Nick Flynn et son torture-test

C’est le deuxième opus de notre homme Flynn qui avait commis le très fort  « encore une nuit de merde dans cette ville pourrie » où il racontait comment il avait retrouvé son père dans un carton à la rue alors qu’il bossait dans un samu social.
De nouveau, il écrit sur lui, il écrit surtout sur ses questionnement. Une enfance pourrie, une mère qui s’est suicidée, une vie d’addiction à toutes sortes de saloperies, un père idem mais en pire, qu’il ramasse dans la rue dans le livre précédent et qu’il essaie de sauver encore dans celui-ci.
Actuellement clean, à part quelques petits rails par ci par là, il attend avec angoisse son premier enfant. C’est une fille. L’angoisse, c’est de ne pas savoir s’y attacher, de rester indifférent. Il aime la mère, il l’a aimée en même temps qu’une autre femme, c’est la grossesse qui a déterminé du choix entre elles.
Mais le thème majeur du livre est la torture. Lorsqu’il découvre que non seulement la torture est largement pratiquée par son pays, mais encore étudiée, peaufinée, il na de cesse de se renseigner sur le sujet, la prison irakienne d’Abou Ghraïb, les soldats hommes et femmes humiliant les prisonniers par des techniques éprouvées. Pour se laver de cette extrême mauvaise conscience, il se rend à Istanbul pour y interviewer des victimes de ces actes sans nom.
Ce livre est composés de fragments, il n’est pas linéaire. La date apparaît à chaque début de chapitre et l’ordre chronologique n’est pas respecté mais qu’importe, on ressent d’autant plus fort l’humanité impuissante de l’auteur. On y touche aussi du doigt l’évolution psychologique du futur père par rapport au sien qui n’avait pas l’air si  heureux de le tenir sur ses genoux sur une photo retrouvée. Alors que de lui émane un tel bonheur total …  sur les toutes premières photos. Car ensuite, plombé par les nuits blanches, c’est visible, il se demande si son père n’était pas juste fatigué, comme lui.
Très beau livre.

Nick Flynn. Contes à rebours, 2010. 2012 pour l’édition française chez Gallimard. 324 pages dont plein de notes intéressantes à la fin.

Texte © dominique cozette

Le premier livre de Julia Deck : sanglant !

C’est un petit livre de la collection de minuit, le titre est pénible à retenir car il s’agit d’un  nom composé de  trois : Viviane Elisabeth Fauville, mais on y rentre comme dans du beurre battu en Chantilly, bien sûr je sais que c’est avec de la crème fraîche, mais entrer dans la crème fraîche, ça ne se dit pas, et puis la confusion mentale fait partie du livre.
Donc on suit cette nana trentenaire dans son petit trois pièces où elle essaie de harponner quelques faits de sa mémoire flanchante tandis qu’apprend à vivre sa petite de deux mois, sage et ordonnée. Que s’est-il donc passé ? Oh, de sacrées choses ! Figurez-vous qu’elle a trucidé son psy avec le couteau que sa mère lui avait acheté, jadis, et qu’elle avait récupéré subrepticement chez son mari qui venait juste de la plaquer pour une jeunette.
Comment vivre avec ça ? C’est tout le problème de Viviane. Elle passe tellement inaperçue, elle est tellement transparente, insignifiante, dispensable que les soupçons sur elle sont plus que légers. Et ça, c’est pas bon pour le moral.
Et puis il n’y a pas que ça, il y a cette fille de talent qui l’a remplacée durant son congé maternité et que son patron trouve efficace, il y a ces vertiges qui surviennent et la font transporter dans des lieux de soin, il y a son ex à qui elle n’a rien demandé bien que ce fût le fuyard mais qui réclame le bébé et veut lui rendre le chat de sa mère, il y a que sa mère ne peut pas lui servir d’alibi, et pour cause, la pauvre.
Alors pourquoi va -t-elle, sous le nom d’Elisabeth, trouver d’autres patients du psy, suspects autant qu’elle, ou sa veuve qui s’envoyait en l’air avec quelqu’un d’autre, ou cette patiente par lui engrossée et sur le point d’accoucher ?
Un livre bien foutraque, amusant, incisif où la narratrice peut devenir la spectatrice, ou la victime muette de l’histoire, où l’on picore à loisir des miettes de thriller psychologique, de roman noir, de récit de société.
Bref, un très bon premier roman !

