ce que le rock, le blues, le hillbilly, blue grass et autres dénominations ont de plus marécageux, morbide parfois, méconnu. Thomas, journaliste musical, travaille chez LE marchand de guitares de Pigalle, chez celui qui sait tout sur cet instrument et qui fait commerce de quelques perles rares. Thomas est passionné, il joue lui-même, répare, connaît les sons des unes et des autres, ayant écouté en boucle tous les guitar heroes des cent dernières années. C’est lui qui est chargé de livrer en Ecosse le joyau de la boutique, la Goldtop 54 d’une série limitée de Les Paul. Une Rolls l’attend et le conduit vers … le manoir que Jimmy Page, de Led Zep, avait acquis il y a fort longtemps. Mais l’énorme surprise vient de ce que le milliardaire handicapé, immense collectionneur, un vieux musicien semble-t-il, lui demande : trouver la preuve que la Moderne fabriquée en 1957 par le directeur de Gibson n’est pas restée un projet mais qu’elle a réellement existé. Lui, le milliardaire le sait puisqu’on lui a volé un des rares prototypes existant, estimé à 10 millions de dollars mais que son assurance ne peut lui rembourser sans preuve. Le voleur présumé, un facteur de guitares, a été assassiné, ce qui rend l’affaire difficile. Il va sponsorer Thomas pour mener cette affaire, pour un million.
Ça commence en Australie où un très important collectionneur le met, dans le savoir, sur la voie : Thomas trouve un bout de photo de cette guitare dans les mains d’un musicien inconnu, sur une pochette de disque : Li Grand Zombi Robertson. Mais la photo est tronquée. Thomas va alors entamer un circuit sur les routes du blues et du rock naissants pour trouver le disque, l’artiste. La maison de disque a brûlé, ça commence mal.
Le road trip est étourdissant. La rencontre la plus insensée, c’est celle avec un sosie presque officiel d’Elvis, un type violent qui vit dans une crasse épouvantable avec sa femme batteuse (drums) et leur bébé cradingue. Ce type cherche aussi activement la Moderne, il a lui-même une collection de guitares hallucinante. L’histoire se corse salement et ne s’arrête pas là. Il sera amené à aller dans les bayous à la recherche d’un « ami » de Zombi, ce musicien maudit car noir albinos. La face B de son 45 t. est hypnotique, prémonitoire et source d’inspiration pour pas mal de rockeurs devenus top.
Les aventures et surtout mésaventures s’alourdissent à mesure qu’il croit se rapprocher du but et qui l’emmènent aux confins de cauchemars ahurissants. La fin est inattendue, créative et plausible. C’est gé-nial !
Je vous recommande chaudement ce livre, on ne peut plus le lâcher et ça marche même si on n’y connaît rien en technique ou en musique. On apprend aussi beaucoup de choses, en passant, et c’est toujours agréable.
Sur un site, j’ai trouvé la bande-son du livre que j’écoute en écrivant ce texte. C’est ici. Avec, entre autres, Robert Johnson, Muddy Waters, Guitar Slim, Chuck, Elvis, the Kinks, Hendrix, Led Zep, Black Sab…
Que du bon ! Cerise : l’auteur est beau garçon ah ah ah !

Vintage de Grégoire Hervier, 2016, aux éditions Le Diable Vauvert (y a pas de hasard !). 392 pages. 18,50 €.

Texte © dominique cozette

 

Another Ron Rash. Des nouvelles, et des bonnes !

