Les secrets de ma mère est le troisième roman de Jessie Burton, autrice britannique populaire experte en tricotage de grand romanesque. Et ce n’est pas peu dire. On est pris très vite dans cette quête désespérée de Rose, jeune femme abandonnée par sa mère tout bébé. Sa mère qui a disparu sans laisser aucune trace mais dont certains indices laissent à penser qu’elle ne s’est pas suicidée. Un des côtés plaisants de ce livre est de nous balancer de l’année 1982 à l’année 2017, un coup à Los Angeles, l’autre coup à Londres. Et d’y dessiner le parallèle des vies de deux femmes qui se sont si peu connues.
Ça commence, en 1982 à Londres, avec Elise, 23 ans, plutôt effacée, qui tombe sous le charme de Constance Holden, alias Connie, une écrivaine déjà connue sauf d’Elise. Elise, dont on peut penser qu’elle n’est pas vraiment homosexuelle, se laisse porter par cette vague d’amour que lui prodige cette femme sûre d’elle, élégante, séduisante. Elle vient vivre chez elle jusqu’à ce qu’on apprenne à Connie que son premier roman va être adapté par une grosse production d’Hollywood, avec un casting d’enfer. Et qu’on lui offre de venir s’y installer le temps du tournage. Ni une ni deux, elle saute dans l’avion avec sa jeune amie, ravie de la tournure que prend sa vie. Et là, dans la magnifique villa avec piscine qu’on leur a prêtée, c’est la fiesta, le défilé des people, le bling-bling tonitruant. Qu’est loin d’apprécier Elise, timide, jalouse, voyant son amoureuse s’éprendre de cette vie clinquante et surtout de la magnifique actrice qui joue le premier rôle.
Alors, pour faire diversion, elle pose pour une artiste, qu’elle aime beaucoup, amie de Connie, et dont le mari, Matt, ne fait pas grand chose d’autre que du surf. Elle va donc apprendre aussi le surf avec lui. Elle aimerait pourtant tellement rentrer à Londres avec Connie ! Comme celle-ci ne semble pas s’y préparer, Elise va commettre un acte qui va changer le cours de la vie de toutes ces personnes.
En 2017, Rose s’apprête à quitter son père Matt, qui l’a élevée seul après la disparition d’Elise et qui vit maintenant en couple. Ils se sont installés en Bretagne, elle doit retourner à Londres. Le dernier jour, Matt lui donne deux vieux livres, en fait ce sont les deux seuls romans écrits par Constance, puis lui apprend que cette femme a bien connu sa mère. Sauf qu’il ne veut pas en dire plus, il se refuse à parler de leur histoire, trop pénible, jamais digérée. A partir de cette information, Rose se met en quête de rencontrer Connie, femme âgée maintenant, plus ou moins recluse, refusant le contact. Cependant, suite à un subterfuge hasardeux, Rose sera engagée chez elle sous un faux nom, comme femme de compagnie, dactylo, aide diverse. Elle vit alors avec un type sympa vaguement hippy qui ne réalise jamais son projet un peu stupide de food-truck tandis que son camion rouille. Rien ne se construit entre eux deux, elle gagne un peu d’argent en tenant un bar de copains et lui écrit quelques scenarios. Plus le temps passe, plus les deux femmes s’apprécient — Rose s’installe chez Connie — mais moins Rose trouve le cran de l’interroger sur sa mère, subodorant par quelques vagues apartés que Connie ne supportera pas cette intrusion.
On voit donc d’un côté se développer la genèse de toute l’affaire, les relations entre Connie, Elise, Matt et sa femme, puis la petite graine du bébé, et de l’autre, c’est une enquête à la première personne où l’on accède juste par la vision de Rose. A la fin, on apprendra pourquoi et comment ces amours et amitiés ont explosé. La fin est impressionnante. C’est palpitant, c’est foisonnant, c’est un bain d’émotions que nous offre ce livre magnifiquement romanesque.
Les secrets de ma mère de Jessie Burton, (The confession 2019), 2020 pour la traduction de Laura Derajinski, aux éditions Gallimard. 508 pages, 23 €.
Oh, une femme à poil ! Si encore elle était belle ! Rendez-vous compte qu’elle est ménopausée ! Ben ça alors ! Bon, c’est la fin de la semaine, les gens sont confinés, épuisés, abrutis devant la télé et ils croient voir une meuf à poil. Hé, les aminches, c’était juste une revendication ! Pas la peine de se scandaliser pour une chatte et une paire de nichons ! Y a des choses plus graves, des lieux de culture fermés, des cinés clos, des intermittents, précaires et mi-temps à bout de souffle, voilà…Merci Masiero pour le ramdam, ça réveille ! Autre chose qui réveille : un clito géant en plein Paris (mais elles vont arrêter, les nanas avec leur sexe ?) et côté virilitude, un gynéco (au secours, lâchez-nous), je voulais dire Doc Gyneco qui se réveille entre deux vaps pour taper sa meuf, un Pépé le Putois viré pour harcèlement sexuel sur les chattes (ho, hé, on arrête ces allusions ?), OK. Alors le Pape, Fukushima… heu mouais. Alors bonne fin de semaine entre potes au soleil ou sous la pluie mais avec le verre à moitié plein !
– OM : C’est pas pour dire, mais Corinne Masiero avait les dessous de bras épilés. Si ça c’est pas un signe de soumission au diktat de la beauté du patriarcat blanc occidental hétéro-normé !
– MR : Rappelons que parmi les disparu.e.s de cette année figure la seule femme qui, à ce jour, à reçu le César de la meilleur réalisatrice : Tonie Marshall. La seule. En 46 cérémonies.
– OM : Et cette tête de cochon de Bacri qui ne vient même pas récupérer son César d’honneur…
– NP : Les gens m’étonneront toujours : à l’heure de Netflix, Amazon, Disney et autres, il y en a quand même pour s’infliger les César 2021 et se plaindre que c’est chiant. Vous vous attendiez à quoi ? Ça fait un an qu’il n’y a pas de cinéma ! Il y a 12 films qui sont sortis en 2020 !
– DC : Je veux être CORINNE MASIERO ! GROSSE PAIRE D’OVAIRES, LA MEUF.
– NPW : Ce matin au boulot, pour demander une augmentation, je suis rentré à poil en réunion avec marqué « + de € » sur la teub (pas la place pour écrire plus ). Ben on m’a pas applaudi, j’ai été mis à pied et je suis en garde à vue pour exhibition sexuelle. Pas merci Corinne Masiero.
– DC : Imagine-t-on Yvonne de Gaulle à poil sur la scène des César ?
– OI : Hé, que la militante vous énerve, je veux bien mais ceux qui ne s’en remettent pas d’avoir vu une nana de 57 piges à poil dix secondes à la télé, franchement, allez sucer votre pouce dans un coin et essayez de vous détendre hein… c’est plus possible le tribunal pour les corps à chaque fois là.
– FR : Scandale aux César : aucune femme n’a été nommée pour recevoir le prix du meilleur acteur masculin.
– MK : C’est les César ou un meeting Front de gauche ?
– EV : Je vois bien Corinne Masiero revenir sur scène en Peau d’Ane pour récompenser Patrick, l’âne d’Antoinette dans les Cévennes…… Ah non c’est encore Dupontel
– ON : Ni Simone Signoret ni Michèle Morgan se seraient mises nues pour les César. C’est vraiment la décadence ! La laideur au plus haut point ! Un ramassis de dépravés !
