Les Fessebouqueries #555

Plein d’excuses pour ceux qui zozotent et qui zézaient, mais cinq-cent-cinquante-cinq, c’est insensé cette allitération ! Cependant, ce n’est pas le propos de la semaine écoulée qui a vu la disparition d’un homme apprécié de tous et qui laissera un grand trou, je parle de Benoît Hamon, et vous, vous pensiez à Mikis Théodorakis. Hélas remplacés dans nos medias, un clou chassant l’autre, par la remontadebourd vs les zemmouroïdes. Ça se soigne. Par le vaccin, et s’il faut aller à la Pataterie, je crois qu’ils iront tous se faire piquer. Une qui fait le buzz parce que oh la vilaine, comme elle a mal géré tout ça, cette ministre, elle va voir ce que les méchants talibans de la justice vont lui infliger ! Mais le pire, c’est cette conspiration qui tendrait à nous faire croire que Bébel est mort. En plus, l’allonger avec les Invalides ! On nous prend vraiment pour des guignolos !  Ça nous apprendra à écouter les news plutôt que de faire des câlins à nos chères amours ! Allez, tchin et des bisous respectueux…

– PE : Paraît qu’Alain Delon, aux Invalides, a demandé à ce qu’on l’appelle désormais « Dedel ».
– OR : Nous rappelons à notre aimable lectorat que le 11 septembre devrait marquer la fin des hommages à Jean-Paul Belmondo.
– NMB : Je viens de voir les images du cercueil quittant les Invalides sur la musique du chien qui court dans un champ de blé à coté d’un rabbin, c’est très émouvant.
– OR : L’Histoire retiendra du premier quinquennat de Macron qu’il a enterré Johnny, Belmondo et la réforme des retraites.
– ES : Montebourg sera-t-il le président des ruches ?
– MK : Après « Tournez manège », nouveau jeu télévisé pour une droite chatouillée à l’extrême : « A nos Zemmour » !
– VS : Rappelez-vous que c’est Macron et son budget fleurs à l’Élysée de 600 000 € et la rénovation de son bureau de 900 000 € en 2020 qui nous explique que rénover les écoles marseillaises, n’est pas une question d’argent.
– MA : Quand un apéro commence par « On peut dire ce qu’on veut sur Zemmour MAIS… » bah t’es contente d’avoir mis une 2ème bouteille de blanc au frais.
– OA : Plutôt que les trains, ce sont les bibliothèques et les musées que j’aurais rendu gratuits pour les policiers.
– DC : Belmondo aux Invalides, c’est un oxymore, non ?
– OB : Exclusif : Un people aurait rendu hommage à Belmondo sans montrer sa photo avec lui. Plus d’informations à venir.
– PA : Vous inquiétez pas pour Belmondo, je l’ai vu mourir dans beaucoup de films, il revient toujours.
– LP : Imagine : t’es Dieu et tu vois débarquer un mec qui a plus de charisme que toi.
– OM : Ok donc le Ministre accusé d’avoir monnayé sexuellement ses faveurs à une femme menace une autre femme de dévoiler les messages qu’elle lui envoyait pour obtenir une faveur… Osé.
– VO : Je serais curieuse de savoir ce que font les hommes des précieuses secondes qu’ils gagnent en ne fermant jamais les tiroirs ou les portes des placards…
– OR : Le ministère de la culture du Canada vient de détruire tous les instruments de musique jugés offensants pour les natives et le gouvernement afghan a brûlé 5000 albums de BD incompatibles avec la Charia. À moins que ce soit le contraire…
– PI : Je ne sais pas vraiment quoi penser des gens qui se battent pour leur liberté, alors que le seul moment de leur journée où ils prennent une décision sans entrave, c’est sur le choix du programme télé quand les enfants sont couchés.
– ES : C’est le moment de relire le chef d’œuvre d’Albert Cohen, « Bébel du Seigneur ».
– RR : Pendant 5 minutes j’ai cru que tout le monde me regardait sur le quai du métro à cause de mon éblouissante beauté, alors que j’avais juste oublié de mettre mon masque.
– NMB : Depuis ma deuxième dose de vaccin, j’ai tous les magnets du frigo collés à l’épaule, j’en profite pour vous annoncer qu’il me manque le Cantal, l’Ardèche et le Haut-Rhin pour finir ma carte de France Père Dodu, si ça vous dit de faire des échanges.
– RP : Benoît Hamon annonce qu’il quitte la vie politique. Une semaine de deuil décrétée à Sciences Po
– SH : Avec autant de publicité, La Pataterie va attirer le gratin.
– PA : Il suffit de voir comment les gens se comportent devant un buffet pour imaginer le bordel que ça va être quand les ressources naturelles vont manquer !
– BR : Je ne comprends pas pourquoi Buzyn est mise en examen. Depuis quand les lois s’appliquent-elles aux ministres ?
– FQ : Je sais que Bébel aimait les chiens, mais de là à jouer la musique de Royal Canin pour lui rendre hommage, c’est abusé je trouve.
– BR : Est-ce que le discours aux Invalides sera décompté du temps de parole du candidat Macron ?
– OVH : Rendre hommage à Mikis Theodorakis me paraît la moindre des choses, mais au bout d’un moment, que c’est chiant. Vive Mozart.
– JB : Suite à l’allocation de rentrée scolaire, mes enfants partent désormais à l’école avec chacun un écran plat dans leur cartable : bonjour le poids des sacs ! Merci le gouvernement
– CC : C’est scandaleux, on me dit que mon livre est une resucée de Rebecca alors que c’est complètement une resucée de Barbe-Bleue.
– MK : La contraception gratuite pour les femmes jusqu’à 25 ans, annonce Véran. Pour faire passer quelle pilule ?
– OR : À Kaboul les étudiantes à la fac pourront reprendre les cours mais en burqa dans des salles non mixtes. Évidemment, celles qui profiteront de cette situation pour tricher aux examens seront lapidées.
– NMB : Quand on me demande pourquoi j’ai un trou de 11 mois consécutifs dans mon CV, j’aime bien répondre que j’étais juste en train de changer ma housse de couette.
– LP : J’ai compris de quel espèce est l’oiseau de Twitter : c’est un pigeon, parce qu’il chie sur tout le monde.
– CEMT : – Agnès Buzyn vient d’être mise en examen… – Ah bon, elle veut revenir au gouvernement ?
– RP : Un cousin: 26 ans, plutôt sportif, aucune comorbidité. Deuxième injection de Pfizer il y a trois jours. Hier, on l’a surpris devant le débat des candidats à la primaire écologiste…