Je vous ai parlé de Ron Rash il y a peu, que je viens de découvrir (voir ici). Je poursuis cette rencontre avec un nouveau livre Incandescences qui masque qu’il s’agit de nouvelles (c’est écrit en tout petit à l’intérieur). Je ne l’aurais pas acheté et j’aurais eu tort car elles sont excellentes. Encore des histoires d’Amérique profonde, du côté des Appalaches, dans des sortes de trous du cul du monde où le rêve américain c’est juste un vieux fantasme d’avant, comme chez nous liberté, égalité et fraternité. Il y a des histoires de pauvreté, beaucoup car par ici, les gens n’ont pas grand chose. Sinon se bourrer la gueule le soir en écoutant du rock improbable ou du metal rouillé dans un bar cheap qui s’appelle la dernière chance, dealer et s’en mettre plein les veines ou le nez sans même se dire qu’il serait raisonnable de s’arrêter ou d’arrêter de piller ses vieux, des vieilles histoires de confédérés où on tue son voisin parce qu’il ne pense pas bien, où on pille aussi des tombes pour revendre les ceinturons et autres décorations de guerre, des types qui perdent la tête et font une grosse connerie parce que d’un seul coup le,monde a changé et qu’il n’y a pas de fraternité qui vaille juste pour une plante qu’on a coupée et que c’était votre père qui l’avait plantée, alors prison, ou des mecs qu’il vaut mieux épouser sinon tu passes pour une traînée même si le type, c’est un moins que rien. Plein d’histoires d’hier et d’aujourd’hui qui te font penser qu’au fond, on n’est pas si mal que ça ici et que les Etats-Unis, ben c’est juste un beau concept pas développé comme il faudrait.

Incandescences de Ron Rash, 2010 pour la VO. Traduit par Isabelle Reinharez. Aux éditions Points. 198 pages. 6,70 €

Texte © dominique Cozette

Les Fessebouqueries #363

 

Une semaine s’achève encore, qui s’est fait cravater par des révolutionnaires, un petit empereur nous faisant un complexe de la pensée, un ex-premier ministre quittant le rat d’eau et sa méduse, un autre désirant arrêter de nous rafarinader, un lion ni superbe ni généreux mais qui Rugy, un sacré nicolineur qui fait pschhht pour son anniv, et une grande dame qui déserte son corps alors qu’elle nous a donné le droit de disposer du nôtre comme on voulait…
– RR : Excusez mon absence. J’étais sur Whatsapp avec ma mère. Le monologue du Cid, à côté, c’est de la rigolade.
– JPT : Les Insoumis sans cravate à l’Assemblée : ça, c’est de l’audace !
– PM : Woerth à la commission des finances, du coup Dutroux pense avoir sa chance à la protection de l’enfance
– DC : Valls quitte le PS. Quel parti va-t-il prendre d’assaut ?
– JPT : Pour commander un groupe de 308 députés, il faut au moins un maréchal. Ce sera le Maréchal Ferrand.
– MK : Arrivée de l’arriviste François de Rugy au perchoir : il a bien fait de trahir tout le monde, lui
– OM : Saluons Manuel Valls qui quitte le PS avec l’élégance du Capitaine du Costa Concordia.
– OV : Donc la CGT appelle à la grève avant même le début des discussions sur le droit du travail. Un peu comme si tu commençais à organiser le divorce quand on te parle de fiançailles quoi.
– NA : Éric Ciotti annonce qu’il reste con et député Les Républicains.
– DC : Néonicotinoïdes : Hulot interdit qu’on fasse les choses de Travert. C’est clair ?
– JM : 25 ans après,on a appelé Muriel Bolle pour l’entendre à nouveau. Ça donne un peu d’espoir à Ophélie Winter.
– OM : L’arrivée de De Rugy à la tête de l’Assemblée Nationale est un formidable message d’espoir envoyé à tous ceux qui trahissent en politique !
– RR : Apparemment les femmes sont condamnées à ne rester perchées que sur leurs talons.
– NA : Laurent Wauquiez propose de renvoyer les abeilles dans leur pays.
– BI : Hier mon chef m’a demandé où j’en étais dans un dossier. J’ai refusé de lui répondre, ma pensée trop complexe se prêtait mal à sa demande.
– NP : Moi je comprends Macron : pourquoi te faire chier à penser quand tu sais que tes propos vont être analysés par Barbier et Duhamel ?
– HS : L’euro décroche en bourse à l’annonce du refus de Mélenchon d’assister au congrès. Risque de remontée des taux.‬
– DC : A 600 000 voix près, Mélenchon aurait porté la cravate pour son portrait officiel à l’Elysée. Mince alors !
– RR : On vit dans un monde où la révolution consiste à refuser de porter une cravate.
– EM : Jean-Pierre Raffarin quitte le Sénat, il veut laisser un plus jeune dormir à sa place.
– GB : Balkany, Cahuzac, et Thevenoud ne manquaient jamais une occasion de porter la cravate. C’est à ça qu’on reconnaît le respect des institutions.
– JPT : Avec Loulou Nicollin, c’est un témoin à décharge du foot français qui disparaît.
– NP : Éric Woerth à la commission des finances ? Et pourquoi pas à la moralisation de la vie politique tant qu’on y est ?
– LC : Que ce soit le propos ou qu’elles soient ménagères, Loulou Nicollin a toujours fait des ordures sa principale source de revenu.
– HS : Macron renoncerait à réunir un congrès rendu inutile par l’absence de Jean-Luc Mélenchon.
– JPT : Question : qui va garder les Insoumis pendant que leurs collègues seront à Versailles ? On ne peut pas laisser ces branleurs tout seuls dans le Palais Bourbon ! On se souvient du Reichstag ! Super Nanny est-elle disponible lundi toute la journée ?
– CV : Simone ne veille plus.
– NA : Christine Boutin est toujours en vie.
– OV & NP : Je ne dis pas qu’Emmanuel Macron a tué Simone Veil pour avoir quelqu’un d’irréprochable à mettre au Panthéon.
Je dis juste que c’est une drôle de coïncidence.
– NA : Décès de Loulou Nicolin, les pizzerias et fast-food de Montpellier craignent une perte de chiffre d’affaires de 25%.
– JS  : Xavier Niel: « On a besoin de créer le CAC 40 du prochain siècle » Oui, c’est vraiment ça dont on a besoin. Absolument besoin.
– RC : Moi la France je ne la nique pas, je lui roule des pelles, je lui mets des petits doigts de plaisir, je lui fais un petit cuni et je lui file une clope une fois qu’elle a joui.