Viviane Elisabeth Fauville de Julia Deck, chez Minuit, 2012. 156 pages.

Texte © dominique cozette

Venez nombreux, OK, mais comment qu’on fait ?

Quelle drôle d’expression ! Qu’on m’incite à venir habillée, nue, maquillée, repue, fatiguée, en couple, avec mes enfants, en métro, pas trop tard, comme je suis — mais ça c’est Mc Do et je ne vais jamais au Mc Do —à petits pas, les mains vides, à la bonne franquette, sans rien préparer, vite …  tout ça, je sais faire, ça roule.
Je suis même parfois venue sans qu’on m’attende, c’est très gênant pour les deux parties, je suis aussi venue avec armes et bagages mais c’était durant une guerre sans nom, la guerre des sexes si vous préférez. Je suis venue comme ça, oui, comme ça, c’est gonflé mais je l’ai fait. Je suis venue la gueule enfarinée, ce qui est le plus sûr moyen de repartir la queue entre les jambes. Je suis venue te dire que je m’en vais, parfaitement, il n’y avait pas de SMS ni de tweet pour l’annoncer, fallait le faire de visu pour bien l’entériner. Puis je suis venue à maturité, très récemment et sans savoir pourquoi, je ne sais pas comment je dois le prendre.
Si on me demande de venir en rang(s) serré(s), ça devient limite car est-ce un rang qui est serré ou plusieurs. Quoi qu’il en soit, ça présuppose la formation d’un groupe pour réussir le truc, or je déteste me balader en troupeau.
Reste le « venez nombreux », fréquemment entendu à la télé pour des promos portes ouvertes, destockages massifs et autres événements exceptionnels. J’ai bien essayé, une fois. Je me suis dit : viens nombreuse, viens nombreuse. Quoi que bizarre comme injonction, je me suis postée devant la glace en la serinant pour voir si je devenais nombreuse. Que pouic. Je demeurai seule et unique. Je ne suis donc pas venue et d’ailleurs, tout le monde a fait comme  moi : on n’est  pas venus nombreux, ce fut un flop total.

Mais que ceci ne vous empêche pas de venir nombreux mercredi 19 à la librairie du théâtre du Rond-Point, de 19 à 20h. 30, où aura lieu la fête de lancement du livre « Vents Contraires », blog agité du théâtre dans lequel j’ai l’heur d’apparaître aux côtés de sacrées pointures et de gros niqueurs qui seront forcément venus nombreux, sinon, tu la vois celle-là ?

Texte © dominique cozette

Pauline Klein, faussaire de faux airs

En quatrième de couv, il y a juste une chiure de mouche :  Qu’est-ce qu’on y peut. Pauline Klein.
Pauline Klein s’affranchit d’une ponctuation bien pensante qui appellerait des guillemets et au moins un point d’interrogation. Bon début.
Alice Kahn, titre de ce livre, est son premier roman. J’avais adoré (et partagé récemment sur ce blog) son second ouvrage d’où intérêt vers le premier. Hé bien je ne suis pas déçue. Pauline Klein est une écrivaine du vide à remplir, de la transparence à révéler, de l’identité à réinventer, de l’art conceptuel à appliquer. C’est de la dentelle de cerveau qu’elle nous envoie phrase après phrase, du bizarre, de l’incongru, de l’inventif, du réjouissif.
Quand ça commence, elle est au bistro d’en bas, en short, en rien. Un type s’approche d’elle en disant Anna ? Elle dit oui. Et s’empare de cette vie de faussaire à créer, de faux airs à ajuster, à construire en fonction des attentes du  jeune homme, photographe, en tentant de deviner ce qu’il sait déjà et ce qu’elle peut façonner. Tout ce petit monde gravite dans l’artistique. Ce qui permet à la fausse Anna de lancer sa fausse Alice Kahn, une artiste qu’elle invente chaque fois qu’on lui pose des questions sur ses préférences artistiques.
Un jour, elle décide de rendre sa liberté à Anna, après que William lui ait donné une photo d’elle, d’Anna en fait. Elle l’encadre la place subrepticement dans une galerie. Puis va l’acheter (cher). Puis reprendre sa vie transparente, sans relief, sans intérêt et constater que c’est le moment que choisit William pour enfin la prendre en photo.
Il y a toutes sortes de niveaux de lecture dans ce petit livre très riche, plein de signifiants, de tiroirs, d’entrelacs. C’est un réel plaisir que de les déchiffrer  !

