Un régal absolu

Je ne connaissais pas Bill Bryson, cet auteur d’une drôlerie totale que l’on range, du moins chez Joseph Gibert, au rayon des écrivains voyageurs. Car il nous raconte les us des coutumes des pays qu’il visite. En tout cas, c’est ce qu’il se passe dans American rigolos Chroniques d’un grand pays, commandées par un grand journal britannique à la fin du siècle dernier. L’auteur vient de passer vingt ans en Grande Bretagne, il est marié à une Anglaise et ils ont quatre enfants. Et puis ils sont revenus s’installer dans son pays, les Etats-Unis, en Nouvelle Angleterre, au nord-est du pays, région très froide l’hiver, sauvage et belle.
Ce livre réunit 75 chroniques irrésistibles sur la vie, les mœurs de ses compatriotes qui, après cette longue absence, le déroutent totalement.
Tout y est abordé, les chroniques font cinq pages, ça se lit, se laisse, se reprend. Mais non, je n’ai pas pu le laisser tellement c’est drôle, étouffant mes fous rires dans le lit pour ne pas réveiller mon homme. Il a un tel talent pour scanner et commenter tout ce qu’il trouve, de la bouffe merdique américaine que son atavisme réclame à la peine de mort qui coûte plus qu’une blinde à la société. L’administration idiote, les supermarchés et leurs millions de produits, son abominable coiffeur, sa propre femme qui réclame des choses insensées … pour un Américain. La censure et le politiquement correct en prennent pour leur grade (définition du puritanisme par M. L. Mencken : « la crainte perpétuelle que quelqu’un, quelque part, puisse être heureux »). Sur le PNB, mode de calcul idiot fondé sur les dépenses des états, « le héros national de la nation américaine est un cancéreux en phase terminale empêtré dans un coûteux divorce ».
Puis sur la manie de vouloir tout ce qui rend la vie la plus confortable possible, Bryson attire notre attention sur « un tourniquet automatique à cravates avec éclairage » pour 39,95 dollars, évitant la tâche exténuante de la choisir manuellement. Et tout à l’avenant : le mode d’emploi des ordinateurs, les pubs mensongères, les suppressions de service ou de personnel dans notre propre intérêt, la gentillesse conne des élans (il y en a beaucoup vers chez lui), la difficulté de connaître toutes les lois et règlements quand on passe d’un état à un autre. Et beaucoup de chiffres et statistiques nous apprenant des tas de choses. Avec un humour déconcertant.
Le fait qu’il ait écrit beaucoup de livres de ce genre me console d’avoir fini celui-ci grâce auquel je me réjouissait de me mettre au lit ou me réveillais plus tôt me donner la pêche.

American rigolos Chroniques d’un grand pays par Bill Bryson (Notes from a Big Country, 1998). Petite Bibliothèque Payot, 2003, traduit par Christiane et David Ellis. 380 Pages. 9,20€…