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RAPPEL : Je collecte au long de la semaine les posts FB et les twitts d’actu qui m’ont fait rire. Les initiales sont celles des auteurs, ou les premières lettres de leur pseudo. Illustration ou montage d’après photo web © dominique cozette. On peut liker, on peut partager, on peut s’abonner, on peut commenter, on peut faire un tour sur mon site, mon blog, mon Insta. Merci d’avance.

Les guerres intérieures de Valérie Tong Cuong

Le titre, comme l’image sur la jaquette du poche qui ne correspond à aucun personnage, ne dit pas grand  chose sur le sujet du livre Les Guerres Intérieures de Valérie Tong Cuong sauf qu’il se passe quelque chose d’affreux dans la tête de quelqu’un. Dans celle du héros, acteur d’une petite cinquantaine, vaguement à la ramasse mais invité un beau jour à se rendre d’urgence au rendez-vous d’un immense réalisateur. L’espoir insensé d’une consécration tant attendue.
Passant par chez lui  pour se changer, il prête une attention toute relative au boucan du dessus, une bagarre, des coups, un cri. Il banalise pour ne pas avoir à s’en mêler et rater son rendez-vous. Mais plus tard, il apprendra par la police qui l’interroge en tant que voisin que le jeune étudiant du dessus a été sauvagement agressé et transféré à l’hôpital en urgence, dans le coma.
Les guerres intérieures vont alors commencer dans sa tête, aurait-il dû ou pu intervenir, cela aurait-il changé quelque chose ? S’est-il comporté comme un lâche ?
Et elles vont devenir insupportables lorsque la femme qu’il rencontre, un an plus tard et dont il tombe amoureux, s’avère être la mère du jeune homme. Elle lui raconte alors le calvaire de son fils, un syndrome post-traumatique très lourd puisqu’il ne se souvient de rien, ne sait pas pourquoi il a été violenté, ni  par qui, ni pourquoi cette personne ne recommencerait pas. Sa vie est détruite.
C’est un cas de conscience qui va se jouer pour cet homme qui n’a jamais avoué son rôle de témoin, surtout pas  à la police, mais dont un élément inattendu va le mettre au pied du mur. Il va devoir faire un choix douloureux : tout révéler et perdre l’amour de la femme et l’amitié du garçon ou rester muet à jamais avec un immense sentiment de culpabilité qui le détruira à petit feu. Remords, regrets, lâcheté, courage sont les véritables héros de ce texte très fort.
Oui, c’est un mélodrame mais mené avec l’habileté que l’on aime chez Valérie Tong Cuong qui sait dérouler ses romans en ménageant un suspens incroyable.