Alice Kahn par Pauline Klein, chez Allia. 2010. 126 pages

Texte © dominique cozette

 

Un peu de Duchamp dans ce monde d’art brut

C’est un livre de Serge Bramly qui raconte un épisode de la vie de Marcel, à partir de 1942, lorsqu’il s’évade du pays en guerre pour se poser un moment à Casablanca avant de se fixer aux Etats-Unis où ses oeuvres ont connu un vif succès. Le livre n’est pas un fragment de biographie, c’est biaisé.
Alors je recommence. C’est l’histoire d’un monsieur qui tient un bar au Maroc où ses amis, juifs marocains, jouent aux cartes tous les jours. Cet homme affable et élégant accueille Duchamp dont il ne connaît pas la réputation d’artiste, dans une grande salle de bain inoccupée où Marcel va entasser des choses dans la baignoire pour y dormir. En même temps,  ce lieu est un QG de résistance où se trament quelques actions secrètes que personne ne doit connaître. Ce sera l’occasion pour Duchamp d’aller voir ailleurs s’il y est, notamment au bordel d’où il tirera de nouvelles inspiration. Le jeune homme qui l’y emmène est le fils du propriétaire du café.
Mais un tiroir s’ouvre dans le livre. C’est encore une autre histoire : celle de la petite-fille du jeune-homme devenu vieux, auquel un biographe de Duchamp essaie de tirer les souvenirs de ses trois semaines marocaines. Et voilà-t-il pas que la petite-fille, une jeune femme, que cette histoire n’intéressait pas, apprend que son grand-père possède quelque chose de Duchamp. De plus, elle s’éprend du biographe et sait qu’ils auront une belle histoire ensemble.
C’est un roman très alerte, original, dépaysant, on apprend pas mal de choses sur l’artiste lui-même et on voit du pays. Quoi de plus pour passe un excellent moment?

Orchidée fixe de Serge Bramly chez JC Lattès, 2012, 286 pages.

Texte © dominique cozette

 

Fermer l’oeil de la nuit ? Jamais, avec Pauline Klein !

Une petite merveille de petit livre. Le titre, déjà. La forme ensuite : un petit objet de 128 pages, satiné du dehors et du dedans, couleur crème, avec un visuel de couverture qui montre une scène inquiétante, du moins étrange, sans grand rapport avec l’histoire.
Il s’agit d’une femme poreuse, vide, qui semble très peu exister. Elle emménage dans un immeuble. En sortant du métro, elle suit un homme involontairement. Il habite juste au-dessus de chez elle. Elle découvre qu’il vit avec une femme, enceinte. Elle les entend, elle les guette à son oeilleton (l’oeil de la nuit ?), elle épie l’homme au café qui finit par lui parler. C’est un artiste. Son propos tourne autour de l’art contemporain, il lui décrit des concepts intéressants ou extravagants, dont il ne parle pas à sa femme. Sa femme, il la trouve un peu en-dessous, un peu vulgaire avec ses jupes courtes. Elle est écrivain. Un jour, il emmène notre héroïne dans son atelier. Ça pue grave. Normal, il travaille sur de la viande avariée, des têtes de poulets dressés etc.
Parallèlement, elle a appris sans en être sûre qu’elle a un demi-frère de son père. Son père est mort, sa mère aussi. Elle tente d’en savoir plus par une tante qui ne veut rien lui dire mais elle finit par trouver Denis. Denis est en prison. Elle attend d’être prête pour l’aborder. Puis entame une correspondance assez intello voire philosophique avec lui. Il est boucher…Mais ça marche, ils se comprennent, il va lui apprendre à ne pas vivre au travers des autres, à sortir d’elle-même comme lui s’extrait de son univers carcéral.
C’est un livre bourré de phrases inventives, d’idées suspectes, d’anecdote étranges. Une sorte de petit bijou qui donne envie de connaître l’auteure. L’auteure a écrit un livre avant celui-ci : Alice Kahn.  Avec le même éditeur.

