La femme gelée

La Femme gelée d’Annie Ernaux, le titre m’a longtemps rebutée, je pensais à frigide, mais comme je suis plongée aussi dans les cahiers de l’Herne, je comprends que j’ai fait fausse route. Gelée s’entend comme figée. Figée dans son rôle de femme défini dès la naissance et quoi qu’il se passe dans sa vie. Annie Ernaux a compris que la condition féminine nous entraînait dans le piège terrible de la femme « dedans » la maison, car dehors est le terrain de l’homme. C’est comme un arrêt sur image (frozen picture) qui coupe net tous les élans qu’elle avait depuis sa petite enfance, la curiosité, l’audace, l’indépendance.
Et ce livre, son troisième est d’un style ahurissant, très dense et loin de son écriture plate habituelle. Elle déroule comme en accéléré le film de sa vie et y retrouve pratiquement gravés tous les portraits de femmes qui l’entouraient, non pas des fées du ménage ou des foutues femmes au foyer compétentes et maniaques mais des  personnages hauts en couleur, au verbe asséné, peu soucieux de leur apparence, des femmes pas coquettes et se fichant de tenir la maison comme on l’entend dans le milieu bourgeois. Elle n’a pas eu le « bon » modèle, celui qui l’aurait façonnée, préparée à la vie future, les mômes à torcher, d’où son ahurissement lorsqu’elle s’est retrouvée dans ce pétrin.
Qu’on en juge : dans le modeste café tenu par ses parents, c’est son père qui épluche les patates et fait la vaisselle tandis que sa mère fait beaucoup d’autres choses, notamment la compta. mais elle lit aussi, beaucoup, elle ne peut pas s’en passer et elle va pousser sa fille à s’enrichir l’esprit pour pouvoir sortir de leur condition. Le père leur demande pourquoi elles perdent leur temps ainsi, lui ne lit jamais. Donc pas de schéma classique chez elle. Et puis ses copines sont parfois des garçons manqués comme elle, pas toujours mais quand on joue dehors toute la journée, on se fiche de tout ça.
A l’adolescence, elle comprend qu’il faut plaire aux garçons, elle-même conçoit beaucoup de désir pour ces personnages tellement différents et suscitera la première rencontre pour le premier flirt. Ensuite, vite, perdre sa virginité mais pour autant, travailler d’arrache-pied pour réussir. Elle deviendra étudiante, commencera à réaliser que le monde des hommes est plus libre que celui des femmes et rencontrera celui qui deviendra son mari. C’est rigolo, au départ, on fait tout ensemble, la chambre louée, on s’en fout puisqu’on bosse, qu’on va à la bibliothèque, au resto U et au cinoche.
Lorsque l’enfant paraît, pas spécialement désiré (interrogation sur un avortement), ça passe encore, le papa compatit, « aide » un peu, s’occupe du Bicou etc. Mais lorsqu’il a enfin trouvé son emploi de cadre et même si elle tente de dégager du temps pour son capes, il devient le mari qui régente : la maison, la bouffe, l’enfant qui dort quand il rentre, bref le vieux schéma se met en place sans moyen de l’éviter.
Ce n’est pas l’histoire qu’elle raconte, terriblement classique qui m’a emballée, c’est sa façon de faire ressurgir tous les souvenirs de l’époque des baby boomers, de l’espoir d’une vie meilleure, plus égalitaire, et d’y faire revivre de façon extrêmement dynamique avec des centaines de petits détails notre histoire, des centaines de petites images ou chansons qui nous reviennent en mémoire. Et c’est aussi le glissement progressif qu’elle décrit superbement, qui guette chaque femme dont le destin se lie à celui d’un homme, pas méchant bien sûr, mais lui aussi élevé dans une forme de virilité qui lui interdit de compatir un peu plus aux tracas de sa femme qui aimerait tout comme lui avoir du temps pour le tennis, le cinéma, les copines. Mais non. Il faut briquer, faire cuire et emmener le Bicou au parc avec les autres landaus.
Passionnant !

La Femme gelée par Annie Ernaux, 1981. Editions Folio poche, 184 pages. Pas cher.

Texte © dominique cozette

Les Fessebouqueries #588

L’actu de la semaine, c’est un drôle de fourre-tout, ça rentre n’importe comment, comme un juge suprême US qui déciderait de s’introduire dans les utérus sans en connaître le chemin et puis après tant qu’à faire dans les anus, ou comme un milliardaire qui prierait les petits que nous sommes de n’allumer qu’une lampe quand il fait vraiment nuit parce qu’il faut pas gaspiller, comme un philosophe qui recevrait des millions pour appuyer une guerre meurtrière etc… On peut être colère parce qu’un terroriste est trop puni ou parce qu’un gauchiste va mettre son nez dans les Comptes ou parce que les vestes politiques se retournent avec trop de célérité, oui, tout est possible puisque Copenhague fait maintenant partie de la France. Puisque l’Arabie Saoudite se situe entre Paris et Dakar ou encore puisque le RN ex FN est dorénavant soluble dans la démocratie. Bon. Ne nous laissons pas abattre, trinquons joyeusement à ce rayonnant été, tchin tchin dear friends !