Illustration © dominique cozette sur photo officielle Elysée. On peut liker, on peut partager, on peut s’abonner, on peut commenter, on peut faire un tour sur mon site ici. Merci d’avance.

Polar qui va me polariser sur Ron Rash

Je ne connaissais pas Ron Rash. Et soudain, dans une de mes deux librairies sétoises préférées, j’avise une petite somme de cette auteur et me dis tiens, un auteur américain que cette librairie semble aimer. Référence. Voyons voir. J’achète donc Un pied au paradis et je plonge dedans telle la louche en argent dans une soupière de caviar. Et j’en ramène quoi ? Une furieuse envie d’en acheter d’autres.
Un pied au paradis est une sorte de polar. Pas une enquête acharnée sur une mort d’homme mais l’histoire des personnages concernés par elle. Un polar red-neck qui se passe dans une vallée paumée du côté des Appalaches, où tout le monde connaît tout le monde, ils sont si peu, si dispersés sur les vastes terrains, mais fidèles aux retrouvailles dominicales du culte. Billy est un jeune homme courageux au travail, qui boîte un peu suite à une grave polyo et qui a involontairement conquis le cœur d’une très belle fille, Janice. Ils se marient, ils s’adorent, il cultive âprement des légumes pour l’hiver et du tabac pour le fric en attendant de mettre un bébé en route. Mais le bébé ne veut pas venir. Le malheur s’installe, c’est lui et ses spermatos handicapés les responsables. Loin là-haut vit une vieille, sorte de sorcière crainte et puissante chez qui ira Janice pour trouver un remède à la stérilité. Drôle de remède.
Dans la première ferme voisine vivent Holland (oui, c’est son nom) et sa veuve de mère. Lui est rentré décoré de la guerre de Corée, sorte de héros pénible qui fout un peu la merde dans les bars, mais on le comprend. C’est lui qui disparaît, c’est de chez Billy que venait le bruit d’un coup de feu, et c’est par là que vont aller fouiller le shérif et ses hommes. Il fait une telle chaleur qu’il est impossible que le cadavre soit laissé à l’abandon. Où peut-il bien être ? Cette quête s’amplifie, c’est assez original.
La réponse viendra en plusieurs fois car cinq personnes bâtissent le récit. Et à chacune d’elle, un pan de la vérité se fait jour. C’est très bien construit, c’est sombre, on entend les bêtes et la rivière qui coule, comme dans tout bon roman américain. Très bon livre, c’est le premier de cet auteur.