Pauline Klein. Fermer l’oeil de la nuit, chez Allia. 128 pages, août 2012.

Texte © dominique cozette

La belle Hélène de Lionel Duroy

Le cahier de Turin, paru en 2003, tente de raconter  l’histoire de la petite famille de Lionel Duroy  avec sa seconde femme adorée, Hélène,  après dix ans de vie commune.
Il a connue Hélène par voisinage : sa fenêtre donnait sur le petit jardin de Duroy, au coeur de Belleville. Il avait d’abord remarqué le bel homme avec qui elle vivait et n’osait pas penser une seconde qu’elle pourrait s’intéresser à lui. Pourtant, elle le fit. Il était en convalescence de la rupture d’avec sa première épouse partie avec un métèque en emportant leurs deux enfants — Duroy est un homme qui adore ses enfants et s’en occupe comme une maman.
Au début du livre, il enjolive. Il dit à son ami qu’il est tombé amoureux très vite. Pourtant, il n’était pas curieux d’Hélène. C’est dix ans après, d’un seul coup, que ça le taraude car lui revient en mémoire que lors de leur première escapade, dans un hôtel de Turin, Hélène lui avait donné un cahier écrit tout fin où elle se racontait afin qu’il sache à qui il aurait affaire. Mais il négligea le cahier et s’en veut terriblement.
Dix ans après, il confesse à Hélène que pour écrire son roman sur elle, il faudrait qu’il retrouve le cahier, qu’elle l’avait sûrement rangé quelque part. Et là, il provoque deux vexations qui l’accablent : non seulement il a oublié le cahier à l’hôtel, mais en plus, elle le lui a déjà dit. Il est pétrifié.
En même temps, il conte ce qui se passe au quotidien, Hélène qui travaille pour une députée, rentre tard, circule pas mal, s’habille flashy, ne l’écoute pas quand il parle, mais possède une grâce qu’il n’arrive pas à définir et qui la rend craquante. Leurs deux fillettes qui ne s’entendent pas, la petite étant trop cool et joyeuse pour son aînée qui ne supporte pas qu’on ne se plie pas à tous les usages. Le grand fils du premier mariage apparaît parfois pour foutre son bordel de jeune homme mal réveillé.
Et puis la voisine, petite nana ronde pas très futée, qui a « succédé » à Hélène à son ancienne fenêtre, dont Duroy fait la connaissance et que la jalousie d’Hélène pousse à considérer comme un irrésistible objet de désir. Classique.
Mais il faut démarrer le roman et sans le cahier de Turin, rien n’est possible. Duroy va téléphoner à l’hôtel. Il a changé de propriétaire,  on lui donne le numéro de l’ancien. Cet homme est hospitalisé mais, comme lui dit sa fille, il ne jette rien donc il y a de fortes chances qu’il ait gardé le cahier. Il donne rendez-vous à cette femme à Turin le lundi suivant, on est jeudi. Et précisément ce jeudi, Hélène convainc son mari d’aller le week-end dans les environs de Pontarlier revoir la maison de son père. Qu’après, il peut les déposer au train pour continuer sur Turin.
Ce n’est pas une maison abandonnée ni en ruines, c’est là où vit sommairement un des frères d’Hélène. C’est là que Duroy va comprendre l’infime chose qu’il possède et qui a séduit sa femme, et c’est là aussi que le mystère du cahier va se dénouer.
Formidable livre qui montre qu’avec un talent exceptionnel, n’importe quelle histoire quotidienne peut devenir une merveille. (Ah que j’aurais aimé qu’un écrivain sensible comme lui fasse mon portrait ! Vanité !)