– TE : Donc il y a des mecs qui veulent décider de ce qui se passe dans notre utérus mais qui sont incapables de savoir où est le clitoris.
– AG : Aux mecs qui disent « Ben si tu veux pas être enceinte, faut pas coucher » :  Je suppose donc qu’à chaque fois que vous couchez avec une femme, c’est que vous avez envie de devenir père ? Non. Ben alors fermez vos gueules !
– PBC : Trois « grands-patrons » appellent les Français à diminuer leur consommation d’énergie. Pour qu’eux-mêmes puissent continuer à se balader en hélico, jet privé, et Ferrari  ?
– MA : Les plus gros pollueurs de France qui rincent leurs actionnaires sur le dos de la planète et tout ce qui vit dessus appellent le petit peuple, qui vit déjà les lumières éteintes, à la sobriété, dans le journal perfusé d’argent public d’un milliardaire. On vit une époque formidable…
– BP : Si on m’avait dit que TotalEnergies et Engie allaient appeler à la décroissance en 2022…
– DC : + 52% de hausse de salaire en un an pour le patron de TotalEnergie, Patrick Pouyanné. Soit 6.000 000 avec l’aval de ses actionnaires. Et voilà-t-y pas qu’il nous demande, de modérer notre consommation d’énergie ! Mais il a promis de faire pipi dans sa douche. Good boy
– OVH : Si notre vagin crachait des balles, vous rendriez l’avortement légal.
– OM : L’État du Texas se dit prêt à interdire la sodomie en cas de feu vert de la Cour suprême. C’est bien la première fois que les Texans se préoccupent des trous de balle…
– JB : Et si on légalisait la pratique de l’avortement par arme à feu ? Ça serait peut-être une option qui permettrait un consensus ? Je propose hein.
– CEMT : Macron : « Oui, OK, on a filé des sièges au RN, mais quand j’ai appelé mon parti « Ensemble », j’ai pas dit avec qui. »
– GB : J’aurais au moins appris aujourd’hui que refuser de serrer une main quand on ne porte pas de cravate est un affront républicain bien plus important que de donner des pouvoirs législatifs gigantesques à un parti issu de la collaboration.
– LA : 2022 : Interdisons l’IVG. 2023 : Les femmes ont-elles une âme ? 2024 : La terre est plate.
– PA : Il y a un paradoxe entre le fait que les cons soient bornés et que la connerie soit sans limite !
– AQ : Si vous cherchez Richard Ferrand, il est en train de réparer les ascenseurs des Mutuelles de Bretagne.
– PDT : Rappelons que pour être homologué, un vrai viol™ doit être commis dans un lieu sombre et sale, entre 1h et 6h du matin, par un inconnu musclé, avec un couteau, portant une moustache et salivant abondamment, sans lien parental, professionnel, amical ou médical avec la victime. Il est invalidé si la victime ne s’est pas présentée à la police dans des vêtements abîmés, avec un air choqué (mais digne). La plainte doit aussi être déposée au minimum 6 mois avant ou après un évènement heureux pour l’accusé (promotion, récompense, nomination au gouvernement).
– MT : BHL sur Europe ce matin. « Moi je n’ai pas envie de me coucher devant les Russes, devant les Iraniens, devant les Chinois »… Vas-y Bernard-Henry, on te regarde !
– NW : Coquerel aux finances, c’est « tourner le dos à la tradition d’y nommer un modéré comme Cahuzac, Carrez et Woerth », écrit les Echos. Le premier, condamné pour fraude fiscale, le second soupçonné de violation du secret fiscal et le troisième mis en examen pour « concussion »…
– SA : J’ai vu que certaines personnes trouvent la peine de Salah Abdeslam un peu dure. Personnellement, je l’aurais bien condamné à 300 ans de prison à Guantanamo et forcé à écouter 24h sur 24 l’intégrale de Diam’s remixé par Jul.
– MK : Un Insoumis président de la Commission des finances, ça s’arrose ! Je vais me mitonner un Coquerel au vin !
– RS : Vu l’augmentation des prix en France, bientôt faudra aller faire ses courses en suisse pour faire des économies…
– OK :  Eric Coquerel devient président de la commission des finances, et les trains circulent à nouveau normalement ! Alors, les athées, on dit quoi ?
– MP : Le Texas veut interdire la sodomie … Pour interdire l’homosexualité… C’est systématiquement débile mais toujours inattendu.
– DC : Le ministère de l’Intérieur a comptabilisé, entre 2016 et 2021, 673 homicides qui n’ont jamais eu lieu. Pour moi personnelement, j’ai échappé à une fausse-couche, un suicide et un crash en avion. Oh, la belle vie !
– UQ : Une infirmière française est actuellement (malgré leur augmentation de 183€ en moyenne) moins bien payée qu’une infirmière mexicaine.
– DC : — Il paraît que Coquerel, il couche avec … — Avec qui ??? Avec qui ???? —  Avec sa femme !!! —  Oh merde, un homme si bien.
– GD : Imaginez le scandale si le groupe parlementaire d’un président de la République élu grâce au barrage contre l’extrême-droite permettait de faire élire deux vice-présidents d’extrême-droite à l’Assemblée nationale ? Imaginez !
– GA : un notaire ça mange cinq usufruits et légumes par jour
– GE : Je n’ai pas l’habitude de me vanter d’aller dans des lieux de luxe, mais là je viens juste de quitter la station essence..
– OK : Ne vous embêtez pas à suivre le Tour de France, parce que de toute façon, c’est un Ukrainien qui va gagner.

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Les Fessebouqueries #587

Nous jouissons — si je puis dire — cette semaine d’une actu aussi chargée qu’une arme automatique entre les mains d’un adolescent blond du Texas qui ne sera pas le seul à la pointer (son arme) puisque l’autorisation d’en détenir s’étend. Comme celle de détenir un pénis, certes rabougri et hors d’usage vu l’âge des juges suprêmes, et de viser les ventres des femmes, ces salopes qui se permettent de faire ce qu’elle veulent de leur utérus. C’est comme si le distributeur de Coca-Cola te refusait la divine boisson une fois que tu as introduit ta pièce dans sa fente. Non mais des fois ! Heureusement qu’un journaleux nommé Zemouri (tiens, tiens) peut encore diffamer dans ce magnifique magazine le Point (final ?) pour le plus grand plaisir des cons qui gobent tout et le répercutent telles les percussions démesurées de la Fête de la Musique, on peut encore faire ce qu’on veut dans notre beau pays caniculé  dont certains citoyens ont subrepticement introduit dans la fente d’une urne un papier pour installer sur les bancs de l’Assemblée quelques présumés innocents de viols. C’est comme ça, et on n’a pas le cul sorti des rances, chères consœurs… Mais trinquons tout de même joyeusement à l’avenir qui nous offre toujours de belles surprises tintinnabulant comme de gros glaçons dans une boisson rose pâle. Tchin tchin !