– TO : Vous ne m’empêcherez pas de penser que les gens qui portent leur masque sous le nez sont ceux qui ne mettent pas leur clignotant dans les ronds-points.
– CEMT : Jean Castex : « Je crois que le plus simple, c’est de mettre les hôpitaux parisiens sur roulettes et de les déplacer dans des zones moins contaminées. »
– BR : Elle a pris quel vaccin Corinne Masiero ? C’est pour un ami.
– JPT : Dans un état d’esprit inclusif, pourquoi ne pas réserver le César aux hommes et attribuer aux femmes une Césarienne?
– CEMT : Le dixième anniversaire de Fukushima, à mon avis les habitants de la région s’en battent les 5 couilles.
– MC : Je précise que mon compte Twitter c’est pour rigoler. Pour pleurer j’ai mon compte bancaire.
– FG : Le virus a bientôt 1 an, il fait ses nuits de 18h à 6h, il va à l’école et parle déjà couramment l’anglais, le brésilien et le sud-africain, il fait aussi du rugby de haut niveau. Ça grandit tellement vite à cet âge là…
– CO : « Peut-être que si nous disons aux gens que leur cerveau est une application, ils commenceront à s’en servir… » Morgan Freeman.
– FPB : On peut légitimement critiquer les pédophiles. Mais force est de constater que eux, au moins, roulent doucement en passant devant les écoles.
– JNP : Un de mes copains a acheté un pack de cinq tests PCR rapides. Il a essayé les cinq tests en même temps. Les résultats sont : – deux fois positif. – deux fois négatif. – une fois enceinte.
– MBW : Corinne Masiero, t’as définitivement du clito !
– BVA : O. Dassault, mort pour ne pas avoir voulu se mouiller les pieds. Ça mérite un bon classement aux morts les plus connes.
– SV : Ce matin, chez le boulanger, je me trouvais derrière un client centriste. Il a commandé trois pains aux chocolatines.
– ES : Parmi les partisans de Daesh, la venue du Pape en Irak provoque un véritable Ayatollé.
– CL : Les mecs ça leur pose aucun problème de te proposer des trucs par tous les orifices mais quand ils doivent passer un test PCR – donc un grand coton tige dans le nez … c’est panique à bord.
– CH : Les gauchistes vouent une haine sans bornes aux riches, détestent le monde de l’entreprise, méprisent la compétence, ignorent la méritocratie, jalousent la beauté et le raffinement, cultivent l’entre soi car ils sont hypocrites, mondains, lâches et médiocres
– BVA : Les lanceurs de fléchettes bientôt autorisés à vacciner.
– OM : C’est bon messieurs, on peut arrêter de chercher le clitoris, il est sous la tour Eiffel.
– DC : On ne dira plus je vais aller voir la tour Eiffel « dard-dard », mais « clito-clito » !
– NP : C’est pas pour excuser des générations de mecs mais honnêtement, quand tu habites en province et que le clitoris est au Trocadéro, c’est pas évident de le trouver !
– RR : Nous avons connu des jours meilleurs, mais je me rassure en me disant que nous en connaîtrons des pires.
– CEMT : Olivier Véran : « Le vaccin & vaccin Johnson & Johnson est très efficace & efficace, j’en suis certain & certain. »
– FPB : Doc Gynéco en garde à vue pour violences conjugales Ah. C’est donc ça, les fameuses violences obstétriques ?
– FPB : Accusé de participer à la culture du viol, le personnage de Pépé le Putois est supprimé des productions Warner. Je comprends. Sans Pépé le putois, jamais Patrice Allègre, Emile Louis ou Guy Georges ne seraient passés à l’acte.
– LS : Accusée de contribuer à la mauvaise répartition des tâches ménagères, Blanche Neige disparait des productions Disney.
– CC : C8 va relancer « La maison France 5 » (en changeant le nom évidemment). Nous retrouverons Stéphane Thébaut pour de « nouveaux Prieurés du XVIeme siècle entièrement recouvert de béton ciré par Marie-Clémentine, merveilleuse architecte qui nous accueille au Touquet ».
– XY : Bientôt un an, on va fêter le confinement de coton.
– RR : A force de rendre la Justice, elle a fini par disparaître.
– TP : Le cloud n’existe pas. Quand un data-center brûle, on perd ses données. Internet, c’est donc nul. En tous cas, ça ne vaut pas le 3615 Géraldine.
– NP : Ça fait plus d’un mois qu’on est au-dessus de l’objectif du nombre de malades en réa et ça empire toutes les semaines. Le gouvernement a donc décidé qu’il est urgent de ne rien faire.
– NA : La situation est très préoccupante, du coup on se donne une semaine pour réfléchir.
– PA : Vous savez pourquoi les banquiers n’épousent jamais leur maîtresse ? Pour ne pas transformer une action en obligation.
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Puisque les musées sont fermés, je vous invite à voir les quelques artistes qui m’ont consolée de ce manque.
La très chic Thaddeus Ropac, rue de Bellême, expose pour la première fois en France Alvaro Barrington, avec, pour titre You don’t do it for the man, men never notice. You just do it for yourself, you’re the fucking coldest. C’est dit ! Ce qui m’a plus, c’est le dépouillement de ses œuvres (je ne parle pas de ses collages et assemblages de récup au sous-sol), des peintures colorées, petites, sur un fond de lin, de moquette ou autre chose qui rappelle son enfance chez sa grand-mère caribéenne mais surtout l’épais encadrement de béton brut qui rend tout cela très actuel et masculin, et qui fait référence à sa toute jeunesse dans les quartiers zones de New-York. Cet artiste est encore jeune et plein de sève.
Un artiste que vous connaissez tous et qui me rappelle tellement la S de Spontex, mais c’est un haricot paraît-il, Claude Viallat, dont j’avais admiré l’immense rétrospective à Montpellier il y a quelques années, fête ses 85 printemps dans la belle nouvelle galerie de Templon qui est, depuis peu, au 28 rue du Grenier St Lazare. C’est toujours aussi magnifique bien que répétitif dans le concept, dans l’exécution mais pas dans les formes et on ne peut que s’incliner devant la créativité de cet artiste monomaniaque qui fut dans les sixties partie prenante du groupe supports/surfaces. Encore une vaste galerie où les gestes barrières sont inutiles tellement il serait inconvenant de se coller à quelqu’un !
La galerie rikiki, Pièce Unique, pour une ou deux personnes, présente sa nouvelle pièce unique, après ses petites figurines scato-bavaroises du mois dernier. Il s’agit d’un très grand tableau de Mc Arthur Binion qui ressemble, de loin derrière la vitre, à une sorte de tapis. Qu’on ne s’y trompe pas, c’est un collage papier sur bois ou sont appliquées les centaines de pages de ses répertoires des années 80, lorsqu’il était musicos à NYC, disposées avec régularité et rehaussées d’un motif géométrique, comme un grillage coloré, pour faire staïle (je dis ça pour faire simple sinon je vous recopie la page entière qui blablate comme d’habitude sur la démarche de l’artiste). C’est au 57 rue de Turenne, on s’arrête si on passe à côté, sinon, bof bof…
Hélas, pas de photo !