Colères, que j’avais lu en mars, résumé et vidéo ici vous donnera la suite de cette histoire, la douloureuse séparation d’avec Hélène, l’explosion de la famille et la triste rupture avec son fils devenu toxicomane.

Le cahier de Turin de Lionel Duroy, édition J’ai lu 2012, 247 pages, 7,10 €. La photo de couverture ne reflète absolument pas la légèreté du récit.

Texte © dominique cozette

 

 

Pourquoi être heureux quand on peut être normal ?

C’est le titre. J’aurais pas trouvé mieux pour vous accrocher. J’aurais mis au féminin  puisque cette une femme et qu’en anglais, la question ne s’est pas posée.
Un livre très fort avec quelques faiblesses. Comme tous les forts. En fait cette nana, Jeanette Winterson, l’auteur, écrit sa bio, enfin la continue puisqu’elle l’a déjà commencée  dans Les oranges ne sont pas les seuls fruits, qu’elle cite assez souvent et que je n’ai pas lu. Pas encore. Elle explique quelque part dans le bouquin qu’elle ne sait jamais à l’avance ce que le livre qu’elle commence deviendra, elle écrit comme ça vient et voilà. Ça se sent car il y a des passages un peu bof MAIS mais mais, le livre est quand même franchement bien.
Le début démarre en trombe avec une causticité énorme pour évoquer son enfance minable dans sa famille (ce mot ne convient vraiment pas) adoptive. La mère est une ménagère frigide qui fait tout un tas de choses la nuit pour éviter d’être dans le lit conjugal, une bigote déplorable et cruelle qui ne cesse de punir cette enfant qu’elle regrette d’avoir prise. Car ils se sont trompés de berceau comme elle dit. Ah, si ça avait été Paul (mais qui est ce Paul), comme la vie aurait été plus belle ! Donc Jeannette passe beaucoup de temps dehors, à la porte, comme on dit au coin, dans le froid et la misère. Le père, lui, est un être falot qui n’ose rien dire à ça, il craint la harpie. Harpie qui a deux dentiers : l’un, mat, pour la vie de tous les jours, l’autre, « perlé », pour les sauteries à la paroisse.
Et puis, à l’adolescence, Jeanette se découvre homosexuelle. Déjà que sexuelle c’est la fin du monde, homo c’est pire que tout, ce qui lui vaut d’être virée de chez elle à 16 ans, sans rien, sans savoir où aller. Bref, galère.
Là où le livre, perdant de son acidité, devient émouvant, c’est lorsqu’elle se met en quête de sa mère biologique. Mais beaucoup plus tard, passé la quarantaine. Une mère qui ne l’a pas jetée si malproprement que ça puisqu’elle l’a allaitée six semaines, apprend-elle des services sociaux. N’empêche. Elle retrouvera sa trace mais c’est un vrai chemin de croix. Le livre devient terriblement émouvant quand elle appuie là où ça fait mal, ce terrible « on ne m’a pas voulue » dont on ne guérit pas,  quand sa souffrance est niée par l’administration qui ne lui ouvre pas le dossier qui est là, sur la table, quand la peur de voir celle qui l’a mise au monde la cloue littéralement au moment d’y aller. Quand elle touche du doigt l’amour après la profonde blessure qui ne lui a pas permis de bien se construire. Quand elle se rend compte qu’on l’attend, que c’était à elle de faire le chemin. Mais sans trop d’effusions, avec méfiance quand même, la route a été tellement rude.

Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? de Jeanette Winterson aux éditions de l’Olivier, 2012. 268 pages.