– BR ou OM* : Mais du coup j’ai pas suivi, à quel moment les talibans ont envahi les USA ?
– OM : C’est magnifique tous ces fœtus américains qui vont être sauvés de l’avortement et qui vont pouvoir se tirer dessus tranquillement à l’adolescence…
– SG : L’utérus des femmes est plus surveillé que la circulation des armes aux USA.
– TA : Si on interdit le droit à l’avortement, laissez-nous au moins celui de nous ligaturer les trompes pour nous éviter de pondre des abrutis qui voteront contre le droit à l’avortement. Merci.
– NP : Arrêtez de dire n’importe quoi ! L’avortement n’est pas interdit aux USA, ça va juste être plus long et compliqué. Il faudra d’abord accoucher, élever l’enfant, le mettre à l’école et puis attendre qu’un taré vienne le tuer avec une arme achetée tout à fait légalement.
– CEMT : Gérald Darmanin : « Soutien à toutes les femmes Américaines, je suis prêt à en discuter en prenant un verre avec elles dès ce soir. »
– GB : Quand les hommes commencent à légiférer sur l’utérus des femmes c’est rarement pour le progrès.
– NP :  Il y a une certaine logique à ce que les chrétiens soient contre l’avortement de victimes de viol. Après tout, Dieu n’a pas demandé son consentement à Marie avant de l’inséminer…
– RS : Bon maintenant que le droit à l’avortement est supprimé aux USA, ils vont pouvoir se concentrer sur la réintégration de la ségrégation raciale, la pendaison pour vol de chevaux et le remplacement des médecins par des chamans.
– PR : C’est une nouvelle forme du libéralisme amerloque. La liberté d’interdire.
– MP : Le sud, dans 10 ans il fait 50°C en mai mais ils votent comme si leur problème c’était les Arabes.
– CEMT : N’empêche qu’on aurait dû accepter quand Jacques Brel voulait nous offrir des perles de pluie venues de pays où il ne pleut pas.
– NP : Il a fait tellement chaud à Biarritz qu’on aurait même vu des touristes se promener sans avoir un pull noué autour du cou.
– RS : Si on veut être positif, on vit quand même un des printemps les plus frais de ces vingt prochaines années
– OVH : Roselyne Bachelot retourne aux Grosses Têtes. Elle ferait mieux de retourner aux Gros Derches.
– FI : En tant que femme, je prends l’élection de Darmanin et de Abad comme une insulte personnelle.
– OM : Macron n’aura pas la majorité… Ça va rappeler des bons souvenirs à Brigitte.
– MGC : Je plains les profs, notamment d’éducation civique, qui auront à expliquer à des enfants comment un parti fondé par un ancien Waffen-SS, des néo-fascistes, des pétainistes et des poujadistes se retrouve en 2022 en masse à l’Assemblée Nationale pour voter des lois pour la France.
– SA : Quand la fête de la Musique a été créée, je regrettais de ne pas savoir jouer d’un instrument. Aujourd’hui, je regrette de ne pas être sourd.
– DC : C’est chouette, la fête de la musique ! Trois orchestres me parviennent dans une joyeuse cacophonie douteuse. On se croirait dans la nouvelle chambre des députés !
– DA : Tous les couillons qui ont voté RN le prenant pour un parti d’opposition et qui découvrent que c’est une succursale de LREM avec juste le racisme plus visible !
– RO : On vit dans un pays fantastique dans lequel Woerth, qui trempe dans des magouilles de tous les côtés, donne son avis sur qui il faut placer à la Commission des Finances. N’hésitez pas à demander son avis à Francis Heaulme sur la protection de l’enfance.
– SK : Il y a des gens qui attendent des postes fixes depuis plus de dix ans dans l’éducation nationale mais Blanquer a le droit de bénéficier d’une création de poste dans le supérieur rien que pour lui. La chantilly c’était trop gentil, c’est des cailloux qu’il faut leur lancer.
– MC : Blanquer, le seul poste qu’il aura créé à l’université c’est le sien.
– OM : L’emmerdant c’est que maintenant quand on te dit « mais tu sais, le membre du gouvernement accusé de viol », tu sais toujours pas de qui il s’agit.
– MR : Evénement : mon stagiaire a coincé deux capsules dans la machine à café; on a immédiatement monté une équipe projet en mode agile pour construire une roadmap visant le décoinçage desdites capsules et un plan de test rigoureux à la suite ; c’est un succès.
– AR : Le Point : « Jean-Luc Mélenchon surpris en train de manger un enfant ». Le Point, 12 heures plus tard : « Ah non pardon on s’est gouré, c’était juste une côtelette d’agneau, désolé, on aurait dû vérifier en détail avant la publi ».
– ME : Selon le journal Le Point Melenchon aurait eu un atelier clandestin de 200 Maliens dans la cave de son hôtel particulier. Les travailleurs devaient fabriquer du Doliprane à des cadences folles. Ils étaient enchaînés et fouettés s’ils ne produisaient pas assez.
– CEMT : Le Point accuse Philippe Poutou d’obliger son majordome à nettoyer sa Rolls pour un salaire inférieur au SMIC.
– EM : Entendu au rayons fruits et légumes :  — Prends des avocats. On va faire du gargamol. Ton frère aime bien.

* Il arrive que je trouve le même post chez des personnes différentes. Qui plagie ? Va savoir, Nanar…

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Quel foutoir, sa vie !

C’est ce que signifie Ma vie balagan, mot hébreu ou yiddisch ou encore issu du russe. C’est feue la délicieuse petite bonne femme qu’était Marceline Loridan-Ivens qui évoque des épisodes marquants de sa vie faite de très hauts et de très bas.
Juive, elle fut déportée à l’âge de 15 ans à Auschwitz-Birkenau, perdit son père adoré et beaucoup d’autres membres de sa famille comme elle déportés, mais l’optimiste toujours la mena par le bout du nez. Au détour de diverses anecdotes qui remontent à sa mémoire, elle livre les atrocités des camps dont elle fut victime et témoin et ses façons quelques peu originale d’échapper à ces horreurs en racontant toutes sortes d’histoires, en aidant les plus faibles, en s’intéressant aux autres. Et confirme que c’était irracontable, c’est pourquoi, lors de leur retour, les rescapés cessèrent d’en parler : personne ne voulait les croire.
Mais Marceline ne se laisse pas aller à la nostalgie. Elle lit, elle se met au travail et, chemin faisant, découvre la formidable liberté des jeunes à Saint-Germain-des-Près. Elle se mêle à eux, se nourrit de leur culture, de leurs connaissances et de leur entrain. Elle y vit beaucoup la nuit, elle adore le jazz et danser le bop. Et un jour, elle rencontre celui qui deviendra son premier mari dont elle a gardé le nom : Loridan, mais plus tard, elle refusera de le suivre sur ses chantiers dans les pays étrangers. Pas question de quitter la folle ambiance rive gauche.
Elle s’engage en politique, s’intéresse de très près à la guerre d’Algérie, transporte des valises pour le FLN, découvre Brecht et Jean Vilar. Par le manque d’études, elle se rend compte qu’elle est sous influence des intellectuels, principalement des hommes mais  son culot, son humour et sa détermination en font une femme forte. Elle sera dans la lutte pour l’avortement et son nom fera partie des 343 salopes.
Elle rencontre des gens de cinéma qui vont la faire avancer. Notamment Jean Rouch, grâce à qui elle va faire la connaissance d’un cinéaste important, de trente ans son aîné : Joris Ivens. Un amour puissant qui va lui faire parcourir le monde, la Chine surtout, et dédier sa vie au cinéma, celui de son homme et aussi le sien.
Elle nous raconte son amitié avec Simone Veil qui vivait aussi dans le même camp, leurs retrouvailles, leur entente mais aussi leurs différences.
Elle parle d’événements essentiels et traumatisants que le cerveau masque pendant des années et qui reviennent un jour tout bouleverser, comme son emploi au camp qui était de creuser des trous pour enfouir les morts. Elle dit aussi avoir un regret inconsolable : son père, prisonnier dans un autre camp, lui avait fait parvenir une lettre qu’elle a lue et relue puis planquée mais qui a été perdue dans ses pérégrinations. Dès lors, elle n’a plus pu se souvenir de ce qu’il lui avait écrit, et c’était le dernier contact qu’il a eu avec elle. (Elle lui a consacré un livre formidable.
Ce livre, écrit lorsqu’elle avait soixante-dix-huit ans, avec l’aide d’Elizabeth D. Inandiak, fourmille d’histoires, de moments, de réminiscences parfois très drôles, à son image, joyeusement bordélique. Un grand moment d’humanité par un petit bout de femme à l’énergie contagieuse. Elle s’est éteinte en 2018, à quatre-vingt-dix ans.
(Voir aussi son magnifique livre où elle évoque l’amour après, sous-entendu les camps)