A la galerie de Thorigny, 1 place de Thorigny, c’est demain le finissage d ‘Empreinte Voluptueuse de Pauline Angotti, en présence de l’artiste, avec ses sculptures et photos affriolantes, certaines en mousse figurant des corps, rephotographiées ou non, d’autres tendance bondage en toile à matelas, et des photos bustes-lingeries reproduites en 3D.
Au cas ou cela vous aurait échappé, il y a aussi cette nouvelle et gigantesque galerie de 800 m2, Galleria Continua, 87 rue du Temple, avec « Trucs à faire » par le curateur J.R. (voir très nombreuses photos sur le lien ici) : plusieurs niveaux, plusieurs artistes, plusieurs styles, des tas de choses amusantes et/ou étonnantes, une installation de supermarket italien où on peut acheter vin et pâtes, mais surtout le plus beau film artistique que j’aie jamais vu, 40 minutes dans une petite salle un peu confinée pour l’époque mais vous le trouverez sur le web ici, Staging Silence de Hans Op de Beck. C’est plus raisonnable même si ça ne donne pas autant que sur un grand écran… (rien à voir avec les deux photos ci-dessous) ! Attention, il y a la queue, surtout le week-end !
That’s all folks pour aujourd’hui. Je ne vous cache pas que c’est rébarbatif comme exercice, aussi, si vous avez apprécié, merci de liker, j’en ferai d’autres à l’occasion. Sinon, bah ça me fera moins de travail !
Lorsque Camille Kouchner est passée à la Grande Librairie, elle a cité le livre de Sophie Chauveau, la Fabrique des pervers, comme le livre qui l’avait irrémédiablement poussée à écrire la Familia Grande, comme un livre capable de donne les clés pour comprendre l’inceste. Il se trouve que ce livre est effroyable, c’est une caricature de la culture du viol dans toute sa noirceur, sans aucune retenue, sans conscience du mal, sans réflexion, sans pudeur, sans vergogne sans jamais de honte, de regrets ou de remords de la part des dominants et de leurs complices, femmes et mères. Hallucinant !
Sophie Chauveau écrit des livres, dont beaucoup sur les peintres. Un jour, elle reçoit une lettre d’une femme qui porte le même nom et pense être sa cousine. Oui, elle l’est. Et tout de go, lui annonce que son père l’a violée de ses quatre à quatorze ans. Bienvenue au club, répond Sophie. Elles se retrouvent et le ciel leur tombe sur la tête : pratiquement tous les hommes de la famille sont des violeurs, ils pratiquent l’inceste sur trois générations, sans que jamais cela n’ait fuité. Même une grand-mère, qui dormait toujours avec de jeunes garçons de son clan, a dépucelé son petit-fils.
L’histoire : pendant le siège de Paris, lors de cette immense famine, l’aïeul et un complice ont eu l’idée de vendre la viande des animaux du jardin des plantes. Tuer, voler et transporter l’éléphant ou l’hippopotame était une tâche faramineuse mais ils y sont parvenus. Jusqu’à ce que la ville leur livre les bêtes déjà tuées pour qu’ils la débitent en viande, dans leur « épicerie » , devenue the place to be, où se pressaient les riches. Ils ont fait fortune. L’aïeul, venu d’une campagne profonde, a eu quatre fils et une fille, vite veuve, et tout a été bon pour eux : élevés sans morale ni instruction, sans valeurs bourgeoises, ils ont vécu comme des princes, se procurant tout ce qu’ils voulaient, en premier les plaisirs sexuels. Tout était à portée de main, en toute impunité, et tous y passaientt : filles, nièces, neveux, belle-filles, belles-sœurs… et ce sur les générations suivantes. Une seule fois, le scandale a failli éclater parce qu’un fils avait violé une voisine (hors de la famille, donc) : le violeur a été envoyé à la légion étrangère et les voisins grassement indemnisés.
Le père de l’autrice, Père, est quelqu’un qui ignore altérité. Tant que quelque chose lui fait plaisir, c’est à lui, il ne voit pas l’autre, le mal que ça peut lui faire, la gêne même. Il est toujours nu chez lui, sa femme, ex-catho convertie au plaisir et au fric, ne se soucie pas qu’il embrasse sa fille « avec la langue » chaque fois qu’ils se croisent, qu’il lui pelote le corps, se frotte à elle, lui demande des privautés, que, lorsqu’elle amène une copine de classe chez eux, qu’il prenne un bain avec comme il le fait avec ses filles. Les mères des copines, horrifiées, leur interdisent de fréquenter Sophie, elle n’aura vite plus d’amies, mais ses parents disent simplement que ce sont des réacs, culs serrés, pas dans leur époque. On est dans années 70, les pédophiles vivent heureux, et dans Libé, la lettre des 69 (sic) sur « la liberté de jouir » est signée d’incroyables personnalités : les attendus Cohn-Bendit, Matzneff, Lang, Sollers, Foucault, Beauvoir, Sartre… mais aussi Dolto, Deleuze, Kouchner… C’est dire que cette époque n’engageait pas à protéger les enfants de la quéquette adulte !
Elle, à part Père, était la proie aussi de son parrain et, après l’avoir refoulé profondément, de son oncle Philippe qu’elle aimait tant. Comme elle aimait ses parents, même si elle n’appréciait pas leurs mœurs. Elle n’avait aucune autre référence puisque tout le monde faisait ça autour d’elle. On baisait devant les enfants, pas grave, on échangeait ses femmes, on faisait un gosse à sa belle-soeur… Donc cet oncle Philippe, il a vécu toute sa vie en hippy séducteur (ils sont très beaux dans cette famille de riches), barbe et cheveux longs, une gandoura et rien dessous pour être toujours prêt à empaler la première nana qui se pointait dans leur maison des Alpilles, et il y avait pléthore. Il a fait beaucoup d’enfants non reconnus, a été toute sa vie entretenus pas ses parents, n’a jamais eu l’idée de penser que c’était mal tout ça.
Le plus hallucinant dans ce livre, sont les réactions de ses parents, âgés, lorsque la thérapie a agi. et qu’elle s’est sentie prête à discuter avec eux sur son ce qu’ils ont fait d’elle. Sa mère, au bord de sa mort, qui a dénié tout abus, ce n’était que des chatouilles, et son père, avec qui elle était fâchée, allant jusqu’à lâcher cette phrase qui l’excusait de tout : bah quoi, je ne t’ai quand même pas enculée. Sidérée, elle a été. Tous ceux qui se sont exprimés disaient qu’ils donnaient de l’amour, qu’ils adoraient leurs enfants, ce qui est sûrement vrai d’une certaine façon… Ce livre est insensé.
Dans la deuxième partie du livre, Sophie Chauveau décortique tout ce que les victimes ont subi du point de vue de la psychanalyse et de la psychiatre, du point de vue de l’histoire de la domination patriarcale, de la religion puisqu’ils se prétendaient catholiques, du point de vue de la loi (qui a un peu évolué depuis ces quatre dernières années). On peut comprendre comment cette partie théorique a intéressé Camille Kouchner, friande de toutes données susceptibles d’éclairer ses douloureuses interrogations.
Un livre édifiant dans la monstruosité. (Interview Sophie Chauveau en 2016 ici)
la Fabrique des pervers, Sophie Chauveau, 2016 aux éditions Gallimard. 280 pages, 19,50 €.