Un pied au paradis de Ron Rash en 2002. One foot in eden in english. Traduit par Isabelle Reinharez. Au livre de poche. 316 pages. 7,30 €

Texte © dominique cozette

Un drôle de livre !

Il s’appelle Vies et mœurs des familles d’Amérique du Nord, il est de Garth Risk Hallberg, très jeune homme qui a été révélé par un best-seller : city of fire, pavé de 1000 pages que je vais essayer de trouver, et qui a permis à celui-ci  d’être réédité. Car Vies et mœurs des familles d’Amérique du Nord a été publié en 2007 chez un éditeur de livre d’art. Car c’en est un. Sur chaque double-page, une photo plutôt imprécise prise par une palanquée de jeunes photographes tendance. Sous la photo, une qualité, un état, un qualificatif (fidélité, mauvaises habitudes, divertissement, sens à la vie etc) traité comme un élément vivant, comment il survit, se reproduit, se transmet. Donc déjà, très curieux. Et sur l’autre page, qui n’est pas blanche mais vieillie et salie comme un vieux papier trouvé par terre, le texte qui lui correspond. En tout une soixantaine de textes qui racontent une anecdote arrivée à une des deux familles de référence. Mais dans le désordre, et par un des petits bouts de la lorgnette, ce qui peut aiguiser notre curiosité ou nous agacer. Les deux.
Les deux familles de référence sont voisines avec deux enfants chacune, un garçon et une fille qui se fréquentent, un jeune menteur, un père qui meurt et un père et une mère qui divorcent. Ces histoires évoquent l’american way of life côté plus nightmare qu’american dream : BBQ, télé, céréales, vols, bagnoles, chagrins, dope… On y apprend accessoirement que le jeune homme a eu un accident terrible, on n’en connaîtra la cause qu’à la fin.
Objet attachant autant que bizarre, sur les tables des bonnes librairies car bénéficiant de bonnes critiques, agréable à feuilleter, que d’ailleurs on peut suivre dans le (dés)ordre qu’on veut ou par les entrées ménagées par l’auteur, un peu comme un bestiaire. Ou un mode d’emploi des banlieusard new-yorkais. J’aime beaucoup le style.

Vies et mœurs des familles d’Amérique du Nord, de Garth Risk Hallberg, première édition en 2007, réédite en 2017 chez Plon. 150 pages, 16,90 €.

Texte © dominique cozette

 