Ma vie balagan par Marceline Loridan-Ivens, 2008. Editions Arion Robert Laffont (poche). 266 pages, 9 €.

Texte © dominique cozette

Les Fessebouqueries #586

Dernière semaine avant fermeture des urnes ! Bizarrement, sur le ring, il n’y a plus que deux gros catcheurs, le petit roi et le râleur en chef. Car la blonde a été virée, elle n’est plus le terrible repoussoir qui fait craindre le pire. Remarquez, ce n’est qu’une simple femme. Au gouvernement, on nomme ministres des mecs qui les soi-disant maltraitent, des menteuses sûrement, ou alors elles l’ont bien cherché. Ou alors faut attendre que la justice se prononce. Dans quelques années. Avec 97% de relaxe pour les agresseurs (décontractés du gland, forcément). Bourdin lui, l’a été, viré. De BFMTV, comme quoi, il y a encore, dans des boîtesqu’on imagine intermopes, une certaine éthique. Et toc. A part ça, le ronron pré-scrutin, langues de bois, langues de putes, coups fourrés, coups foireux, coups de sang, coups bas, on verra qui aura le mieux tiré son coup. Et puis l’actualité qui fait pleurer, la disparition de Trintignant sur laquelle personne n’a vanné. Ouf. Quant à la canicule, paraît qu’en plongeant son coude dans l’eau fraîche, on le rafraîchit. Avec tous les éternuements qu’il s’est pris, il a bien mérité ce soin. Bon WE à vous, si le rosé est au frais (truc de vieux), je suppose que la bière aussi (truc de jeune). Alors tchin à vous toustes et votez dans le bon sens !
(Image twittée par Benoît Le Cam. Il ne dit pas qui en est l’auteur).

– SK : Macron pourrait être filmé en train de manger des chatons bouillis dans du champagne, il y aurait toujours un mec pour venir te dire que c’est mieux que de voter pour un dangereux communiste qui propose d’augmenter le SMIC.
– RR : N’oubliez pas que les musées et les cinémas sont aussi bien climatisés que les centres commerciaux.
– CEMT : Dépêchez-vous quand même d’aller voter parce que, ok il n’y a pas grand monde, mais les gendarmes qui vous posent des questions juste après, ça prend deux heures.
– EC : Les gendarmes auraient conseillé à Laura de prendre exemple sur Nathalie Saint-Cricq ou Léa Salamé. « Tu vois, elles, elles ne posent pas des questions qui dérangent le président »
– CEMT : Gérald Darmanin : « Bon, on a déjà 13 870 lycéens qui ont répondu NON à « revient-il à l’Etat de décider ce qui est juste », on interpelle ! »
– PA : Nymphomane : Terme utilisé par certains hommes pour désigner une femme qui a envie de faire l’amour aussi souvent qu’eux.
– PI : J’ai rien contre les araignées chez moi mais je pense qu’au-delà d’un certain diamètre, il doit y avoir participation au loyer.
– SA : Désormais, Jean-Michel Blanquer ambitionnerait de devenir maire d’Ibiza. Le souci, c’est que Manuel Valls est déjà sur les rangs.
– MK : Vu le nombre d’ânes au gouvernement, pourquoi le parti animaliste et LaREM n’ont-ils pas fait liste commune ?
– JF : Avis de recherche : on recherche activement les mots « salaires » et « augmentation » dans les discours de Pap Ndiaye.
– BNC : Élisabeth Borne prévient fermement : « À la 15e accusation d’agression sexuelle ou de tentative de viol portée à l’encontre du ministre Damien Abad, il recevra un avertissement. Au bout de trois avertissements il sera convoqué dans mon bureau.»
– DC : Lors d’accusations de viol, en face de présumé innocent, il faudrait toujours inscrire présumées menteuses. Puisque ça revient à cela.
– RT : Moi, ce que je retiens, c’est que dès qu’on demande à Macron de préciser son programme, il prend l’avion et il se barre à plusieurs milliers de kilomètres.
– CEMT : Les trucs dépassés qui ont fermé cette semaine : – Les cryptomonnaies. – Internet Explorer. – Le parti d’Eric Zemmour. – Manuel Valls.
– DC : Mélenchon tape sur Macron, Macron tape sur Mélenchon, Et LePen ? Elle tape sur des bambous et c’est numéro un ???!!!
– SP : Macron, le soi-disant écolo qui fait un discours en laissant tourner les réacteurs de l’avion présidentiel, le tout alors qu’une vague d’extrême chaleur arrive sur l’Europe.
– CEMT : — Voter NUPES est-il un danger pour l’humanité ? —  Pourquoi Macron est-il notre meilleur président de tous les temps ? — Décrivez votre futur boulot chez McDo.
– OM : « Des sirènes d’alerte entendues à Kiev une heure après l’arrivée d’Emmanuel Macron »(BFM). Après, on nous aurait posé la question, on aurait prévenu que depuis qu’il était arrivé, ici aussi on avait que des emmerdes…
– DC : Macron voyageant en Europe de l’est découvre le train. Et s’étonne que son luxueux wagon ne soit pas arrivé plus vite que les autres !
– GP : Va faire vraiment chaud, ce matin j ai vu passer des moustiques en string !
– EB : URGENT ! Un homme interpellé après avoir tenté de brancher sa voiture électrique sur Élisabeth Borne.
– RS : Je sais de source sûre que mon beauf compte bien poser deux trois questions gênantes à Emmanuel Macron. Ça serait quand même dommage que les gendarmes viennent au 31 rue des acacias à Caunette-sur-Loquet. en face de la poste, portail bleu.
– OK : Dans le train j’entends une discussion : « Dimanche avec la canicule et la reprise de l’épidémie de covid, les vieux n’iront pas voter. Macron est foutu. »
– NP : De toutes façons la canicule c’est une fête commerciale inventée par les vendeurs de climatisation.
– SF : Ils ne savaient pas pour Abad comme ils ne savaient pas que Poutine allait envahir l’Ukraine. C’est plus ce que c’était McKinsey !
– CEMT : Kevin Spacey, accusé d’agressions sexuelles au Royaume-Uni, laissé libre. Il va pouvoir prendre la nationalité française et entrer au gouvernement.
– FC : « Je n’ai pas lu cet article, mais je ne suis pas d’accord avec ce que j’ai imaginé qu’il pourrait dire ».
– MK : Bientôt le retour de la moutarde en rayon. Avec Mélenchon la vie redevient possible !
– RS : Vu le réchauffement climatique, je me demande si je vais pas acheter un mas provençal vers Perros-Guirec
– CEMT : Si Jean-Jacques Bourdin est viré, qui va interviewer Damien Abad ?
– OM : Bordel maintenant même BFMTV donne des leçons de moralité à Emmanuel Macron…
– JB : Quelqu’un a des nouvelles de Roselyne Bachelot ? À l’occasion, elle est restée Ministre de la Culture et personne ne s’en est aperçu, comme quand elle était Ministre de la Culture !?!!
– OR : J’avais déjà remarqué que les filles n’avaient pas les mêmes poumons que nous mais, là, je me demande si elles ne respirent pas par le nombril compte tenu de toutes celles qui ont le ventre à l’air pendant qu’on suffoque.