Texte © dominique cozette

Hey, toi, mec viril, tu nous coûtes un pognon de dingue

Lucile Peytavin est historienne, spécialiste du travail des femmes dans l’artisanat et le commerce. En 2016, elle rejoint le Laboratoire de l’égalité, où elle travaille sur la lutte contre la précarité des femmes. Le Coût de la virilité est son premier essai.
En France, les hommes sont responsables de l’écrasante majorité des comportements asociaux : ils représentent 84% des auteurs d’accidents de la route mortels, 92 % des élèves sanctionnés pour des actes relevant d’atteinte aux biens et aux personnes au collège, 90 % des personnes condamnées par la justice, 86 % des mis en cause pour meurtre, 97 % des auteurs de violences sexuelles, etc. La liste semble inépuisable.
Elle a surtout un coût. Un coût direct pour l’Etat, qui dépense chaque année des dizaines de milliards d’euros en services de police, judiciaires, médicaux et éducatifs pour y faire face. Et un coût indirect pour la société, qui doit répondre aux souffrances physiques et psychologiques des victimes, et subit des pertes de productivité et des destructions de biens. Pourtant, cette réalité est presque toujours passée sous silence.
Lucile Peytavin s’interroge sur les raisons de cette surreprésentation des hommes comme principaux auteurs des violences et des comportements à risque, et tente d’estimer les conséquences financières de l’ensemble de ces préjudices pour l’Etat et donc pour chaque citoyenne et citoyen. Quel est le coût, en France, en 2020, des conséquences de la virilité érigée en idéologie culturelle dominante ?
Il est impossible de résumer ce livre. Lucile Peytavin a fouillé toutes les sources possibles et fiables : 26 pages de notules pour les références et les sources. Et des calculs complexes pour séparer la part du viril dans les données.
On sait tous et toutes que l’éducation et la culture sont pour une grande part responsables de l’héroïsation de la virilité, dès la naissance de l’enfant. L’autrice cite des pays nordiques qui ont tenté de la déconstruire, à l’école par exemple, et ça n’a pas donné beaucoup de résultats. Un critique du Figaro rétorque à ce livre qu’il oublie l’apport de l’homme (pas le viril, hein, l’homme) pour le progrès versus la femme. Je réponds à ça qu’il n’a eu de cesse d’étouffer les divers talents des femmes, savantes et artistes, que l’on commence petit à petit à reconnaître.
En tout cas, ce petit livre (pas cher) est super intéressant et nous inciterait à agir différemment avec nos p’tits gars. Mais je me vois mal offrir une poupée en poussette à mon petit-fils.

Le coût de la virilité par Lucile Peytavin. 2021? Aujourd’hui au Livre de Poche. 162 pages, 7,70 €.

Quel est donc ton tourment ?

Ce drôle de titre est la traduction approximative du titre original « What are you going through » qui vient d’une question que posait souvent Simone Weil, la philosophe. Sigrid Nunez a fait un drôle de livre qui parle de tout et de rien, qui use de digressions comme pas possible, raconte des polars qu’elle lit parce qu’ils se trouvent dans une chambre airbnb, parle d’une conférence menée par son ex et de beaucoup d’autres choses qui retardent le moment où le problème de son amie se pose à elle. Ça peut plaire ou déplaire complètement, c’est juste bizarroïde, moi j’ai apprécié, comme si je lisais une revue intéressante.
Je laisse le pitch à Babelio qui le fera mieux que moi, désarmée :
« Une femme rend visite à une amie atteinte d’un cancer en phase terminale. Brillante, énergique mais terriblement seule, cette amie lui formule une demande capitale : l’accompagner en vacances, durant lesquelles, un jour, sans prévenir, elle prendra une pilule mortelle pour mettre librement fin à sa vie. La femme accepte ; s’ensuit l’histoire extraordinaire – profonde, surprenante et drôle – d’une amitié de toute une vie confrontée au défi ultime : l’accompagnement jusqu’aux portes de la mort.
Quels mots utiliser, formuler pour être à la hauteur de l’événement ? Que dire de ces souvenirs qui composent une vie ? Petit à petit l’inhabituel et la gêne laissent place à l’empathie et à l’apaisement, laissant un immense champ de réflexion aux lecteurs sur ce que « faire ses adieux » signifie. Avec sagesse, humour et perspicacité, Sigrid Nunez revient avec un roman sur les relations humaines à l’ère moderne et leur nature ambivalente.
Quel est donc ton tourment ? nous offre un portrait bouleversant et provocateur de notre façon de vivre aujourd’hui. »

Quel est donc ton tourment, par Sigrid Nunez. (What are you going through ? 2020) 2023 aux Editions Stock. Traduit par Mathilde Bach. 256 pages, 20,90 €

Texte © dominique cozette & Babelio

le choix, quand on l’a.