Les Guerres Intérieures de Valérie Tong Cuong. 2019. Editions du Livre de Poche. 236 pages, 7,40 €.

Texte © dominique cozette

La mélancolie de celui qui vise juste

La mélancolie de celui qui vise juste est un roman très original de Lewis Nordan, né en 1939 dans le Mississipi et mort en 2012 dans l’Ohio. Il est édité par Monsieur Toussaint l’Ouverture, une maison d’édition qui soigne ses publications comme nul autre éditeur, avec des couvertures magnifiques et des commentaires originaux. Celle-ci est toilée. Je reçois ses newsletters et ça m’a donné envie de ce livre. Et comme ça se passe dans les bayous, j’ai aussi pensé à l’ambiance du film de Tavernier Dans la brume électrique, inspiré du roman Dans la brume électrique avec les morts confédérés, super bouquin de James Lee Burke. C’est juste pour l’ambiance.
Dans La mélancolie de celui qui vise juste, le héros principal se nomme Hydro, comme hydrocéphale car le pauvre, il a une grosse tête mal faite. Mais c’est un bon petit, chéri par son père, pêcheur dans le bayou, qui lui prépare chaque jour des tartes aux pêches qu’il dégustera dans la boutique-pompe à essence qu’il garde, c’est son job, en compagnie d’un petit gars à qui il refile des piles de BD qu’il lit dans l’arrière boutique.
Un jour, deux punks gothiques braquent la boutique. Mal leur en prend car ils vont se retrouver avec une balle dans la tête. Est-ce Morgan, l’as de la gâchette qui a joué à Guillaume Tell l’heure d’avant ? Le petit a tout vu, il a même vu pire. Mais le dira t-il ? Dans ce bled qui s’appelle Attrape-Flèche, au sein d’une végétation luxuriante dans laquelle s’ébattent un tas de bêtes exotiques —  il y a même des dauphins qui dansent dans le bayou —  défilent des personnages tous plus pittoresques les uns que les autres : le docteur obèse, père du gamin qui ne lui parle jamais, sa jolie femme complètement alcoolique qui s’envoie en l’air avec Morgan, le thanatopracteur alias le Prince des Ténèbres fondu de théâtre, le shériff qui ne ferme jamais la porte de sa prison. Ou les deux gosses du médecin qui partent sous un déluge en pleine nuit sauver des canaris sauvages de la noyade (très joli passage).
C’est une sorte de blues aux accents poétiques que nous déroule l’auteur avec ses portraits fins, inattendus et drôlatiques. Hydro, au cœur du récit, nous touche infiniment, toujours à la recherche de sa mère perdue, jamais une mauvaise pensée mais parfois des gestes désespérés.
Un roman original, attachant, qui nous emmène dans un petit paradis moite, pas forcément rose, où la sueur coule souvent, et les larmes parfois.

La mélancolie de celui qui vise juste de Lewis Nordan 1995 sous le titre The Sharpshooter blues. Edité en 2021 chez Monsieur Toussaint l’Ouverture, traduit par Marie-Odile Fortier Masek. 288 pages, 19 €.

Texte © dominique cozette

Les Fessebouqueries #554

C’est pas de la tarte aux figues, ce retour aux Fessebouqueries avec ces zigs qui sont pour ou contre le vacherin et ceux qui, bien que vachinés, sont contre le passe-montagne. Quel slalom pour repérer ceusses qui ont gardé leur humour et en usent tout cru. Mais ne nous plaignons pas, d’autres sujets prêtent à rire, les Zemmon et les Mélenchour, les Pécron et les Macresse, les Le Pan et les taliben… La Vals à mille temps continue à derviche-tourner, Retailleau se taille, Joséphine Baker va filer la banane aux pauvres grands disparus gisant au Panthéon, et la cité fossé-haine vient de subir l’invasion des parigots tête de veaux. S’en remettra-t-elle ? Comme le disait Cioran, ce joyeux luron, « Si Napoléon avait occupé l’Allemagne avec des Marseillais, la face du monde eût été tout autre. ». Sur ce, passez un super dimanche à bisouter les vôtres, sans excès bien sûr.