J’adore cette auteure australienne qui nous livre de gros romans dodus pleins d’histoires de familles souvent inextricables, avec des petits ou des gros secrets derrière les portes, des caractères difficiles à dompter, des trahisons, des événements plus ou moins graves difficiles à surmonter, dans des jolies familles vivant au beau soleil de leurs jardins et vérandas, égayées par les rires et les cris d’enfants qui donnent sens à la vie. A la recherche d’Alice Love ne faillit pas à cette règle. Cette fois, Liane Moriarty a utilisé un ressort dramatique, pas tout neuf, certes, mais extrêmement efficace pour bâtir une intrigue : l’amnésie. Alice Love tombe alors qu’elle fait du step dans sa salle de sport. On l’hospitalise et la voilà revenue dix ans en arrière : elle se croit enceinte, ne reconnaît pas le contenu de son sac avec une robe taille 36 et de la lingerie ultra fine. Lorsque sa sœur arrive (elle apris deix ans !), elle lui demande de prévenir Nick, son adorable mari. Mais elle n’est pas enceinte, elle a trois enfants, et Nick, appelé sur son insistance, lui répond de façon agressive. En fait, elle va apprendre qu’ils ne vivent plus ensemble, qu’ils divorcent et que c’est elle qui l’a viré. Elle ne veut pas le croire, son cœur est plein de lui, c’est impossible.
Prétendant que sa mémoire est revenue, elle quitte l’hôpital, aidée de sa sœur chérie qui, elle aussi, semble quelque peu fâchée. Elle se débat avec les éléments qu’on lui donne, pourquoi sa charmante voisine lui tourne-t-elle le dos, et quel est cet homme, charmant par ailleurs, dont on dit qu’ils ont entamé une relation agréable.
Sous le prétexte de sa chute, elle donne le change comme elle peut à tous ceux qu’elle rencontre, car, bizarrement, elle est devenue une super woman à l’agenda de ministre, à la tête de diverses activités scolaires ou sociales. Ses enfants, très remuants, ont compris qu’elle ne se souvient de rien, Nick, son mari vient lui donner un coup de main mais rien, dans son attitude malgré la gentillesse de sa femme, ne montre qu’il aurait envie de revenir à la maison. De plus, elle a peine à croire les reproches qu’elle lui a faits pendant ces années où il bossait comme un fou pour sa famille, donc n’était pas vraiment là. Beaucoup lui parlent de Gina et l’importance qu’elle a prise dans leur vie. Elle flaire une liaison avec Nick mais non, en fait elle est morte dans un accident de voiture sous ses yeux et elle n’a pas encore réussi à s’en remettre.
Elle ne comprends pas non plus la froideur de sa sœur, sa sœur qui enchaîne les fausses-couches et s’en détruit la vie. Mais qui écrit une sorte de psychanalyse à l’attention de son médecin, ce qui nous éclaire un peu plus. La mémoire met du temps à revenir, ce ne sont que des parfums et odeurs qui envoient des flashes. En tout cas, elle redevient celle d’avant, plus cool, gourmande, moins exigeante pour les enfants qui apprécient. Nick semble parfois à un millimètre de craquer…
Puis lors de la gigantesque tarte qu’elle avait organisée avec l’école et la ville pour la bonne cause, les souvenirs débarquent en un fatal puzzle. Avec évidemment les ressentiments, surtout ceux concernant Nick dont elle comprend alors pourquoi elle ne veut plus de lui. Mais ce n’est pas si simple, il y a aussi l’autre homme, il y a l’Alice d’avant et celle qu’elle est devenue en dix ans, qu’elle n’aime pas vraiment. Il faut se reconstruire, s’occuper au mieux des enfants et de sa vie à elle, renouer avec sa sœur, faire le deuil de la fameuse Gina…
J’adore les livres fleuves de Liane, bourrés des petites choses de la vie, des travers de chacun, de leurs faiblesses et tentations. Sans oublier le suspense, car jusqu’au bout, on ignore le dénouement. (Trois autres critiques de ses romans sont sur ce blog)
A la recherche d’Alice Love de Liane Moriarty (What Alice forgot 2009). 2019 chez Albin Michel, traduit par Béatrice Taupeau. 464 pages. Et au Livre de Poche.
Ce fut une semaine pleine de brillantine et de Pento, une de celles où les hommes ont étincelé d’éclats plus ou moins répulsifs. Il y eut d’abord un homme dont le pouvoir ex-orbitant (qui sort des orbites) fut de venir à la télé se blanchir des infamies dont il fut accusé et condamné deux jours plus tôt, un coupable présumé innocent qui se transforma en innocent présumé coupable, puis deux autres présumés coupables dont un confirmé — Léotard que jamais — et l’autre Balladurement relaxé comme s’il était viré de la grande famille des LR et autres droitistes fièrement RDJ (repris de justice), chaleureusement réconfortés par le chef des flics. Néanmoins, Marine le Pen veille au grain, s’efforçant de retenir cette déferlante d’hommes probes loin de sa frontière, sous l’œil torve d’un premier ministre dont la messe du jeudi soir vient endormir son public d’un coup de piqûre, ou mieux, de seringue tsé-tsé (t’sais quoi ? Bah moi non plus). Le grand chambardement n’est donc pas pour demain alors profitons du soleil, fuyons les cinoches et les terrasses … et gaffe, le cauchemar revient, les mégères féministes sont de sortie lundi, ongles acérés et coups de pied alertes pour faire respecter leurs droits. Capito ? Bon week-end tout de même, dit d’une voix douce et feutrée !
– HI : C’est quand même formidable de se dire qu’on vit dans un pays où, quand un ancien président de la République est condamné à de la prison ferme, la première question légitime à se poser est : « pour lequel de ses procès, déjà ? »
– MZ : Vous avez prévu quoi pour le premier anniversaire du confinement ? Je suis un peu à court d’idées.
– SF : Faire barrage à Le Pen est devenu un programme politique. À mon avis, on va en bouffer de l’abstention.
– NMB : Il y aura forcément des lendemains qui chantent. Et j’irai les applaudir quand ils monteront sur scène.
– DDS : Il semblerait que le groupe d’individus qui a soigneusement savonné les escaliers de l’extrême-droite demande maintenant qu’on empêche qu’ils les dévalent.
– NP : Quand je vois le nombre de crétins qui nous entourent et qui aurait pu mourir de la tuberculose, de la variole, de la polio, de la rage, de la diphtérie, je me dis que c’est finalement vrai : les vaccins n’ont pas que des bons cotés.
– FT : Qui imaginerait le général de Gaulle en prison en train de sodomiser Balkany sous la douche ?
– RP : Recalé à l’entretien d’embauche chez Canal + parce que je ne portais pas une veste de costume avec des New Balance…
– LI : C’est quoi le pire truc de droite que vous faites ? Moi c’est avoir un chat de race et lui payer des sachets fraîcheur.
– TA : Devoir choisir entre Macron et Lepen, ce n’est pas une question pour les gens de gauche. Cette question ne concerne que les gens de droite.
– LO : Quand les terrasses de bar vont rouvrir, y’aura tellement de candidats, faudra réserver sa table genre à Pâques pour un apéro le 15 août.
– OM : La condamnation de Nicolas Sarkozy pose quand même un certain nombre de questions inédites à notre système judiciaire. Comme par exemple de savoir s’il existe des bracelets électroniques taille enfant.