Isabelle Hanne, journaliste a vécu cinq ans aux Etats-Unis. On s’en rend compte tant les informations de son roman sont précises et sincères. Dans ce premier roman, le choix, elle campe plusieurs personnages qui s’affrontent autour du thème de l’avortement. Nous sommes bien sûr au Texas, patrie des ultra-cons (servateurs) autour d’une clinique où des médecins ne font que leur métier dont avorter des femmes qui n’ont pas choisi d’avoir un bébé. Les pro-choice. Le délai est très court, six semaines, et la religion est hyper présente et stressante. Du côté des pro-life, la violence monte. Ils balancent des enregistrements de battements de cœurs de fœtus, ils harcèlent, ils abordent les femmes dès qu’elles sortent de leur voiture. C’est une bataille de tous les instants. Dans un camp comme dans l’autre.
Nous suivons avec compassion la mésaventure de Marta qui a déjà élevé un gamin seul et refuse de garder celui-ci. D’ailleurs, il n’y a pas de père. Mais lorsqu’elle débarque sur le parking de la clinique, le leader des pro-life, Mark, la reconnaît, il est fou amoureux d’elle et tentera de l’empêcher de détruire la petite vie en elle. Il y a aussi une très jeune fille, Leah, shootée puis violée lors d’une soirée. C’est la fille d’un puissant politique pro-life, ce qui rend l’affaire très difficile. Et le médecin, un homme de devoir très courageux car souvent menacé, et, ironie du sort, qui ne peut pas avoir d’enfants avec sa femme.
Les arguments des ultra-cathos volent bas mais sont omniprésents dans la culture de cet état et on ne peux s’empêcher de penser à ce gros nase de Trump qui a placé ses équipes (à vie) à la Cour Suprême qui est devenue l’organe le plus réac de l’Administration (d’ailleurs, entendu ce matin aux infos que ces gens font tout pour interdire la pilule du lendemain dans le pays tout entier. Ça promet).
Donc, les filles et les femmes qui ne s’y sont pas prises à temps n’auront qu’une solution : aller dans l’état voisin, dans une rare clinique qui accepte cette intervention.
Et puis un beau jour, endoctrinés par leurs préceptes religieux mal interprétés, deux jumeaux pro-life très actifs dans le groupe, vont finir par s’armer pour régler le problème.
Livre passionnant, tendu, caillant, on redoute que ce mouvement s’étende quand on voit comment les droites prennent le pouvoir un peu partout dans le monde. Seul défaut que je déplore : pourquoi l’autrice parsème-t-elle toutes ses pages de mots et expressions en anglais, ça ne se justifie en rien et, pour qui le pratique mal, ça peut même être gênant car rien n’est traduit. Et c’est dans toutes les pages… Bon, on s’habitue.

Le Choix, par Isabelle Hanne, 2022 aux éditions Goutte d’Or. 350 pages, 19,50€.