La belle inconnue

C’est un livre mince qui se lit facilement. C’est une quête aussi, mais pas la première ni la dernière car l’auteur, comme beaucoup d’autres avant lui, Supervielle, Aragon, Blanchot,  Nabokov etc, s’est entiché de la pure beauté de la jeune femme, retrouvée noyée dans la Seine en 1901 avant d’être amenée à la morgue. Son visage était tellement pur qu’on décida aussitôt de le mouler afin de l’immortaliser. Depuis, on le retrouve partout, notamment dans les écoles d’art.
Donc l’auteur, Didier Blonde nous conte cette quête d’un libraire spécialisé en éditions rares tentant d’en savoir plus sur l’inconnue. Il se rend à la morgue, l’autre puisque la première a disparu, collecte des infos, va au théâtre car une pièce de Horvath raconte son histoire — l’actrice a le visage dissimulé sous un masque en latex qui représente l’inconnue — passe un temps fou à la BN à lire les articles de l’époque sous forme de micro-fiches. Et, stupeur, il aperçoit sur l’une des tables, tout une documentation sur elle. Il guette la personne qui réalise l’étude et s’installe en face pour l’observer. Enfin, se décide à l’aborder. C’est une thésarde allemande qui travaille sur le sujet depuis des années.
Le narrateur s’entiche d’elle qui le laisse faire ses quatre voluptés sur son corps. Mais, la thèse finie, elle repart en Allemagne retrouver fils et mari. Non sans lui laisser lire la somme écrite par elle.
Il se rend compte que cette quête est vaine, que personne n’en saura plus, que les pistes sont fermées. Une première fois, un faisceau de présomptions l’avait amené en 1930, ensuite il apprit qu’il s’agissait d’un jeune modèle mort de tuberculose en 1875.
Néanmoins, hanté par elle, il ne peut l’abandonner et retournera à la Bibliothèque pour chercher, encore et encore…

Ces peintures au nez de travers ont été réalisées lors de cours que je prenais il y a quelques années où  tout le monde se demandait qui était cette mystérieuse jeune femme.

L’inconnue de la Seine de Didier Blonde, Gallimard 2012. Il est retouché par rapport  à sa première édition en 1988 chez Régine Desforges sous le titre Le nom de l’inconnue. 125 pages.

Texte et dessins © dominique cozette

Le seul organe qui peut ne pas vieillir : le cerveau.

L’être humain, quand il naît, possède un cerveau qui n’est pas fini. Ce qui le distingue des autres animaux et surtout lui permet d’échapper à la dure loi de son ADN. Car en se construisant, chaque cerveau se singularise. Il est tellement élastique qu’il peut détourner les tâches d’une de ses parties vers une autres, notamment en cas d’AVC.
Contre la croyance  selon laquelle nous perdrions 100 000 neurones chaque jour, il est démontré que notre cerveau est capable de refaire des neurones à partir de cellules souches, à condition de bien l’entraîner. Comment ? Par des stimulations nouvelles, le plaisir, la curiosité et l’émerveillement. Mais tous les plaisirs n’ont pas le même degré du bénéfice. Quand on lit un livre,  c’est l’imaginaire qui s’emballe et on engage 85 % de son activité mentale. Oui, 85% ! Enorme. Par contre, quand on regarde un film, on reste passif, et seulement 15 % de l’activité mentale est en action. Même s’il s’agit de la même histoire. Pauvre cerveau dans ce cas…
Ce qui va contre le rajeunissement cérébral, qui est même nocif, c’est le stress permanent, la tristesse,  l’inquiétude, la routine, tout ce qui se rapproche de la dépression. Après autopsie, on a constaté que les cerveaux des suicidés ne possédait aucun nouveau neurone.
Je viens d’apprendre tout ceci dans le livre « le cerveau sur mesure » de deux médecins neurobiologistes dont l’un a été invité à l’émission d’Inter : les savanturiers et l’autre dans une conférence en ligne.
Une interview (à lire) très pragmatique ici vous en dira plus car le bouquin est assez technique, notamment dans la première moitié qui détaille ses fonctionnalités. On passe ensuite à la régénérescence cellulaire, la plasticité, le cerveau augmenté. Puis le dopage cérébral. Enfin,  on arrive aux nanotechnologies avec l’éventail de tout ce qui nous attend dans le futur, sans compter les imprévus. Annexe sur le neuro feeback ou gonflette cérébrale.
Bourré de notes explicatives et bibliographiques et quelques liens plus « pratiques » pour les néophytes qui souhaitent seulement bénéficier de conseils à mettre en oeuvre. A voir aussi sur Google

Le cerveau sur mesure de Jean-Didier Vincent et Pierre-Marie LLedo chez Odile Jacob, 2012.

Texte © dominique cozette

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