Les Fessebouqueries #362

Tout a fondu cette semaine de canicule qui rime avec en marche avant et recule, on patauge dans une soupe de fourzitou législ-hâtif composée d’une grosse potée bayroussie, avec une cuillerée de fillonnade rancie, un gros mélenchonchon bien odorant, trois rondelles de Philippot de chagrin, un chouïa d’assaut de Valls, une pincée infinitésimale de Villani. Plongez-y un petit Gregory faisandé, laissez mariner jusqu’au prochain remaniement, touillez et servez en chaussettes-claquettes et en musique. Bon app !
– CV : — Regarde Maman, un loup !
 —  Non mon chéri, ce n’est pas un loup, c’est monsieur Balkany, le maire de Levallois.
– OVH : Affaire Grégory. Bob Lépange pressenti pour vider la Vologne.
– JC : Perso, je trouve que l’entrée de Marine le Pen à l’Assemblée nationale est plutôt une bonne nouvelle. Si elle y est aussi brillante que lors du débat avec Macron, on a pas fini de rigoler.
– JB : J’imagine le choc des nouveaux députés quand ils vont voir que l’Assemblée Nationale n’est pas du tout le palais du bourbon !
– PR : Leguen s’accroche aux branches mais il n’y a plus d’arbre.
– FV : Philippot battu, mais par une « vaguelette », donc c’est moins grave d’après lui…
– MK : Election contestée de Manuel Valls : y a-t-il bourrage des burnes ?
– YB : Entre ici, Jean-Luc Mélenchon, avec ton terrible cortège d’insoumis
– MK : Et Fillon, au fait, il a été élu dans sa circonscription de Fleury-Mérogis ?
– PR : Si j’ai bien compris Dassault a gagné dans l’Essonne. C’est ça ?
– OM : « Mort d’un matador dans les Landes. » Le présumé coupable se serait radicalisé après avoir reçu sa 5ème banderille dans le dos.
– JPT : Entendu Mélenchon traiter Cédric Vilani de « matheux » qui n’a jamais vu un contrat de travail. Collard a du souci à se faire pour conserver sa palme de « gros con de l’hémicycle ».
– FIA : Quand on regarde l’écriture et l’orthographe dans les lettres de menace, on voit bien que c’est écrit par un corbeau.
– JB :Décidément Bayrou n’a pas de Pau.
– CC : bayrou il me fait penser au petit cousin timide au bout de la table qui récupère toujours les miettes mais jamais une vraie part de gâteau
– CV : Canicule : On ne peut pas être et avoir l’été.
– Y9 : Mélenchon en voyant le drapeau européen à l’Assemblée: « on est obligé de supporter ça? ». On va bien être obligé de te supporter, Jean-Luc.
– FIA : Bayrou n’était déjà plus ministre que mon hand spinner tournait encore.
– JB :  Tu te rends compte que tu es vieux quand 85% de tes amis se plaignent de la fête de la musique et que personne ne t’a proposé d’aller y faire un tour pour picoler comme un con un mercredi soir.
– HD : Une dirigeante de la SNCF intègre le gouvernement. Conséquence immédiate : sa composition est annoncée avec 1h30 de retard.
– CD : Je viens d’entendre :  » François Bayrou va s’exprimer sûrement longuement sur son départ du gouvernement. » . Même quand il ne parle que 5 mn, c’est long de toutes façons.
– JC : Une toulousaine socialiste à la Justice. Bonne nouvelle. J’espère qu’elle va rétablir la peine de mort pour ceux qui mettent de la viande de cheval dans le cassoulet.
– OVH : Remaniement ministériel. Florence Parly, ministre des centres commerciaux du gouvernement Philippe 2.
– JM : Hanouna annonce une formule plus chic pour TPMP l’année prochaine. C’est terminé les nouilles dans le slip, on passe aux tagliatelles.
– OV : De toutes façons Bayrou était obligé de démissionner : on ne peut pas être à la fois palois, hors-la-loi et faire respecter la loi.
– OK : URGENT : Plan canicule, les policiers et militaires affectés au plan Vigipirate seront équipés de pistolets à eau.
– EM : François Bayrou quitte le gouvernement pour redevenir deux simples citoyens.
– RB : C’est bon, vous avez compris que les méditerranéens et les africains n’étaient pas fainéants par nature, ou on doit continuer la canicule ?
– CA : Les mecs qui se plaignent de ne pas pouvoir porter de short et nous envient de porter des « robes », n’oubliez pas de mettre aussi un soutif.
– OM : Une pensée pour le présumé terroriste des Champs qui en ce moment même négocie ses 72 vierges contre un parechoc et une aile froissée.
– FG : Florian Philippot, battu aux législatives, redevient simple journaliste à BFMTV
– LC : Et dire qu’à une humilité près, Jean Luc Mélenchon devenait sympathique.
– AS : L’iphone, on le met à gauche ou à droite de l’assiette ?
– JFR : Cédric Villani, brillantissime mathématicien qui converse avec le cosmos vient tout juste d’élaborer son nouveau théorème : 
(Tête de Mélenchon) au carré = Intégrale de la connerie exponentielle
– OM : Les jeunes qui mettent des chaussettes dans leurs claquettes cet été, c’est les mêmes que ceux qui ont passé l’hiver les chevilles nues ?
– JM : Trump veut faire installer des panneaux solaires sur son mur entre les USA et le Mexique. Le mec vient d’inventer le racisme écologique.
– VI :  Conclusion du rapport de stage de Bayrou « Le ministère de la Justice était passionnant, j’y ai découvert des personnalités et des parcours exceptionnels. »

Illustration © dominique cozette. On peut liker, on peut partager, on peut s’abonner, on peut commenter, on peut faire un tour sur mon site ici. Merci d’avance.