Texte © dominique cozette

Fille en colère sur un banc de pierre

Une merveille, ce livre ! Fille en colère sur un banc de pierre est une dégustation de toutes les pages. Ce qui est drôle, c’est qu’elle, l’autrice, Véronique Ovaldé, intervient dans le récit sans y être invitée car elle n’est ni une héroïne, ni la narratrice. Donc un style très original, vivant, libre et superbement poétique. Et puis ce n’est peut-être pas essentiel, mais la qualité du papier d’un blanc cassé très chic, sa texture, sa finesse juste comme il faut pour éviter les transparences, plus la typo d’une beauté classique, rendent la lecture encore plus agréable.
Ça commence par la fugue de deux fillettes, la plus jeune de six ans s’étant collée à sa sœurette de huit ans, la nuit, pour le dernier jour de la foire annuelle du petit village où leur père n’a jamais voulu les emmener. Toute l’île y va, c’est la fiesta incontournable, mais pas elles, les quatre filles, dont les deux autres, les aînées, ne sont pas de la partie. Description des fillettes qui ont toutes deux ans d’écart et portent un nom d’opéra, Aïda, Violetta, Gilda et … Mimi pour la petite dernière.
Le père est un rude bonhomme qui aurait dû faire le tour du monde et l’a commencé dans cette minuscule île au large de Palerme où il a trouvé du boulot au château de la comtesse. Puis celle qui allait devenir sa femme et la mère des filles, ce qui fait qu’il n’a plus bougé de là. Il est colérique, taciturne et fou d’opéra. Ne surtout jamais le contrarier ou lui désobéir.
Alors la vie de cette famille aurait pu suivre son cours tranquillement s’il ne s’était produit un drame : Mimi, la petite chérie de son papa, a disparu. Ce fameux soir où elle a lâché la main de sa sœur qui lui avait demandé de se retrouver à tel endroit si elles se séparaient. Hélas. Malgré les recherches, l’île est petite, on n’a rien retrouvé de la petite Mimi, pas une seule trace. Et sa maman est persuadée qu’elle reviendra un jour, c’est pourquoi elle n’est pas triste.
En attendant, dès le premier chapitre, on sait que la sœur fugueuse a été bannie de la famille qu’elle n’a pas revue depuis quinze ans et qu’elle vit à Palerme. Et que le père, le « vieux » comme on l’appelle, vient de mourir, et qu’à l’occasion de ses funérailles, il serait bon qu’elle revienne ne serait-ce que pour toucher sa part du petit héritage.
Le dénouement de l’histoire est une sacrée surprise, une fin tellement inattendue.
Une brève citation pour le plaisir : « Gilda est du genre à faire la modeste ( vous apprendrez à la connaître), du genre à dire qu’elle prendra la part de tarte qui restera quand tout le monde se sera servi, parce qu’elle sait que personne n’osera prendre la plus grosse et que, dans le plat, il n’y aura plus que celle -ci (surdimensionnée, dégoulinante de sirop et de fruits). »

Fille en colère sur un banc de pierre de Véronique Ovaldé, 2023 aux Editions Flammarion, 306 pages, 21 €

Texte © dominique cozette

Pour quelques dollars de moins

Abondance, le premier roman d’un hyper doué de la littérature américaine, finaliste au National Book Award, Jakob Guanzon, est, comme son nom ne l’indique pas, une histoire de manque terrible. Manque de moyens, principalement, lorsque que tu n’as pas assez de dollars pour fêter dignement les huit ans de ton fils dans un McDo, lui faire un beau cadeau puis aller passer une nuit, comble du luxe, dans un motel pouilleux où tu penses au plaisir d’un long bain brûlant, d’une soirée devant la télé et d’un vrai lit sans autre problème que la satisfaction de ton petit bonhomme. Car Junior et Henri, notre héros, pieutent dans une voiture, un pick up, c’est l’hiver, il fait un froid de gueux, le môme a de la fièvre, le réservoir de la caisse est presque vide mais demain est un autre jour puisque Henri a décroché un entretien d’embauche pour enfin gagner un peu d’argent.
Hélas, le rêve américain est devenu un cauchemar pour des millions de personnes. Pourtant, Henri n’est pas si mal né, à part « son connard de père » immigré qui a dû renoncer à ses ambition pour l’élever car sa mère est morte trop vite.
Puis les conneries de l’ado, les mauvaises rencontres, la dope et Michelle dont il tombe raide dingue dans le centre de réhab où ils se font soigner. Très mauvais choix. Une nana mal éduquée, brutale, toujours addictive, qui claque tout le fric qu’il gagne en substances et alcool… Ils vivent dans un mobil home pourri au sein d’une communauté précaire, le bébé se pointe et les difficultés aussi.
Je ne vais pas vous raconter les innombrables galères d’Henri, rien ne va jamais, tout s’écroule toujours et malgré sa moralité saine et sa profonde sensibilité, il ne pourra s’empêcher de rejoindre le mauvais côté de la vie et d’y ajouter de la violence.
Vous penserez que ce roman n’est pas à l’eau de rose, certes, il serait même plombant s’il n’était pas écrit avec autant de richesse, de crudité poétique, de métaphores. Les portraits qu’il fait des gens, passants ordinaires, sont un régal d’incitations à les peindre ou à les compléter par la vie qu’ils mènent et cette façon naturaliste qu’il a pour aborder la pauvreté borderline nous montre comme c’est stressant de se sentir toujours au bord du vide. Mais son écriture est tellement réjouissante qu’elle habille magnifiquement la misère qui, comme le chantait Charles, est plus belle au soleil. Pas de soleil, ici, mais beaucoup d’amour malgré tout.
Une chose importante : chaque tête de chapitre a pour titre la somme qu’il a en poche, des miettes de fric, la plus basse étant de 0,38 dollars.