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Encore un autre monde de Mayliss

Lire Un Monde à portée de main de Mayliss de Kerangal, c’est flotter sur un océan de poésie. Sa littérature est indicible de joliesse d’autant qu’ici elle nous inroduit dans le monde merveilleux de la matière brute que nous ne savons pas, ou peu, regarder, à savoir, le marbre, le bois, les pierres et bien d’autres qui font notre environnement naturel lors de nos sorties. Pourquoi ces descriptions ? Parce qu’elle nous embarque dans l’univers des copistes, des faussaires de la réalités, des peintres ou artisans qui créent trompe-l’œil, décors, reproductions de grottes… Elle nous y plonge littéralement et on sent la somme de temps passé auprès des étudiant.es moulu.es par les journées d’apprentissage et de pratique sans fin, sans pause, sans pitié dans cette grande école bruxelloise. On y fait connaissance avec les instruments utilisés, les techniques appliquées, les différentes familles de marbres ou autres matériaux plus ou moins nobles, on y découvre surtout un vocabulaire étrange, fleuri, boisé, parfumé ou très sec, rude et sauvage. Une merveille.
J’apprécie énormément cette plongée rare mais suis consciente que ça puisse en déconcerter certains, peut-être il faut aimer l’art dans toute sa nuance pour s’en délecter.
Les protagonistes de cette histoire sont principalement Paula, une jeune dilettante qui trouve subitement sa voie ici, par hasard presque, malgré le harcèlement que la discipline lui fait subir : fatigue musculaire, manque de sommeil, douleurs corporelles, insatisfaction permanente, isolement. Elle a presque tout coupé avec ses potes de bar et ses parents restés à Paris. Son coloc, un personnage celui-ci, n’est pas forcément le type idéal sauf qu’il n’est pas question de perdre du temps en coucheries. Mais peu à peu, ils se découvrent, s’apprécient, et forment un trio-cocon avec une autre étudiante.
Puis, séparation irrémédiable à la fin du cycle, chacun pour soi dans le vaste monde de la copie. Il va être question de recherche de contrats, de boulots à l’étranger, notamment à Cinecitta qui n’est plus la capitale du cinéma italien mais un agglomérat de studios de téléréalité et de séries B. N’empêche que son immersion dans cette cité où vivent les fantômes felliniens nous apprendra encore beaucoup de choses sur cet art décadent.
Puis ce sera un immense chantier pour créer la réplique parfaite, grandeur nature, de Lascaux, un travail de titan, de dingue qui nous en apprendra bien long sur les procédés et les artistes de la préhistoire.
Ce drôle de roman reste, pour moi, un documentaire pointu, extraordinaire sur le travail riche et pointilleux des « faussaires » qui, tout en nous montrant l’envers (l’enfer) du décor, nous entraînent dans une vaste réflexion sur le temps. Epoustouflant. Mais quelque peu ardu pour qui n’apprécie pas les  descriptions précises.
NB : Mayliss de Kerangal a écrit, entre autres très bons livres, Naissance d’un pont et Réparer les vivants, sur les greffes d’organes.