Vieilles, d'accord, mais quelles canailles !

Ce titre du Point, alarmiste comme tous les titres du Point, mérite un bon crochet dans la gueule, qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? Bah rien, Jojo. Ta gueule est chargée certes, elle a vécu plus de mille vies, et aujourd’hui, enfin hier soir aux Arènes de Nîmes, blindées, elle a encore montré à toutes ces vieilles lunes que ta gueule n’a rien n’a craindre des autres. Quelle présence, quelle voix, quelle bonne humeur, quelle énergie, quel talent !
Oui, ce fut un spectacle époustouflant. Parce que le grand petit Charles était là ? Et Laetitia et les pitchounes comme ils disent ici ? Tu t’es défoncé, mec, et je ne devais pas être la seule à me dire : arrête un peu, laisse les deux autres relayer, tu vas claquer… Les deux autres faisaient ce qu’ils pouvaient pour être à ta hauteur. Schmoll toujours sobre et vaillant, schmollant as usual, mais interprétant quelques chansons pas connues, puis Jacquot, poussant la chansonnette avec ce demi sourire l’air de dire : je n’en pense pas moins, brindille un peu branlante entre les deux maousses du rock français. Bref, Jojo, tu nous l’a encore fait : moi vivant, je ne serai jamais mort. Alors la voix, dès la première note, brillante et vibrante comme la vingtaine de cuivre derrière vous, galvanisant les fans des premiers jours, du Pénitencier à Gabrielle pour finir sur Toute la musique que j’aime. J’ai pas honte de dire que j’étais poignée comme tous, parce que c’était poignant. 74 ans ce mois-ci, le plus jeune des trois, en chimio, cancer et bidule, on n’y croit pas, c’est du fake news, même si ou t’a vu en promo à la télé, amorti comme tes compagnons. On craignait la mollesse, la décrépitude, le pathétique. Et on avait tort. Le petit Charles, 93 ans, ton presque papa, cheveux tout blancs, il fallait envoyer face à lui. Tu as envoyé grave. Pulvérisé les doutes. Ça a commencé par Les cactus, par toi, ouais, trop fort.
Le public était plus pimpant que d’habitude où sévissent les gros relous à pattes, tattoos, santiags et cuirs. Des sexygénaires en robiches, des septuas bien coiffés, j’ai repéré seulement deux sosies un peu tapés de Jojo et un de Schmoll façon P. Sébastien, c’est vous dire. Et à côté de nous, sur les gradins du vomitoire (premier rang, super places payées un bras de tourne-disque), un couple hyper mignon de quadras dont les parents, quelques rangs derrière, étaient aussi des fans de toujours. Ces jeunes qui connaissaient tout de nos années yéyé, vénéraient Presley, Sinatra et donc Johnny, sont allés au bar et nous ont rapporté une coupe de champ parce qu’ils nous trouvaient sympas. De rêve, quoi, tout ça.

J’avais décidé de faire mes adieux à Johnny au Parc des Prince pour ses 50 ans, c’était torride. Cette fois je ne pense pas le revoir de sitôt, pas parce qu’il aura préféré rejoindre Gene V et sa clique, mais parce que moi, je vise ses 100 ans, sinon rien, je vais donc garder une belle image de celui qui faisait battre mon cœur de 13 ans avec Laisse les filles, ses hoquets, son déhanché, sa chemise en dentelle et cette phrase un peu choquante : lorsque ma mère s’est radinée… Clip à voir ici (après une pub Meilleurtaux au casting calamiteux).