Abondance de Jakob Guanzon (Abundance traduit par Charles Bonnot, 2021), 2023 aux éditions La Croisée. 326 pages, 22 €.

Texte © dominique cozette

Les Fessebouqueries #618

Pour une fois — et gavez-vous en car ce n’est pas coutume — mon actu évoque le ballon rond, j’ai pas dit qu’il était bourré, le ballon, mais quand on lit ce qu’on lit sur le Graët et quand on voit ce qu’on voit sur la Fifa, on ne se demande plus pourquoi on ne boira plus à la Fontaine de Just. On apprend aussi que Dussopt est un athlète absolu, on savait qu’il était déjà champion du baratin, et que Véran, si nous défilons mardi, nous prédit les dix plaies d’Egypte dont la pire, je vous le rappelle, est pustules et furoncles. Arghhhhh. Mais comme le gourverne ment, pardon, le gouvernement ment, passons outre et trinquons à notre printemps qui n’a pas encore percé la poche des eaux. Allez, on pousse !!! Et chin chin !

  • GD : Olivier Dussopt, vrai homme, se lève à 5 h 15, enchaîne 50 pompes et autant d’abdominaux avant 6 h 30, suit un régime protéine à base de steaks tartares. Vrai homme est un dur à cuire.
  • PA : Accusé de harcèlement sexuel, Noël Le Graët quitte la FFF mais retrouve un poste à la FIFA… C’était ça ou entrer au gouvernement.
  • WS : – Quelles sont vos expériences ? – J’ai été contraint de quitter mon ancien emploi à cause d’accusations de harcèlement sexuel et d’incompétence. – Bienvenue à la FIFA.
  • FG : Bonne nouvelle pour les secrétaires de la FFF, Noël Le Graët a démissionné. Mauvaise nouvelle pour les secrétaires du Bureau Parisien de la FIFA, Noël Le Graët est récasé…
  • JK : « Hé hé hé… Qui c’est qui va peloter des p’tits culs au bureau parisien de la FIFA ? C’est bibi ! » (Le Graet).
  • EB : Noël Le Graët détrône Jean-Jacques Goldman et devient la personnalité préférée des Français.
  • TE : Maître Balkany, avocat pénaliste : Pierre Palmade n’a rien à faire en prison.
  • JG : L’imagination des chaînes dites « d’info » est sans limite : inviter Balkany pour parler de Palmade. Bientôt, sur vos écrans, Henri Désiré Landru viendra évoquer la mémoire de Jack l’éventreur. Et Marc Dutroux rendra hommage à Michel Fourniret.
  • CEMT : Patrick Balkany a raison, si tout ce qui est reproché à Pierre Palmade est vrai, sa place n’est pas en prison mais au gouvernement.
  • NP : C’est marrant parce que si tu remplaces « Mettre la France à l’arrêt » par « maintenir la réforme des retraites alors que les français sont massivement contre » ça marche aussi. Mais je dis ça, je dis rien.
  • DC : — Il s’appelait Just Fontaine. — Ah bon, il n’avait pas de prénom ? — Je viens de vous le dire, Just Fontaine. Votre prénom c’est François, c’est juste ? Eh bien lui c’est pareil, c’est Just.
  • CBCC : Just Fontaine. Vue la pénurie d’eau, il s’est éteint.
  • OM : Donc si je comprends bien c’est au tour des sénateurs, qui ont un régime spécial de retraite de mettre un terme aux autres régimes spéciaux de retraite.