– DC : Sarkozy a pris trois ans. Il a le choix entre faire la gueule et faire appel. Il choisit de faire les deux.
– FT : MAIS PAR PITIE QUE CARLA BRUNI NE CHANTE PAS LES PORTES DU PENITENCIER !!!!
– DDS : Sarkozy super héros de droite : De président en carton, il se transforme en président en taule.
– EM : Si à 66 ans t’as pas un bracelet électronique, t’as raté ta vie.
– PJ : Ouf, la prison ferme retenue contre Nicolas Sarkozy pourra être aménagée. Il devrait donc pouvoir rejoindre Isabelle Balkany dans l’équipe de chroniqueurs de Cyril Hanouna.
– OK : Qui imagine le Général de Gaulle au gnouf pour corruption et trafic d’influence ?
– JH : Le plus triste dans cette histoire, c’est qu’on ne pourra même pas sortir dans un bar pour fêter la condamnation de Sarkozy.
– CC : On est quand même passé d’une Rolex à un bracelet électronique : quelle infamie !
– FL : Christian Jacob passe ses journées à envoyer des messages de soutien indéfectible à tous les LR condamnés par la justice. C’est un boulot à plein temps. Il devrait devenir visiteur de prison, ça lui irait bien…
– PI : Je viens d’imaginer Carla Bruni en survêt’ en pleine nuit, lancer des balles de tennis remplies de shit par dessus le mur de la promenade en gueulant « TIENS BON MON TRITON, POULICE PARTOUT, JOUSTICE NOULLE PART ».
– MK : C’est raide sous la soutane : « Au moins dix mille victimes d’agressions sexuelles dans l’Eglise de France depuis 1950″. A mon avis, il faut interdire l’Eglise !
– JU : Je pense à « après covid ». Quand on se prendra tous dans les bras. Ce sera une nouvelle période de l’histoire. L’étreinte glorieuse.
– LJ : Donc si j’ai bien compris , à chaque fois que notre ami Sarkozy aura une condamnation ou une mise en examen , il aura droit à une 2ème plaidoirie sur une chaine de télé le surlendemain ???
– ES : Le ministre de l’intérieur, en charge de la lutte anti-corruption, apporte publiquement son soutien à un ancien président condamné pour corruption. Continuons à nous poser des questions sur la défiance généralisée après ça.
– DD : Et dire qu’il suffirait d’installer les restaurants, les cinémas et les théâtres dans le métro pour éviter de se contaminer…
– LI : Comme au moment de l’affaire Fillon et de la même manière, le coupable n’est donc pas l’accusé mais bien la justice.
– ES : Sarko ne s’en remet pas : « J’ai pourtant toujours été un talhonnête homme ! »
– GD : Adieu Génération Identitaire, petite vermine partie trop tard.
– RDB : Les gens de droite : « Justice laxiste ! Tolérance zéro ! Pas d’aménagement des peines ! Taubira démission ! Rétablissement de la peine de mort ! » Les gens de droite quand un politicien de droite est condamné : « Complot politique ! Justice trop sévère ! Les juges en prison ! »
– FIL : Le pire dans tout ça, c’est que Sarkozy ne peut pas se faire tatouer un plan de prison en entier.
– RP : J’entends les gens de droite dire partout « la justice est de gauche », donc vous confirmez bien que l’injustice est de droite. Merci.
– EMM : Mauvaise nouvelle pour Macron : son cabinet McKinsey, condamné pour fraude, vient de limoger son PDG !
– NS : Entretenir un repris de justice avec l’argent des contribuables en lui fournissant bureaux, secrétaires et voiture avec chauffeur, c’est possible en France. Pas en Suède.
– DC : Affarire Karachi ! Dur, dur, pour Balladur, vexé d’être relaxé ! Serait-il vraiment un homme de droite ?
– JU : Les gens qui disent « MERKI ». J’ai envie de les défonker.
– CD : J’imagine la tête médusée des journalistes étrangers qui découvrent qu’un condamné à 3 ans de prison débarque au JT de la plus grande chaîne française pour clamer son innocence, le lendemain du jugement…
– TO : — Chérie, tu veux que je fasse livrer un petit Japonais pour ce soir ? — Je préférerais un grand Sénégalais. — Je voulais dire pour le repas. — …
– PO : Mes gamins se chamaillent tellement que j’ai dû édicter des règles. Par exemple, quand ma fille casse un jouet de mon fils, ce dernier a le droit d’incinérer une poupée de sa sœur. J’ai appelé ça la « Clause Barbie ».
– SS : Sarkozy : « Je veux dire aux citoyens que ce qui m’arrive pourrait arriver à n’importe lequel d’entre eux ». C’est vrai qu’il est commun d’être mis en cause dans dix affaires pour « corruption », « trafic d’influence », « financement illégal de campagne » et « détournement de fonds publics
– SF : Ça a été galère de trouver un masque et ensuite de se faire tester. Maintenant, c’est la croix et la bannière pour se faire vacciner. Comme j’aurais aimé naître dans un pays développé !
– TP : J’adore les Anglais. Énorme. La journaliste anglaise demande à Véran : « comment vous gérez les fonctionnaires policiers qui se réunissent dans les bars clandestins…? » Énorme !!!!
– DC : Marine le Pen, la fille qui dépasse les borgnes !
– RR : Patrick Dupont, parti sur la pointe des pieds…
– LF : Je dis pas que ce nouveau week-end de confinement est long mais là, je viens de finir d’écrire un livre sur comment découper un antivax avec un couteau en céramique sans casser le couteau.
– NMB : C’est dommage que Jean Castex ne fasse pas ses conférences de presse le mercredi, ça lui éviterait de perdre son temps à annoncer le jeudi soir des mesures que l’on sait déjà depuis le jeudi matin
– NP : Les conférences de presse de Castex, c’est quand même aussi palpitant qu’un épisode de Derrick où il ferait une course poursuite contre Louis La Brocante en déambulateur. Filmé au ralenti.
– RR : N’oublions pas qu’en un an le Covid a tellement muté qu’il est devenu féminin. Je ne sais ce que l’avenir nous réserve.
– LF : Encore une fois l’effort collectif est compromis par une bande de trous du cul qui réclament des traitements inefficaces ou qui beuglent à la dictature sanitaire. L’histoire vous jugera.
– BG : Un verre après l’hiver ? Véran : « Nous verrons. »
– PI : Vivement que la pandémie se termine pour pouvoir se reconsacrer au dérèglement climatique. Ahah, je déconne, au financement des retraites, aux droits individuels et aux étrangers, oh ça va, on peut encore plaisanter dans ce pays de gauchistes ou ça aussi c’est prohibé ?
– OK : — 2 fois par semaine je suis réveillé par un con en voiture qui écoute Christophe Maé à fond. — Mais non c’est le camion poubelle qui recule !
MERCI À VOUS « TOUSTES » QUI ME SUIVEZ ET PARTAGEZ MES FESSEBOUQUERIES…
L’Inconnu de la Poste, la très longue enquête — sept ans — de Florence Aubenas sur le meurtre sauvage d’une jeune femme enceinte, employée de la mini-poste d’un village, est un livre formidable. On le sait maintenant, le suspect numéro un, un acteur borderline qui fut révélé à 16 ans par Doillon dans Le Petit Criminel, n’est vraisemblablement par l’auteur des vingt-huit coups de couteau pour une petite somme de rien. Alors ? Alors ce que nous conta Aubenas est superbement écrit, campé, détaillé : on voit les places, les ruelles, les personnages, on les entend parler, on entre parfois dans leurs pensées, c’est passionnant, on a l’impression de vivre dans ce village, Montréal-la-Cluse.