– OM : La petite larme quand ma femme est arrivée avec un test de grossesse et m’a dit avec de la buée dans les yeux, « chéri, tu vas avoir un écran plat… ».
– IB : Grand Remplacement : oui, il existe un processus, délibéré, de substitution de Marine le Pen par Eric Zemmour.
– FT : Donc, si je suis le jugement éclairé des politologues de Twitter, Mélenchon serait à la fois Franc-Maçon et antisémite, islamo-gauchiste tout en étant sur la ligne de Le Pen, et en plus il est agressif, surtout quand il sourit. J’ai bon?
– CEMT : Emmanuel Macron : « Ecoutez, je ne sais plus si je me suis fait vacciner le 31 mai ou le 13 juillet, tout ce que je sais c’est que c’est un jour où Blanquer a dit une connerie, donc ça peut être n’importe quel jour. »
– OM :  « Bruno Retailleau annonce qu’il ne sera pas candidat à l’élection présidentielle 2022 » Le beau-frère de la cousine du mari de la meilleure amie de ma voisine non plus au cas où ça intéresse quelqu’un…
–  RR : Ce sont toujours des hommes qui ont eu à choisir quelles femmes seraient dignes d’entrer au Panthéon…
– OK : Si ça se trouve, les ovnis, c’est juste des milliardaires des autres planètes.
– RB : Macron veut gérer Kaboul et Bagdad. Pourquoi pas les quartiers Nord de Marseille !!!
– CEMT : Emmanuel Macron : « Oui, on discute avec les talibans, globalement c’est plus reposant qu’avec les antivax. »
– BR : Grâce aux panneaux d’Annie Dingo, le virus a fait demi-tour aux portes de Paris.
– RO : Attention ! Le variant « mu » se transmet par le pet, qu’on appelle le PMU.
– AP : Emmanuel Macron va passer 3 jours à Marseille…c’est plus que Jean-Luc Mélenchon depuis son élection à la 4ème circonscription.
– GB : Et soudain le pays tout entier découvrit stupéfait que ce gouvernement était doté d’un ministère de la ville et d’une vraie personne qui en assume la charge. (Nadia Hai, ministre de la Ville.)
– NMB : L’avenir appartient à ceux qui ont oublié de remplir le bol de croquettes des chats avant d’aller se coucher.
– PA : Avant de te moquer de ta mère qui galère avec son smartphone, rappelle-toi qu’un jour, elle a dû t’apprendre à te servir d’une cuillère !
– RV : Obligé d’appeler des parents dès ce soir : la moitié des élèves n’avaient pas apporté leur écran plat. L’année va être longue.
– BI : Je viens de comprendre comment ça marche ici :  le matin on parle du café, le dimanche on parle du lundi, et le reste du temps on s’insulte.
– AV : C’est vrai qu’on dirait que Macron fait campagne pour être maire de Marseille. Vues les propositions, il a l’air de connaître la ville par cœur.
– BLM : Comme personne n’ose s’y coller je vais le faire. ON S’EN BRANLE DE VOS GOSSES !
– OK : Grâce à l’allocation de rentrée scolaire, les enfants pourront apprendre que la Terre est ronde et l’écran plat.
– LP : Les Parisiens sont contents, ils peuvent désormais rouler à 30 kmh alors qu’avant ils roulaient à 10 kmh.
– JT : Si tu n’as pas un écran plat à 3 ans, tu as raté ta vie.
– CC : J’ai proposé à mon fils qui fait son entrée en 5ème de l’accompagner au collège, il m’a regardé comme si j’étais une psychopathe, avant de s’enfuir en ricanant alors que je lui rappelais qu’on m’avait ouvert le ventre à la tronçonneuse pour lui permettre de venir au monde.
– CEMT : Emmanuel Macron : « Et ce que je voudrais dire ici à Marseille aux délinquants, c’est qu’ils peuvent se réinsérer dans la société, la preuve moi j’en ai pris plusieurs dans mon gouvernement. »
– NP : Le gouvernement a tellement peur des syndicats de police que s’ils demandaient que Brigitte Macron descende les Champs Élysées à poil avec des fleurs dans le cul, c’est Darmanin qui choisirait les fleurs et Emmanuel Macron qui prendrait les photos.
– DC : Voilà une campagne présidentielle qui commence bien, dans la joie et la Pécresse !
– ES : Est-ce que le variant Mu mue ?
– OB : La liberté des uns s’arrête là où commence la connerie.
– BI : Si on rouvrait les bordels, j’irais faire des passes sanitaires.
– ID : Le boulanger me dit « Un 69 ». Je dis oui avec plaisir. J’ai ensuite compris que c’était le prix du pain.1.69€.
– CEMT : Gérald Darmanin : « Les trajets SNCF seront gratuits pour les policiers, les trains devront s’arrêter devant leur maison, on leur déroulera le tapis rouge et des femmes nues viendront leur souhaiter la bienvenue, c’est bien le minimum. »
– GB : Je sais combien vous trépignez d’impatience avec votre billet TGV non remboursable à 100 € d’être assis à côté d’un voyageur non vacciné portant une arme à la ceinture et qui voyage gratis.
– PI : Puisqu’on est dans le naming, Mu c’est sympa mais j’aimerais vraiment qu’à l’avenir un des variants s’appelle Manuel Valls.
– BI : Quand une cougar prend sa retraite, elle fait un pot de guépard ?
– JB : Parmi les grandes catastrophes qui détruisent chaque jour notre planète et nos sociétés, je trouve qu’on néglige trop souvent le mocassin à gland.
– MM : Je dédie une pensée à tous ces mômes qui devront raconter dans une rédaction qu’ils se sont fait chier tout l’été dans le hall de leur immeuble, ainsi qu’à ceux qui s’inventeront des vacances idéales.
– PA : Ce matin je suis allé aux toilettes sans mon smart phone. Il y a 124 carreaux dans ma salle de bains.