  • GD : Encore un effort et on va apprendre que le minimum retraite à 1200 euros ne concerne finalement que 3 personnes, dont la tata d’Olivier « Steak tartare » Dussopt.
    • CEMT : Encore deux semaines et Olivier Dussopt admet que la réforme des retraites ne profitera qu’à deux personnes, Elisabeth Borne et la mère de Gérald Darmanin.
  • RDB : « Mettre le pays à l’arrêt, c’est prendre le risque d’une catastrophe écologique, agricole, sanitaire voir humaine dans quelques mois » (Véran). Si VoUs fAiTeS dEs MaNiFs La CoLèRe DiViNe s’AbAtTrA sUr NoUs Et iL nE pLeUvRa pLuS jAmAiS.
  • OM : Eh oui, les gens ne le savent pas mais l’extinction des dinosaures est due à une grève de la RATP…
  • APR : « Le prix du gaz n’a pas fait grimper le prix de l’électricité. Ce sont les consommateurs qui ont demandé à payer plus cher pour être sûrs de ne pas être coupés. » (Agnès Panier-Runacher, ministre de Macron).
  • CEMT : Olivier Véran : « Et si vous allez manifester le 7 mars, des nuages de sauterelles s’abattront sur la France, la peste fera son retour et des fleuves de sang couleront dans les rues. »
  • EMM : Guerre en Ukraine : le geste généreux de Brigitte Macron qui débloque une aide d’un million d’euros… De son propre patrimoine ? Non, bêta ! De l’argent de tous les Français, voyons !
  • MH : Mon livre sur les préservatifs paraîtra chez Jean-Claude Latex.
  • OR : « Les filles, c’est vraiment comme les footballeurs italiens, tu les touches à peine, elle se roulent par terre et elles simulent ! » (Achraf Hakimi)
  • HD : Suite à l’affaire Palmade le gouvernement décide de déposer un projet de loi permettant, au titre l’EAFB expérience acquise sur FB, d’être dispensé de passer le concours de l’Ecole Nationale de la magistrature.
  • SF : Les Chinois nous espionnent avec Tik Tok. Jamais les Américains feraient ça avec Youtube, Google, Gmail, Facebook, Instagram, etc…
  • OM : Les mauvaises nouvelles s’enchaînent pour BFMTV : aucun contenu pédopornographique n’a été retrouvé dans les appareils de Pierre Palmade.
  • NP : Il y a deux sortes de cons plotistes : ceux qui croivent qu’il y a un complot et ceux qui sachent qu’il y a un complot.
  • MBC : Olivier Véran : « Si les grévistes mettent la France à l’arrêt, ce serait une catastrophe environnementale pour ma place au gouvernement. »
  • LC : J’ai failli m’étouffer en avalant de travers et mes fils m’ont demandé de faire moins de bruit. On est d’accord que c’est le signal pour commencer à mettre de l’argent de côté pour ma future chambre en Ehpad, non ?
  • TV : On vient d’entendre des gens pleurer dans la salle du bar-tabac de la rue des Martyrs.

MERCI À VOUS QUI ME SUIVEZ ET PARTAGEZ MES FESSEBOUQUERIES…
RAPPEL : Je collecte au long de la semaine les posts FB et les twitts d’actu qui m’ont fait rire. Les initiales sont celles des auteurs, ou les premières lettres de leur pseudo. Illustration ou montage d’après photo web © dominique cozette. On peut liker, on peut partager, on peut s’abonner, on peut commenter, on peut faire un tour sur mon site, mon blog, mon Insta. Merci d’avance.