Texte © dominique cozette

Yalom encore ! Avec Spinoza

Irving Yalom, toujours lui, ce psychanalyste américain fondu de philosophie, m’a passionnée une nouvelle fois avec Le problème Spinoza. Autant vous l’avouer : je ne suis ni une intello, ni une forcenée de la philo. Je suis même très dilettante. Alors comment fait-il, ce diable d’écrivain, pour me passionner autant avec des sujets comme ça ? Je vous explique.
Il y a deux histoires dans ce livre/ la première concerne Spinoza, au moment où il va avouer à l’aréopage juif qu’il ne croit plus à ces drôles de dieux que fabriquent les hommes de pouvoir pour nous asservir. Il prouve que les écrits, la Thora, le  la Bible sont bourrés de mensonges, de faux et d’à peu près. Il faut dire que c’est un homme très intelligent, avec une mémoire extraordanaire et une soif de savoir inextinguible. Il a donc appris toutes les langues à connaître pour lire dans le texte ces antiquités. Il peut donc prouver les dérapages qui y ont été introduits. Mais les rabbins, comme toute la communauté, sont choqués que cet homme, par ailleurs irréprochable, puisse commettre un tel sacrilège. Pour la peine, il sera excommunié, banni pour toujours, chassé. Nul, même ses proches, n’auront plus le droit d’avoir de contacts avec lui, de lui écrire, de le voir. Spinoza  n’a besoin de rien que de penser, écrire, lire. Mais ça le rend triste. Il fait une croix sur une vie sociale, familiale, et continue son œuvre.
L’autre histoire est celle du Reichleiter Rosenberg, un type assez asocial qui déteste les Juifs et commence à réfléchir à la façon d’en débarrasser l’Europe. On est en 1918. Cet hommes, par ailleurs intelligent, rencontre un beau jour Hitler. Mais ce dernier, bien qu’il lui emprunte ses idées pour élaborer sa théorie et écrire Mein Kampf ne va jamais l’accepter dans sa cour. Pourtant Rosenberg a créé un journal qui porte haut les couleurs du Führer, qui encense ses idées, qui l’aide à parvenir au pouvoir. Quel rapport avec Spinoza ? Il aimerait savoir pourquoi les hommes qu’il admire le plus, notamment Goethe, sont fous de ce philosophe. Il part donc à la quête de ses possessions et, chargé de la confiscation des biens culturels des Juifs (et des autres), retrouve la précieuse bibliothèque de Baruch Spinoza.
Pourquoi c’est plaisant ? Parce que Yalom a recréé la manière du roman : comment ces gens-là vivent, les dialogues, le suspens… Quand les interlocuteurs de Spinoza ne comprennent pas sa pensée, ils le lui avouent et Spinoza l’explicite. A la fin, en prologue, Yalom explique comment il a pris connaissance de tous les faits qu’il a relatés  : on apprend ce qui est réel et ce qui est romancé mais crédible. Palpitant et instructif.

Le problème Spinoza par Irving Yalom aux Edition le Livre de Poche. 548 pages.

Texte © dominique cozette

Quel livre, mais quel livre !

Ce livre Article 353 du code pénal est scotchant. Eblouissant. Hallucinant. Spectaculaire. Pourtant, c’est un huis-clos, la confession d’un homme qui vient d’en tuer un autre, dans le bureau d’un petit juge. Sans effets spéciaux. mais avec les effets de langage formidablement utilisés par Tanguy Viel. De l’orfèvrerie. « Mon personnage se fait flouer, juste parce qu’il ne maîtrise pas la rhétorique. Puis il y a le processus de rumination. »(1)
Dès le début, on sait cela. Que le crime a lieu. Que l’homme en jette un autre au large, qu’il sait qu’il va se noyer, qu’il n’en tire rien de plus. Il fallait juste que cet homme disparaisse. Puis il va amarrer le bateau du noyé et quand la police vient le chercher, il l’attendait. Ensuite, la grande, l’énorme déferlante nous arrive dessus : pourquoi j’ai fait ça. Car cet homme, floué profond par le promoteur véreux, a mis du temps à comprendre comment tout ça s’est enclenché. Il a fallu que le prétexte se construise dans sa tête pour qu’il en arrive là. Car un mec, un pauvre mec comme lui, gentil et faible, est incapable de violence. Il en a fallu des petits éléments de honte, d’humiliation, de regrets, de colère. Il a fallu qu’elle monte, cette « exaspération de l’enrichissement complètement éhonté des puissants. » Car comme l’auteur l’analyse, « on a tous régulièrement des petites pulsions de haine lorsqu’on entend qu’un mec part avec son parachute doré. On a tous envie un jour où l’autre d’en mettre un à l’eau. »(1)  Il a fallu qu’il n’en puisse plus de cet immense gâchis, la démolition d’un bien public, le saccage de ce petit coin de la rade de Brest, énorme béance à vif, gadouilleuse, là où un petit eden ne demandait qu’à vivre, sans aucun espoir d’arrangement.
Le juge l’écoute, et une fois, il se met en colère contre l’absurdité de ce drame. Mais il n’a pas encore tout entendu. Le pauvre narrateur ne cherche absolument pas à se justifier. Juste à expliquer. Le miracle, c’est comment il arrive à sortir les mots justes, les motifs profonds, les sentiments gênants qui ont abouti à cet acte. C’est impressionnant de finesse, de frappage au coin du bon sens, de logique. Il reconstitue la démarche commerciale et insinuante du promoteur forçant les acheteurs sans en avoir l’air, les abusant comme si c’était eux-mêmes qui s’offraient en sacrifice alors qu’il n’avait rien demandé. Il dissèque le chemin de la pensée et de la raison, très fortes toutes les deux, pour montrer comment elles s’effacent d’un seul coup pour accepter une chose inacceptable. Pour finir, l’article 353 du code pénal emballe l’affaire d’une façon inattendue et incroyable quoique crédible.
Ce livre mince est un petit chef d’œuvre que je vais relire de ce pas. Ne le loupez pas !