Un Monde à portée de main de Mayliss de Kerangal, 2018 aux éditions Verticales. 286 pages, 20 €

Texte © dominique cozette

Tout Edmonde


Avant d’attaquer Edmonde, l’Envolée sorti cette année, j’ai fait connaissance avec Edmonde Charles-Roux, cette grande bourgeoise libre et brillante dans le premier livre que Dominique de Saint Pern lui a consacré. Ainsi, je ne perdrai pas une miette de la vie extravagante et originale de cette fille d’ambassadeur ayant vécu dans de nombreux pays, parlant plusieurs langues, charmante même si moins belle que sa sœur Cyprienne, paraît-il.
On commence en 1938 à Rome. De bal en bal, de réception en réception, elle se lie avec tout le gratin de l’aristocratie et elle rencontre celui qui va devenir l’homme de sa vie, grand, beau, courageux, érudit… mais non, cela ne se fera pas : il partira à la guerre et sera vite tué. Le père d’Edmonde, lié aux puissances italiennes elles mêmes amies avec un certain Hitler, va couper les liens avec ces fâcheux et ramenera sa filles à Marseille, un des lieux où vivait sa grand-mère. Tandis que sa sœur reste proche des chemises noires, par amour ou aveuglement.
Les (més)aventures de la famille seront détaillées dans ce premier tome, les passe-droits mais aussi la droiture, les compromissions de certains, les morts par exécution. Edmonde ne peut rester passive aussi s’engage-t-elle comme infirmière sur les champs de bataille. Elle résiste plutôt bien aux horreurs auxquelles elle est confrontée, la pourriture de la guerre, et se voit décorée. Lorsqu’elle revient, ou entre deux missions, elle va se distraire à Paris où elle charme un autre soupirant sérieux, alors que le maréchal Delattre a besoin d’elle. Elle ira aussi skier et s’amuser à Megève pour oublier la guerre.
Le livre s’arrête à la fin de la guerre. Edmonde est sur le rebord de sa vie, ne sachant pas vraiment ce qu’elle va en faire. En attendant, on aura eu droit à toutes les histoires de l’Histoire et aux anecdotes mondaines de cette époque bouillonnante, créative, intellectuelle.

NB : la façon de raconter vaut autant que les faits, c’est écrit d’une manière tellement vivante et anecdotique que chaque paragraphe est un vrai régal. Idem, sinon encore plus, pour le deuxième tome.

Edmonde, l’Envolée toujours par Dominique de Saint Pern, nous livre la suite et fin de l’incroyable existence d’Edmonde Charles-Roux, femme libre, curieuse, aventureuse, audacieuse, que rien n’arrête. Et chanceuse aussi. Car à la fin de la guerre, au lieu de profiter de la chance d’être nantie, de se trouver un beau parti et de faire des gosses dans le confort d’une vie bourgeoise, elle veut se rendre utile, travailler, se servir de son cerveau. Et tape dans l »œil des Lazareff lors d’une soirée — elle va dans TOUTES les soirées où il faut être — et ils l’engagent dans leur tout nouveau magazine ELLE, à la rubrique chiens écrasés. Mais sa personnalité lui fait grimper les échelons, elle s’allie à l’encore anonyme Robert Doisneau pour concocter ses articles, lancer des modes, rendre sexy et désirable ce jeune magazine.
Mais voilà-t-il pas que Condé-Nast la remarque et lui offre un super poste chez Vogue dont elle deviendra vite la directrice. Vie encore plus ultra-mondaine si c’est possible, bonjour ! Si vous aimez les gossips, vous allez être servi.es ! Entre les people et artistes de tous bords qu’elle fréquente, qu’elle fait découvrir, avec qui elle fonde une amitié éternelle, elle nous donne le tournis. Et ses amants ! Si chancun sait qu’elle se donne à qui lui plaît comme le chante BB, on ne les connaît pas tous, alors en voici quelques-uns avec qui elle s’affiche sans complexe : Orson Welles, le peintre André Derain, François-Régis Bastide, Maurice Druon, le Général Oufkir.
Et puis, comme si elle n’avait pas assez à faire dans sa vie foisonnante,  elle écrit. Elle a énormément d’amis dans l’édition, n’empêche qu’elle possède une belle plume et qu’elle reçoit le Goncourt pour Oublier Palerme. (Je ne l’ai pas lu).
Sa vie ne se résume pas en ces quelques modestes lignes : ses aventures professionnelles, familiales, sociales sont passionnantes et ne seront pas freinées quand elle partagera un amour incandescent et total avec Gaston Defferre. Il va lui ouvrir les plus grandes portes de la politique. Elle n’arrête pas pour autant de vivre de façon trépidante, d’écrire, de se placer, d’ourdir, de manigancer mais en tout bien tout honneur, pense-t-elle. Et nous suivons son parcours haletant qui ne sera stoppé que par sa mort. Comme on dit : une vie bien remplie. Deux livres qu’on ne lâche pas !

Edmonde par Dominique de Saint Pern, 2019 au Livre de Poche, 334 pages, 7,70 €.
Edmonde, l’envolée par Dominique de Saint Pern, 2022 aux Editions Stock, 430 pages, 22 €.

Texte © dominique cozette

Les Fessebouqueries #585


Je ne dis pas que l’actu de cette semaine est à se tordre ou alors de douleur et d’indignation mais il faut reconnaître qu’il est plus facile de porter plainte quand on est ex-ministre enchantillé que quand on est morte de balles policières dans la tête. C’est plus facile aussi d’envoyer des lacrymos dans la tronche des gens qui voulaient juste voir un match ou aux victimes d’une panne de train gare de l’Est en petite bousculade à l’abord des cars, oui et plus facile aussi d’envoyer des gendarmes dans l’école où Laura a posé une question gênante à Macron. Tout ça fait peur alors pour nous apaiser, on nous retire le guignol valseur de la politique, on ferme les urgences comme ça plus besoin d’y aller donc si on va pas aux urgence, c’est qu’il n’y a rien de grave, et on nous annonce en une de Libé que Mélenchon ne mange pas les petits enfants, ouf. Tout ça nous rassérène bien et nous enjoint fortement à trinquer pour fêter ces événements. Alors, gling-gling glaçons, tchin-tchin, friends, bon week-end et bonnes urnes !