Comment se fait-il que le meurtre, qui a eu lieu juste après l’ouverture de la poste, sise au milieu du village, vers 8 h. 30, heure où tout le monde passe par ici, les écoliers, les commerçants, les gens qui font leurs courses, ceux qui travaillent, ceux qui viennent faire un dépôt ou acheter des timbres, comment se fait-il qu’avec toutes les fenêtres qui donnent sur la place, personne n’ait rien vu, pas un suspect, pas une personne avec du sang sur elle ? L’enquête est très longue, le premier suspect, le mari quitté pour un autre, est hors de cause mais le marginal qui habite dans un trou à rat juste en face avec deux autres laissés pour compte, qui fait toujours la manche pour sa bière ou sa dope, quand il a dépensé l’argent de ses cachets, pourquoi pas lui ? Les présomptions de sa culpabilité vont et viennent. Aubenas le questionne, il est d’un abord facile mais parfois il disparaît pour essayer de se rabibocher avec sa nana partie vers Nantes. Puis il revient. Il aime ce village loin des paillettes des tournages qu’il n’apprécient pas vraiment, ici c’est tranquille. Enfin, c’était.
Florence Aubenas s’appesantit sur lui car c’est une figure, il est baratineur, il a eu un oscar, il a joué dans une vingtaine de films, il arbore un look peu ordinaire et puis c’est un enfant de la Ddass, il a été très maltraité par une des familles qui l’a recueilli avec son frère; parfois, il va voir sa mère biologique, c’est intéressant. On y voit aussi le père de la victime, veuf, qui aurait donné sa vie pour elle. Un notable qui prend un sacré coup de vieux durant ces longues années sans résultat.
Il y a surtout l’impensable disparition du comédien, Gérald Thomassin, qui était enthousiaste de participer au procès puisqu’il savait qu’il serait définitivement hors de cause — il a fait quand même deux ans de taule — mais personne ne sait pourquoi il n’était pas au rendez-vous avec Aubenas le jour de l’ouverture du procès alors que son copain de Nantes l’a mis dans le train, après une nuit de muflée. Ce n’était pas un train direct, son portable ne répond plus, le mystère reste encore entier.
Le talent d’écriture de Florence Aubenas s’est considérablement développé. Outre la joliesse des phrases qu’elle tricote, elle concocte des dialogues franchement réjouissants, c’est un pur bonheur que de la lire.
L’Inconnu de la Poste de Florence Aubenas, 2021 aux éditions de l’Olivier. 240 pages, 19 €.
Féroces est le titre. Oui, ils sont féroces les parents de Robert Goolrick. Tragiquement féroces. La quatrième de couv’ ne dit rien du drame qui s’est joué quand il avait quatre ans, et c’est son histoire vraie. Il l’écrit une cinquantaine d’années plus tard mais comme on ne sait rien, on ne comprend pas, malgré la virtuosité de l’écrivain, on ne comprend pas trop pourquoi il est ainsi, pétri de haine et de souffrance mais aussi dans une quête infinie d’amour impossible. Il est gravement blessé, et c’est souvent quand on est a été violé par son père tout petit. Et que sa mère a vu. Le sait. Qu’il l’a dit à sa grand-mère qui lui a enjoint de n’en jamais parler.
C’est un livre qui nous raconte une famille parfaite : sa mère est magnifique avec sa taille fine, sa minceur, son allure, sa grâce et son père est sublime aussi, leur maison est top et les réceptions qu’ils y donnent sans aucun défaut. Il connaît et sait préparer tous les cocktails de ces années glorieuses, leurs hôtes les admirent et les envient et leurs enfants sont très fiers. D’ailleurs, ce sont des enfants modèles, ils réussissent et sont promis à un bel avenir. Ça se passerait bien s’il n’y avait pas cette faute trop lourde à porter qui oblige les parents à le regarder comme s’il était un sale petit monstre. Et si les parents ne buvaient pas autant.
Le livre commence par la mort du père, pour alcoolisme, six ans après la mère pour la même raison. Et la fratrie réunie cherchant où déposer ses cendres. Avec celles de la mère, mais où se trouvent-elles exactement ?
Puis viennent les anecdotes de la vie du narrateur, jamais à sa place, jamais intégré, jamais bien dans sa peau, jamais félicité, jamais aimé. Il y a des chapitres difficiles à lire puisqu’on ne sait pas ce qu’il s’est passé (c’est énervant) et je suppose que lorsque le bouquin est sorti aux Etats-Unis, le viol a été mis en avant lors de la promo. Cela n’a pas tant d’importance car le plus impressionnant, c’est tout ce qu’il arrive à nous faire ressentir, ce petit garçon tapi dans le corps malmené du narrateur. Un homme qui a tenté de se suicider, qui s’est cent fois tailladé, déchiqueté les bras, dans le sens vertical, le long des veines, qui aime voir son sang couler. Des bras irregardables tellement il lui arrive de les taillader encore dans un processus d’auto-mutilation. Qui a fait des séjours en hôpital psychiatrique, qui a pris de nombreuses drogues, dope ou médocs, qui a bu comme ses parents. Qui s’est détruit.
Il a pourtant voulu être un bon fils, malgré tout. Il s’est occupé de son père malade, sans aucune reconnaissance, il a fait plus qu’il ne fallait lorsque son frère a été victime d’une tragique hémorragie cérébrale, mais sa vie est restée la même, toujours, médiocre et souffreteuse. Il voulait tellement, tout le temps, qu’avec ses parents, ils se regardent autrement que comme des vipères à travers une vitre.
Un chapitre, tout un chapitre, il dit « mais comment ont-ils pu… » suit une énumération infinie de tout ce qu’ils ont pu faire après ce qu’il lui est arrivé, des choses importantes, notamment s’amuser durant le mariage de sa cousine le lendemain du viol puisque c’est à cause de ça qu’il dormait dans le lit de ses parents, et des tas de petites choses de la vie. Impressionnant. Et puis le passage, à la fin où il explique pourquoi il a raconté ça : pour qu’un jour un père de 36 ans regarde son petit garçon de quatre ans sans lui faire de mal, et ainsi cet enfant aura une enfance et grandira l’espoir au cœur. Et il énumère de même les jolis moments qu’il vivra, jouissant de la beauté des choses, de l’amour, le goût d’un aliment… Je donnerais tout, n’importe quoi, pour être l’homme à qui cela n’est pas arrivé. Je ne peux pas m’y résoudre. J’ai essayé toute ma vie, et je ne peux pas m’y faire. Il explique très bien en quoi il est impossible de revenir en arrière, c’est irrémédiable. Il dit que les psychiatres appellent ça le meurtre de l’âme. C’est bouleversant. C’est tellement fort que je vais le relire…
Féroces de Robert Goolrick, titre original « The end of the world as we know it », 2007. Traduit par Maris de Prémonville. Editions 10/18. 288 pages, 6,60 €.