Manifesto ou tard

Ce n’est certes pas le meilleur jeu de mot de la semaine, c’est juste pour appuyer le fait que cette grande écrivaine et poétesse britannique, Bernardine Evaristo, a obtenu le Booker Prize 2019 à l’âge de soixante ans. Evidemment, ça donne des ailes, d’être reconnue et c’est à la suite des nombreuses interviews dans le monde entier, où on l’incitait à raconter son parcours, qu’elle a eu l’idée de le coucher dans un livre, Manisfesto.
Ce livre est construit par chapitres thématiques, c’est pratique d’une certaine façon. Ça commence forcément par sa famille et ses origines dont on n’est pas surpris d’apprendre qu’elle est métissée. D’un côté, une mère britannique et de l’autre un père nigérian. Ils font huit enfants et assez tôt, elle en a marre des frangins qui occupent la place. Elle sera heureuse de dégager à dix-huit ans dans un lieu à elle. Un bien grand mot car elle n’a eu de cesse d’emménager dans des squatts et des colocs sans aucun confort mais lui offrant une totale indépendance, sa chère liberté.
Très tôt, elle écrit des poèmes puis rencontre le théâtre et fonde à 23 ans le Théâtre des Femmes Noires. Ses écrits, beaucoup de poèmes, des livres, ne seront publiés qu’à l’âge de 35 ans, et en attendant elle bouillonne, vibre, bouge, se heurte bien sûr au racisme (l’incrédulité récurrente des gens lorsqu’elle leur annonçait qu’elle était écrivaine), déménage sans arrêt, mène une vie de rebelle, se vêt de façon voyante.
Un chapitre est consacré à ses amours, parfois anodines, elle a oublié les prénoms de ses liaisons de jeunesses, parfois tumultueuses, notamment celles avec une lesbienne dominante perverse narcissique qui lui a coûté plusieurs années. Et explique comment elle est passé de l’hétérosexualité du début à l’homosexualité pour revenir ensuite à l’amour pour les hommes. Elle en a d’ailleurs épousé un avec qui elle vit toujours, épanouie, dans sa chère banlieue sud de Londres.
Et puis elle explique son processus créatif dans le détail, son parcours sinueux fait de hauts et surtout de très bas et nous démontre sa hargne à ne jamais rien lâcher. Le sous-titre du livre est N’abandonnez jamais. C’est ainsi qu’elle est, femme énergique, enthousiaste, positive et joyeuse.

Manifesto N’abandonnez jamais de Bernardine Evaristo, 2023, traduit par Françoise Adelstain (Manifesto or never giving up) aux Editions Globe. 272 pages, 19,90 €

Texte © dominique cozette

Une drôle de façon de parler du négus

Turco. Voici un livre follement drôle et attachant de Sylvain Chantal, un type super sympa qui vit sur une pénichette sans aucun confort, sur l’Erdre, à Nantes. Quelques temps avant de mourir, vla-ty pas que sa grand-mère lui apprend que son oncle à elle, donc le grand-oncle de l’auteur, était le chauffeur de Hailé Selassié. Vous n’êtes pas sans savoir qu’il s’agit du négus, le roi des rois, empereur d’Ethiopie qui fut considéré par les rastafari jamaïcains comme le messie envoyé de Dieu .
Cette nouvelle est fantastique pour le petit-fils qui ne connaissait rien à cette partie de la famille de sa grand-mère qu’il visitait souvent. Notre auteur, devant le rôti-patates de mémé, n’en revient pas et, après quelques clics sur Internet, il retrouve le fil de cette lignée dont le fameux « chauffeur » (en fait bien plus important que ça puisqu’il sera nommé chef de la garde impériale de Sélassié) Francesco de Martini.
De fil en aiguille, il va faire la connaissance de plusieurs personnes de la famille de mémé, au Liban, puis à Rome où son cousin Antonio de Martini le reçoit avec un faste complice et lui confie beaucoup de documents, dont les photos de quatrième de couv qui confirment son récit. C’est bien lui, ce grand-oncle, qui a sauvé le négus d’un coup d’état en défonçant avec son char la barrière de la résidence impériale pour l’embarquer loin des tracas.
Néanmoins, Turco n’est pas un manuel historique, ni un biopic . Bien sûr, Sylvain Chantal y relate tout ce qu’il sait sur ce grand-oncle farfelu, espion, aventurier pour le moins, et qui a longtemps côtoyé Sélassié mais il y glisse d’abondantes anecdotes sur sa famille, ses rencontres, sa grand-mère, son ex, ses essais infructueux sur Tinder pour un hypothétique câlin, ses misères, et toutes sortes de gags qu’il subit dans son petit logement fluvial.
Les jeux de mots abondent, les détails de la vie courante ne nous sont pas épargnés et la franche rigolade nous guette dès les premières pages. Juste une petite citation : » […] tonton se trouve Grande-Giovani come di Fronte, que je traduirais approximativement par Gros-Jean comme devant. J’ai tapé Grande-Giovani come di Fronte en italique; je ne sais pas si à Rome ils l’auraient écrit de la sorte, mais à Pise, c’est certain. » Moi, cet humour m’éclate. Bref, un livre qui déridera les plus ronchons d’entre vous.