(1) Citations tirées d’une interview de Paris Match.

Article 353 du code pénal de Tanguy Viel. 2017 aux Editions de Minuit. 174 pages. 14,50 €.

Texte © dominique cozette

Vernon Subutex suite et fin.

Hélas, ça s’arrête. Faute de combattants. On y est. Les marginaux, les out of the blue, les cassos, les niqués de la vie, la communauté de Vernon, après avoir écumé leur vie comme on râcle une mousse de saleté sur un frichti mal rincé, envoient leur lettre de dèm à cette foutue vie de cette époque merdique. Mais avant ça, Virginie Despentes nous familiarise, je veux dire nous empathise avec des personnages comme on n’en voit peu à la télévision, des bancales, des trans, des bizarres ou des violents. On s’y attache même quand on les déteste. Vernon, lui, reste pur, pas très actif puisque tous le considèrent comme un gourou. Ils organisent ce qui devient leur rêve, ou « rave », appelés convergences, les nuits entières dans des lieux sauvages, coupés du monde, interdits de connections et de dope. Seulement l’immense et inexplicable communion de ces lourdés de la société emportés par les musiques ordonnancées par Vernon Subutex, les menant tous à un orgasme a-sexuel et pharamineux. Inoubliable. Raison de vivre. C’est bien joli tout ça, mais il y a des vengeances qui se préparent, des tatouages pour en brûler d’autres, des chasses aux femmes, des viols et des violences. Il y a aussi des nanas islamisées qui en reviennent, qui fuient, des trahisons filiales et tout ça. Ça fourmille comme toujours chez l’auteure.
Ça fourmille aussi sur notre société, l’actuelle, celle qui nous met à cran, qui nous érige les uns contre les autres, qui interdit de vivre à la marge — et puis quoi  encore ? —  qui s’étonne que les armes qu’elle fabrique recrachent leur haine sur sa petite gueule d’amour. Ça vibre, c’est chaud, c’est tumultueux. C’est sanglant. C’est parfois poésie et musique, désir d’amour. Tout ça, quoi.
C’est un fin décisive qu’elle nous livre, pas de tome 4, impossible. Je suis néanmoins réservée sur le tout dernier chapitre qui commence en 2077 et continue quelques décennies après. La SF m’intéresse moins même si VD  tient à ce que Vernon Subutex lui survive, d’une façon ou d’une autre, se recrée, ne meure pas. Grandeur d’âme de l’écrivaine. C’est chouette quand même voire touchant.

Vernon Subutex 3 de Virginie Despentes. 2017 aux éditions Grasset. 400 pages. 19,90 €
Les articles concernant les tomes 1 et 2 peuvent être lus ici.

Texte © dominique cozette

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