– FS : On vit dans un pays où quarante-et-une armes, cent-vingt-mille munitions sont retrouvées chez des néonazis dans l’indifférence totale des médias et où l’envoi de mousse à raser sur la tête d’un ancien ministre fait le tour de la presse.
– CEMT : Didier Lallement : « Il n’y a aucun risque à croiser la police. Du moment que vous êtes vous-même policier, ça passe tout seul. »
– OR : Indiscrétion : on me dit que la préfecture de Paris a commandé des bombes de mousse à raser pour les prochaines manifestations et pannes de train. La violence monte d’un cran. La peur va changer de camps.
– OP : Jean-Luc Godard avait refusé de porter plainte contre son entarteur, mais vous avez le droit de préférer les films de Jean-Michel Blanquer.
– ME : Spectateurs mal canalisés autour d’un stade ? Pschittt. Voyageurs se bousculant pour prendre un bus ? Pschittt. Un manifestant qui manifeste ? Pschittt. Un migrant qui plante sa tente ? Pschittt. Un journaliste qui filme un policier qui pschittt ? Pschittt.
– GD : Rappel des trois grands principes du maintien de l’ordre « à la française » : — balancer  — au hasard  — du gaz lacrymogène.
– OP : Churchill promettait de la sueur et des larmes, Macron promet du seum et des lacrymos.
– CEMT : Ah ok, en fait quand Macron a dit que tout le monde aurait du gaz pas cher, il fallait comprendre dans la figure.
– DB : Suite à l’exclusion de la Russie des événements culturels et sportifs mondiaux, la France récupère l’organisation de la coupe du monde des violences policières.
– SE : Maintenant, si je puis me permettre, j’ai un petit « love conseil » pour Johnny Depp. Cher Jo, arrêtez la cocaïne, l’alcool, les antidouleurs, la MDMA et surtout les actrices de moins de trente ans qui s’appellent « Ambre » par exemple. N’hésitez pas, désormais, à jeter un oeil à Jacky, cette conseillère bancaire de 54 ans assise six jours sur sept derrière son guichet et qui vous adore. Je ne serai pas toujours là pour assurer votre défense dans les diners en ville.
– BG : C’est où le pot de départ de Valls ? Il a supprimé son compte sans que j’ai le temps de noter l’adresse.
– SO : Manuel Valls a perdu en France, à l’étranger, et même en France à l’étranger, c’est incroyable, c’est vraiment un turbo-loser.
– BB : Très heureux de voir que Manuel Valls est finalement pour la retraite à 60 ans. Il a même deux mois d’avance.
– MP : « Amélie de Montchalin appelle « tous les Français à ne pas surutiliser leur climatisation » qui « consomme beaucoup d’énergie ». Elle demande également aux Français de ne prendre l’avion qu’une fois par semaine, pour limiter la consommation de kérosène, et de ne pas manger de homard a chaque repas pour limiter la surpêche de homard. »
– OM : Ne soyez pas naïfs, si Valls se retire de Twitter c’est certainement pour se présenter sur Facebook.
– RR : Dans le monde d’hier, quand on essuyait une défaite cinglante, on quittait la vie politique. Dans le monde d’aujourd’hui, on quitte Twitter.
– OK : Valls, il lui reste l’élection Miss France.
– CEMT : Finalement le seul endroit où Manuel Valls n’arrive pas à s’incruster c’est dans les urnes.
– SA : Voilà, j’espère que Johnny Depp ne sera plus Amberdé.
– GB : Un mois et demi de campagne côté majorité ça se résume à un scandale sexuel au gouvernement, des lacrymos sur des supporters anglais et passagers de bus, un « communiqué de presse » de Macron à la presse régionale, l’imminence des chars soviets à Paris et l’indignation sur « bonhomme » Programme de rêve.
– GE : La police tue une femme d’une balle dans la tête, mais le scandale c’est que Mélenchon ne trouve pas ça normal.
– PF : Tout est inversé en Macronie : Bonhomme = insulte irrespectueuse. Emmerder = mot affectueux.  Main arrachée = maintien de l’ordre. Crème chantilly = violence aggravée.
– GB : Il y a un mois et demi, tout l’aréopage LREM draguait la gauche dans l’entre-deux tours lui expliquant combien elle était indispensable à la survie de la démocratie de ce pays. Six semaines plus tard, les chars soviétiques sont aux portes de Paris et le Venezuela nous guette.
– GB : Imagine tu meurs d’une balle dans la tête en étant passagère d’une voiture après un refus d’obtempérer et immédiatement on se jette sur ton CV pour savoir si c’était pas mérité finalement. Parce qu’après tout on ne sait jamais au cas où. Une peine de mort à rebours. Impressionnant.
– BR : Mais si la police ne tue pas, qui a tué la passagère de 21 ans ?
– SA : Le problème avec des parents hétérosexuels, c’est que tu n’es jamais vraiment sûr d’avoir été désiré.
– CEMT : Elisabeth Borne : « Je le dis très clairement, si vous n’avez pas de bras, vous n’aurez pas de chocolat ! »
– DC : Quoi ??? J’apprends que Hollande et Gayet se sont unis devant le maire ? Et que le PS n’était pas invité ? Ah, si, pardon, il y avait seize personnes.
– GD : Encore un effort et on va nous expliquer qu’une victoire de la gauche provoquerait des nuées de sauterelles, des pluies de grenouilles et la transformation de l’eau des fleuves en sang.
– OM : Je ne comprends pas, si Mélenchon est un si grand danger pour nous, pourquoi c’est à l’extrême-droite qu’il a fallu faire barrage dès le premier tour ?
– CEMT : Didier Lallement : « D’abord je voudrais demander aux sénateurs présents s’ils ont des billets valides, sinon je serai forcé de balancer les lacrymos. »
– PA : —  Ça te sert à quoi de rentrer ton ventre quand tu montes sur la balance ? —  À voir le cadran. D’autres questions ?
– CEMT : Macron : « Je vous rappelle que les promesses que je fais aux syndicats aujourd’hui s’autodétruiront mystérieusement dans 8 jours. »
– NP : Je comprends pas : on n’a plus les vidéos de surveillance du Stade de France alors qu’elles auraient été utiles, mais on a encore Lallement et Darmanin alors qu’ils ne servent à rien… On a de drôles de priorités dans ce pays.
– NMB : Pas trop étonné qu’ils aient effacé les images du Stade De France, le match a commencé en retard et il n’était pas terrible.
– GD : « Les images de vidéosurveillance ont été automatiquement effacées » is the new « le chien a mangé mes devoirs ».
– PA : En ce qui concerne la variole du singe, je tiens à vous rassurer : aucun risque d’aller aux urgences. Y’en a plus !
– GD : Mais si, il existe forcément un cadre légal permettant à la gendarmerie de réprimander en plein cours une lycéenne ayant interpellé le président de la République, hein ? Dites ? N’est-ce pas ?
– AP : Quand quelqu’un commence sa phrase par « Force est de constater que », on ne peut que le prendre au sérieux. C’est prouvé. Scientifiquement.
– DC : C’est pas parce que tu es accusé d’avoir violé deux femmes et que tu t’es opposé au mariage pour tous que tu ne pas être nommé ministre des solidarités. Ce coup-ci, ça dépasse les Borne., monsieur Abad.
– GP : Des bénévoles à l’accueil des hôpitaux. Demain c’est moi qui opère, j’ai de l’expérience, j’ai vu tous les épisodes d’Urgence.
– RT : —  Il n’y a pas de ministre du logement ? —  Non mais il y a Darmanin, il peut rendre service…
– ES : Affaire Abad : Macron se sent tellement en confiance qu’il a choisi de démarrer son second quinquennat avec un gros Handicap.
– SB : Il faut cesser de porter « Angel » de Thierry Mugler, merci.