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J'adore Tronchet !

Evidemment, ça peut prêter à confusion, de clamer qu’on adore Tronchet. Et pourtant ! Tronchet, c’est un auteur de BD connu et reconnu de tous, il a inventé Raymond Calbut et Jean-Claude Tergal, par exemple. Et raconté de très nombreuses histoires, drôles ou exaltantes.
Celle-ci, Le Chanteur Perdu, est pratiquement une histoire vrai. Enfin ce qui concerne le chanteur. Celui qui le recherche a certes pris les traits de Didier Tronchet, la grande bouche, mais a vécu autrement. Etudiant contestataire fauché dans les 70’s, il est devenu bibliothécaire de quartier, triant, classant, nommant des centaines de livres, CD ou K7, boulot sans grand intérêt mais qui convient à un mec sans ambition. Le soir, il joue avec son chat et écoute les chansons françaises de l’époque, pure ringardise en regard de ce qui est « in », c’est à dire les anglo-saxons. El voilà qu’il entend chez son voisin de palier une chanson en français qui lui accroche l’âme. Rémy Bé, un métis euro-indochinois aux paroles superbes.
La cassette que lui a faite le voisin, il l’a écoutée des années, des années. Toutes les chansons lui sont restées en tête durant trois décennies et c’est lors d’un burn-out — très bizarre quand on bosse en médiathèque — qu’il a décidé de retrouver cet artiste qui l’avait sauvé si souvent quand il avait le spleen.
Mais Rémy Bé se cache, il n’existe pas sur le web ni nulle part. Il s’est effacé. Est-il vivant, est-il mort ? Peu importe, il doit retrouver sa trace et ça commence à Morlaix, au pied de l’aqueduc célèbre, décor de l’unique album de Rémy. De chance en intuition, l’homme va decrypter des indices, principalement dans les paroles autobiographiques de ses chansons… Cela va l’amener dans de nombreux endroits et pour finir, dans une île paumée, mais chut… il faut laisser le charme agir. Cette quête est tellement étonnante ! Et le résultat tellement peu conforme à la recherche ! C’est formidable !  Et puis les dessins de Tronchet sont merveilleux, il a le don pour créer des ambiances prégnantes, vivantes, quasi cinématographiques.
Alors oui, le chanteur a existé. A la fin, un texte de Tronchet avec photos nous raconte son histoire. Et nous propose même de lire le roman qu’il en a tiré, qu’il nous offre sur son site. Ainsi que d’autres bonus indispensables à notre curiosité.
Je ne vous en dis pas plus car tout est dans ce magnifique album paru l’an dernier. Ne vous privez pas d’un tel plaisir.