Hormis une légère pénétration dans notre zone d’actualité de notre Grand Gérard et une dégenrisation de Monsieur Potato à qui on reproche, à lui aussi, ses bouboules, on peut dire que cette semaine tient de la routine et de ses préoccupations habituelles : Castex saison 50 toujours aussi creuse, passeport vaccination toujours aussi Paul et Mickey, de même l’absence de viande à la cantoche dont on ne sait même pas si elle est hallal (mot inconnu de mon correcteur), les variants venus de pays où il ne pleut pas ou presque mais qui nous soulent, les niches de riches open luxe au Luxembourg qui défrisent à peine, la menace de re-déconfiture pour cause de reconfinement, Isabelle Balkany grosse-niqueuse chez Hanouna, et puis et puis … les garnitures périodiques ou serviettes hygiéniques ou protections féminines de tout poil même pour les épilées totales bientôt gratuites et, ah oui, mince, THE info : Daft se sépare de Punk, à chacun son heaume comme disent leurs femmes qui en avaient assez de les confondre, un peu comme on le fait des deux Youtoubeurs, Carlito et Machin, chargés de rajeunir l’image de notre président qui ne sait plus quoi faire contre sa chute de cheveux qui dévoilera prochainement ses golfes clairs. Le printemps est juste de passage, alors une petite laine, une bonne bouteille, quelques amuse-gueule et que voici une pause bien méritée à vous toustes !
– CC : Il fait beau et avec le soleil, le joggeur en moule-poutre est de retour. Vous me donnez l’impression de courir avec un quignon de pain de quatre jours entre les cuisses, arrêtez de vous faire mal comme ça.
– JLM : Maintenant que « Persevérance » est arrivée sur mars, se serait bien que Tolérance et Bienveillance reviennent sur terre.
– LY : On est plus proche d’aller au resto sur mars qu’aller au resto en mars.
– AP : C’est marrant, tout les journalistes te rappellent que le Phocea (qui vient de couler) est l’ancien yacht de Bernard Tapie, mais pas l’actuel yacht de Xavier Niel..
– CLG : TU DÉTOURNES DE L’ARGENT PUBLIC TU FINIS CHRONIQUEUR CHEZ HANOUNA. Tu fais les poubelles car tu as faim …on t’arrête !
– UC : « Si Jamais je me fais condamner dans l’affaire Karachi, je pourrais devenir chroniqueur à TPMP. J’avoue une certaine impatience ». (Edouard Balladur)
– RR : Un an qu’avec le Covid je ne vois pas mes parents…. Ma mère : oui et bien si on doit encore attendre 3 ans on attendra !! Ils ont fait comment en 39-45 avec les bombardements ??!!! Le Préfet Lallement à côté c’est Bisounours.
– NZ : Je fumais tranquillement dans la rue jusqu’à ce qu’un fonctionnaire de police me demande de mettre mon masque. Je montre que je fume et que j’ai un masque à la main, prêt à être porté une fois ma clope finie et là ce génie me répond : « mettez-le sous le menton au moins ».
– IS : « Suite à la séparation des Daft Punk, j’ai décidé de reconfiner les Français pour 1 mois. C’est bon, ça m’a saoulé»
– XX : Quand tu penses qu’il y a un an à la même heure, on se claquait des bises à la machine à café en se foutant de la gueule des chinois.
– EN : Effrayé par l’idée des concerts assis, Daft Punk préfère se séparer.
– MK : Pas fichus de distribuer des masques. Pas fichus d’organiser les tests de dépistage. Pas fichus de vacciner en masse. Même pas fichus d’avoir son propre variant à soi, son Covid bien franchouillard, bien hexagonal, bien bleu-blanc-rouge ! Relocalisons la production de variants ! Varan-Micron démission !
– DC : — A Paris, on est fichus ! On n’a plus le droit de boire d’alcool dans la rue ! — Quelle rue ? — Rue de Buci ! — Ah ben crotte alors !
– OV : Dire qu’il aurait suffit que les Allemands imposent un menu sans viande pour qu’il y ait 40 millions de résistants en France.
– ES : Bon. J ai marché sans faire exprès sur l’endroit ou un mec plantait des fleurs. Il m a gueulé dessus et je lui ai dis « eh oh eh oh on se calme, y a des trucs plus graves! Vous savez que les Daft Punk se séparent?! »
– HD : L’escalope que j’ai fait cuire a rendu tellement d’eau qu’il n’y a aucun doute : le veau a été élevé sous la mer….
– FT : — Bon, il faut trouver une solution pour détourner l’attention d’Openlux, quelqu’un a une idée ? — Monsieur le président, je propose de lancer l’opération Liberté Egalité Fraternité Viande ! — Génial !!!!!
– MA : Une semaine après le scandale d’évasion fiscale OpenLux, le Conseil met à jour la liste de paradis fiscaux… sans ajouter le Luxembourg. Le message de l’UE aux évadés fiscaux est clair : faites-vous plaisir, Openlux, c’est open bar.
– RP : En 24 heures, le Figaro a publié pas moins de 7 articles sur l’islamogauchisme ! Mais il n’a toujours pas trouvé le temps d’écrire un article sur le scandale fiscal OpenLux, qui révèle que son propriétaire Dassault détient des sociétés au Luxembourg …
– RP : Et maintenant, Depardieu accusé ! Je pose une question, ça existe, des comédiens qui s’astiquent juste le poireau, tranquillou, dans leur salle de bain ?
– MR : Moins de dons aux restos du cœur, tu m’étonnes, avant on donnait, maintenant on y va.
– XY : Affaire Depardieu : Il faut séparer le vignoble de l’ignoble.
– ADN : Petit, j’entendais la voisine crier « suppôt de satan ». Je comprenais « suppo de sale temps » et je pensais « pourvu qu’il ne pleuve pas ».
– RR : La vraie révolution éclatera quand on supprimera les frites à la cantine. Croyez-en ma longue expérience.
– LP : J’ai gagné 5,60 € à l’Euromillions ! J’ai immédiatement transféré le tout au Luxembourg…
– DDS : Après Darmanin face à Le Pen puis Darmanin face à Zemmour, il va pas rester grand monde, à part l’envoyer sur la tombe de Pétain pour un face à face avec les vers de terre du Maréchal.
– GD : Ces journées d’entre-deux où l’on croise autant de gens en parkas qu’en bermudas.
– LJ : Cantines scolaires : François de Rugy veut remplacer la viande par du homard
– GA : Ca aurait été une belle journée pour un premier dej en terrasse de l’année.
– LI : Y’a une chose qui m’amuse : en 2080 quand la saga du Covid-19 sera au programme du bac, certains élèves diront « j’ai fait l’impasse sur Carlito & Mcfly, pitié que ça ne tombe pas sur ça ».
– NMB : En France, on n’a peut-être pas de pétrole, on n’a peut-être pas assez de vaccins, mais au moins, nous, on a deux YouTubeurs en tournage à l’Élysée.
– RP : Dans l’Essonne, je lis que « la moitié des rixes entre bandes sont des rixes violentes ». Et les autres ? Y a des rixes où on discute de la versification dans la poésie de Du Bellay ?
– IM : Bon. Je vais me faire des ennemis. Ok à travail égal salaire égal. Ok la féminisation des professions auteur/autrice. Mais l’écriture inclusive , allez bien vous faire foutre à réécrire Proust avec votre écriture de merde.
– CEMT : Olivier Véran : « On envisage de confiner Nice mais il faut d’abord qu’on consulte McFly et Carlito. »
– NP : Si des fois tu te sens surqualifié pour ton boulot, rappelle-toi que les légionnaires font des stages de survie en Guyane avant d’aller patrouiller sur les quais de la Gare Montparnasse.