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RAPPEL : Je collecte au long de la semaine les posts FB et les twitts d’actu qui m’ont fait rire. Les initiales sont celles des auteurs, ou les premières lettres de leur pseudo. Illustration ou montage d’après photo web © dominique cozette. On peut liker, on peut partager, on peut s’abonner, on peut commenter, on peut faire un tour sur mon site, mon blog, mon Insta. Merci d’avance.

La terroriste de Deauville

Vanessa Schneider, grand reporter au Monde, retrace une partie de la vie de Joëlle Aubron, activiste, terroriste et meurtrière durant les années 80, dans le giron du groupuscule d’extrême-gauche Action Directe dont le projet général était de mettre à bas le capitalisme. Si elle a intitulé son livre La Fille de Deauville c’est parce que Joëlle Aubron avait reçu la mission d’y entrer en contact avec le célèbre terroriste Carlos. Issue d’un milieu bourgeois, contrairement à ses collègues Rouillan et Ménigon, elle présentait bien et pouvait passer inaperçue quand les circonstances l’exigeaient.
Joëlle est donc une jeune fille bien mais, après échecs au bac, dépitée, elle plaque ses parents pour vivre dans des squatts, les plus pourris de Paris ou d’ailleurs. C’est là que commence sa grande aventure, en se liant avec des activistes confirmés qui vont la former au combat puis au maniement des armes. De hold-up en actions diverses en passant par la calamiteuse distribution de tracts qui valident leurs idées, leur vie est une fuite permanente pour échapper à la traque. Ils ont un lieu de repli, une vieille ferme en pleine campagne, tellement isolée qu’il est difficile voir impossible pour la police d’y accéder discrètement.
N’empêche que, arrêtée une première fois pour détention d’armes, Joëlle se retrouve en prison où elle serre les dents. Elle est une guerrière oui ou non ? Puis lorsqu’elle ressort, Action Directe se radicalise. On passe aux choses sérieuses, on tue des militaires de haut rang, on assassine des capitaines d’industrie.
La traque, c’est un policier qui la mène depuis des années. Ce groupuscule le met en rage et il est obsédé par cette fille, gracieuse, qu’il ne comprend pas. Il sacrifie sa vie entière, ses loisirs, ses amours, ne la lâche pas même si parfois sa hiérarchie s’intéresse moins à eux. Non, lui, il ira jusqu’au bout. Ce flic est un héros fictif mais tout le reste est vrai, bien que romancé. Les crises, les relations entre les membres, leur état d’esprit est soigneusement documenté et le résultat est autant un livre de suspense qu’un roman vaguement sentimental. Il se termine lorsque les participants d’Action Directe, ils sont très peu, sont arrachés de leur ferme. Joëlle sera condamnée à la perpétuité mais, atteinte d’un cancer à la tête, sera libérée dix ans plus tard avant de s’éteindre. Elle n’aura pas beaucoup parlé.

La Fille de Deauville de Vanessa Schneider 2022 aux Editions Grasset. 268 pages, 20 €.

Texte © dominique cozette

Si, les femmes ont des histoires, la preuve

Les femmes n’ont pas d’histoire, le premier roman d’Amy Jo Burns, n’est pas la traduction du titre américain qui est Shiner, référence à Moonshine, un whisky de contrebande, fabriqué dans les montagnes sauvages des Appalaches, où vit Wren, une jeune fille de quinze ans, avec sa mère et son père et non loin, mais pas trop près non plus,  la famille d’Ivy, meilleure amie de sa mère, qui a quatre fils et un mari imbibé. Qui fabrique le whisky.
C’est un récit âpre dans ce désert luxuriant propice à aucune incursion. Le smartphone comme l’ordinateur n’y ont pas droit de cité. Il faut aller à la ville, une bourgade, pour voir du monde et des choses. Mais pas grand chose.
Le père de Wren est un taiseux dont l’aura vient du fait qu’il est porteur de serpents, un don important pour un prêcheur, qui tend à disparaître. Il garde ses reptiles dans une cabane interdite. Ce sont de dangereux spécimens dont la morsure entraîne la mort.
Les deux mères, Ruby et Ivy sont inséparables depuis leurs années scolaires. Ivy est venue à contrecoeur s’installer ici avec celui qu’elle a épousé vite fait pour continuer à fréquenter Ruby qui a été mariée aussi très jeune, au prêcheur, homme séduisant mais très malsain.
Ce roman est en trois partie : le temps présent, riche en événements, blessures, mystères de toutes sortes, découverte de la sensualité pour la jeune fille. Quand on vit dans un monde clos, vaste et sauvage, beaucoup d’aventures vous attendent au coin du bois. Et pas que des bonnes.
La deuxième partie est un flash-back où l’on vit avec Ivy et Ruby adolescentes, leurs petits secrets, leurs mésaventures amoureuses ou sexuelles parfois très graves qui vont forger le destin que l’on connaît déjà.
La troisième partie est la confession d’une morte, une des deux mères disparues tragiquement, en fait toutes les questions que se pose Wren sur son histoire, ce qu’il s’est passé, la vie de ses parents. Elle y aura la révélation importante d’un ami des mères qui éclairera quelque peu les secrets qui empoisonnent sa vie. Une chose particulièrement : lorsque sa mère est morte, elle avait commencé une lettre à sa fille « Wren, je voulais te dire » mais n’a pas pu la continuer. Wren trouvera alors la « confession » d’Ivy, piste ténue de la résolution complète d’une existence border line.
Très très beau roman, touffu comme la forêt, accidenté et, pour nous, urbains inconscients, riche de toutes sortes de descriptions ou de faits propres à ces contrées inhabitées, dans la grande tradition de certains romans américains.

Les femmes n’ont pas d’histoire par Amy Jo Burns, 2020. Traduit par Héloïse Esquié. Aujourd’hui en poche chez 10/18. 310 pages, 8,20 €

Texte © dominique cozette

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