Turco de Sylvain Chantal. 2022 au Dilettante. 220 pages, 18 €.

Texte © dominique cozette

Prêts pour un petit suicide en douceur ?


Oui, vous avez bien lu. A quatre-vingts ans, Kay et Cyril doivent prendre le fameux médoc qui vous emmène en douceur dans l’au-delà. Ils ont décidé ça à la cinquantaine, lorsque le père de Kay a fini par mourir suite à un interminable Alzheimer bien crade et bien repoussant. C’est le thème du nouveau roman de Lionel Shriver (c’est une écrivaine pour ceux qui l’ignorent qui a commis de nombreux et fort passionnants livres dont Il faut qu’on parle de Kevin). Je l’adore.
Celui s’intitule A prendre ou à laisser. Ils ont trois enfants dont une fille genre pénible, un premier de la classe genre mou-mou et un petit dernier genre glandeur-profiteur. Sinon lui est médecin, il connaît donc bien les médocs et elle infirmière, d’abord, puis a changé pour décoratrice. Chez l’autrice, les caractères et la psychologie sont terriblement fouillés. Pas de raccourcis, pas de travers laissés dans l’ombre. L’humain, elle s’y connaît jusqu’au moindre détail.
Alors donc les années s’écoulent, assez vite, jusqu’au fameux anniversaire des quatre-vingts ans de Cyril, Kay les a déjà eus, date butoir, on n’y coupe pas, alors qu’elle se demande si c’est bien raisonnable d’agir ainsi. Elle n’est pas très convaincue de la décision prise il y a si longtemps. Ils sont en forme même si lui fait semblant d’aller mal et de souffrir de divers troubles du vieillissement, et si elle a quelques trous de mémoire comme tout le monde. Mais les choses sont en route, ils ont dépensé leurs économies et même mis une hypothèque sur leur maison afin que profiter au maximum de leurs dernières décennies. Et ce fameux soir, on y est, ils ont ont mis les petits plats dans les grands, choisi un bon vin et mis de beaux habits.
Mais comme elle a peur de survivre à son mari, des fois qu’elle supporte mieux le médoc que lui, il lui propose de prendre la pilule la première tandis qu’il la tiendra dans ses bras. Et lorsqu’elle sera morte, ce sera à lui de partir.
Mais les choses ne se passent pas vraiment comme ça. D’ailleurs, les choses peuvent aussi arriver autrement, il y a des possibilités à envisager, une douzaine, et c’est ce que nous raconte l’autrice avec tout son talent de dramaturge mâtiné cocasse.

A prendre ou à laisser de Lionel Shriver, traduit par Catherine Gibert (Should we stay or should we go, 2021). 2023 aux Editions Belfond. 286 pages, 22 €.

Texte © dominique cozette

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