– GD : « Près de 7 Français sur 10 estiment qu’il existe un problème dont ils n’avaient aucune idée la semaine dernière. »
– NMB : — Chers compatriotes, Je n’ai rien dit depuis 15 jours, résultat : c’est le bordel avec le virus, les Daft Punk se sont séparés, McFly et Carlito jouent à chat-bite à l’Elysée avec le Président. Je reprends la main, ça suffit les conneries, confinement généralisé, bonne soirée. Castex.
– CEMT : Olivier Véran : « On va acheter des vaccins, promis, la dernière fois on a pas pu parce que le chien a mangé l’ordonnance. »
– ES : Le Covid au rugby, c’est comme la transformation d’un essai, ça se partage entre potos.
– OM : « Pour lutter contre la hausse des suicides, le Japon met en place un ministère de la Solitude ». Nous aussi on a ça, avant ça s’appelait « Ministère de la culture ».
– NP : Sale coup pour les habitants de Dunkerque qui ne vont pas pouvoir sortir de chez eux pour faire le carnaval et picoler comme des trous, et vont devoir rester chez eux pour picoler comme des trous.
– ES : Castex, c’est un peu comme le mec qui te promet qu’il va bientôt faire sa demande en mariage et qui, à chaque moment solennel, arrive encore à gratter deux semaines. Il est trop fort.
– CEMT : Jean-Michel Blanquer : « Petit rappel : que Monsieur Patate soit genré ou non, il faut toujours le manger avec de la viande, c’est bon la viande. »
LN : — Papa ? T’as vu mon Monsieur patate ? — Oui Timéo ? Tu veux parler de l’Individu pomme de terre non genré avec un trou pour lui implanter le sexe de son choix ? — Euh oui ? — iel est devenu alcoolique et s’est barré avec la.e Tyrannosaure.tte. Vas ranger ton chambre.
– NE : les gens qui sont contre la gratuité des protections menstruelles sous prétexte que les femmes vont « en abuser », vous avez peur de quoi ?? qu’on se les colle sur le front ??
– RA : Images impressionnantes des embouteillages pour fuir Nice confinée ce weekend. Un exode massif que n’avait pas modélisé les génies qui nous dirigent !
– DC : Moi j’ai mon passeport Groland. Est-ce que ça peut servir de passeport vaccination ?
– ZO : Il y a un an, je me réveillais encore à moitié bourrée d’une soirée improvisée, mes cheveux avaient été teints en violet, je savais même pas quand, comment, pourquoi, et je partais pour Nantes. Ça me manque.
– LW : L’Etat a commencé à détruire les tentes des réfugiés à l’opinel, il passe maintenant au tractopelle. C’est quoi la suite ? Le Charles de Gaulle garé dans la Manche ?
– NMB : Je ne dis pas que je suis contre le passeport vaccinal, je dis juste que se pointer au restaurant, demander une table pour deux personnes et s’entendre répondre « passeports s’il vous plait », ça risque d’être un peu déroutant.
– PA : J’ai mis une annonce « Homme cherche femme ». En une journée, j’ai reçu plus de 400 réponses me disant « Viens chercher la mienne ! ».
– MK : Avec pertinence et loin de tout sensationnalisme, France-Info nous informe de l’essentiel de l’actualité mondiale : « Lady Gaga a retrouvé ses deux chiens volés, sains et saufs ». Ouf, merci France-Info, radio du sévice public
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Sale bourge est le premier roman de Nicolas Rodier. Le titre peut égarer, on peut penser que la racaille fait du mal au garçon bien propre sur lui de la couverture, mais on se trompe. C’est le bourge, qui est sale, parce qu’il est violent, parce que son milieu est pourri et que les valeurs inculquées sont de pures virtualités.
Dès l’intro, on apprend que Pierre est condamné à quatre mois avec sursis, mise à l’épreuve et injonction de soins pour violences conjugales. Il a 33 ans. Il va alors dérouler sa vie, mais de façon factuelle. Que des scènes isolées sans introspection, ni analyse, ni explication ce qui fait la force du livre. Le trait est incisif, les chapitres courts et denses et, selon le bon vieil adage de la royauté britannique « never complain, never explain »; on n’est pas ici dans une tentative de réhabilitation, d’indulgence ou de confession complaisante. Pas du tout. Le narrateur n’essaie jamais de nous entraîner sur ce terrain. S’il y a une chose que l’on peut déduire de sa violence, c’est qu’elle serait déterminée par celle de son éducation. Mais sans s’appesantir sur cette hypothèse.
Le premier chapitre de l’enfance, terrible, plante le problème : sa mère l’oblige à avaler ses carottes râpées, trop acides pour lui, il ne peut pas, il n’y arrive pas. Ses frères et sœurs, ses cousins et cousines sont tous à la plage, mais lui décide qu’il ne cédera pas, sous le regard cruel et froid de sa mère. Et la scène s’étirera jusqu’à ce que tous les jeunes reviennent, il est dix-huit heures, alors vite, pour qu’on ne se moque pas de lui, il avale tout. Sa mère « tu vois, quand tu veux ». Le soir, elle ira l’embrasser dans son lit en lui disant qu’elle l’aime.
Ils sont d’un milieu haut de gamme, bourgeoisie catho versaillaise, les écoles privées, puis les prépas et grands écoles, les domaines et propriétés familiales où ce petit monde se retrouve à chaque fête, ou événement ou rite, et aussi les interdits, notamment le nom du frère du mari décédé de bonne-maman, secret de famille qui pèse. Il y a l’obligation de réussite, d’être le premier de la classe. Il y a aussi les coups de cravaches, les coups de gueule du père qui, ne se mêlant de rien quand l’enfant est petit, devient tyrannique quand il flanche durant son adolescence. Il y a aussi le qu’en dira-t-on, les pressions de la famille pour que rien ne sorte, rien de mal, entre gens bien élevés, rien ne doit filtrer.
Pierre va se révolter, un jour. Drogue, alcool et sexe seront son ordinaire quelques temps, puis la philo et le retour, un peu obligé, dans le droit chemin.
La femme qui va le faire craquer, c’est Maud, belle, étudiante douée en médecine, facile à vivre. Et pourtant, parfois, il s’énerve d’un rien. Il doit se contenir. Il voit même un psy après un premier faux-pas. Mais il se sent parfois envahi par la violence, il a un mal fou à se maîtriser. Il ne se comprend pas, se prend pour un moins que rien. Jusqu’à ce que quelques récidives et que Maud ait atteint son seuil de tolérance. Alors le procès et la condamnation.
Au départ, on a l’impression de lire un « petit » roman mais au fur et à mesure, on est pris dans l’engrenage de ce que subit Pierre et on se laisse envahir par son mal-être qui, sans être développé dans le détail (comme dans les livres de Lionel Duroy), nous atteint profondément. D’après ce que j’ai lu sur l’auteur, ce n’est pas du tout autobiographique. Ce n’est pas non plus une compile de clichés sur cette bourgeoisie fière, tête haute toujours, méprisante pour le reste du peuple, c’est beaucoup plus subtil. Un très bon premier roman.
Sale bourge de Nicolas Rodier, 2020 aux éditions Flammarion. 218 pages, 17 €.