Le Chanteur Perdu par Didier Tronchet. 2020 aux Editions Aire Libre. Env. 200 pages, 24 €

Texte © dominique cozette

Une maudite folie !

Une folie maudite, épouvantable. Le livre, L’Intime Etrangère, est écrit par une psychiatre, Anna Révah, qui raconte par le biais d’une consœur fictive son voyage dans la folie. Notre héroïne, puisque c’est son métier, connaît bien tous les accidents qui se produisent dans la vie mentale de ses patients. Et pourtant, la voici qui tombe en plein dans une des pires folies, la mélancolie délirante, ou le syndrome de Cotard, qu’elle a côtoyé. Mais comment s’apercevoir qu’on est en train d’y tomber quand on en est si proche. On se dit que ce n’est pas possible, que c’est juste une déprime, de la fatigue, enfin tout sauf ça.
Mais les symptômes sont précis, elle devient invivable pour ses proches et ses moins proches, elle déraille complètement. Sa compagne essaie de l’inciter à voir des confrères mais elle s’y refuse. On sait bien que les médecins ne veulent absolument pas se laisser voir, donc dominer, par leurs pairs. Pourtant, il faudra la contraindre, elle ne peut plus vivre seule, plus exercer, plus rester enfermée chez elle : elle est internée en clinique. Et là, elle doit subir des électrochocs (attention les électrochocs d’aujourd’hui ne sont pas ceux que l’on infligeait jadis aux fous), seul traitement apte à remettre les circuits neuronaux en marche. Il lui en faut plusieurs. C’est stressant, exténuant mais satisfaisant.
La route est longue pour sortir de cette incroyable crise où tout s’oublie. Cette maladie néantise tout : on n’est plus rien mais on veut se suicider, le monde n’est plus rien, le corps non plus, on en voit certaines parties collées sur le corps des autres, c’est épouvantable, un délire monstrueux.
Lorsqu’elle va mieux, elle demande à sa compagne de lui décrire comment elle était à ce moment-là et c’est très douloureux, pour l’une comme pour l’autre de revivre ou d’affronter cette réalité. C’est encore plus pénible pour ses deux grandes filles. L’une d’elle ne peut pas en parler, lui laissant seulement lire un texte écrit au début de sa maladie. Car, durant ce long épisode, la personne connue, mère, compagne, n’est plus là. Elle a laissé place à une inconnue sans attrait, sans affect qui se dit rongée par la pourriture.
Ce livre est abrupt, austère, sinistre parfois. Il sera apprécié par ceux qui, comme moi, s’intéressent aux profondeurs inconnues de l’âme, enfin du cerveau, et aux caprices des neurones.

L’Intime Etrangère par Anna Révah, 2021 aux éditions du Mercure de France. 134 pages, 14€.

Texte © dominique cozette

la fin mystérieuse d'un père

J’avais été bouleversée par le très beau « mélodrame » (c’est l’auteur, Pierric Bailly, qui le dit) sorti récemment, le Roman de Jim (voir ici mon billet). Et l’émission qui me l’avait révélé tressait des lauriers à son livre précédent sur son père. La mort de son père, un récit intitulé l’Homme des Bois parce que tel était son père, entre autres dénominations. Le décor est sensiblement le même que celui de Jim, et pour cause, c’est la vie de l’auteur, avec descriptions pointues des lieux, des gens, des objets.
Son père était un homme honnête qui se dévalorisait tout le temps car il trouvait que sa vie n’était pas à la hauteur de ses rêves, de ses idéaux. C’était un homme engagé, inscrit dans des mouvements associatifs, désirant s’élever mais n’ayant pas réussi à quitter son Jura natal, même si, à la fin, il s’est hissé au grade d’infirmier dans un centre de toxicos. Pudique et secret et, bizarrement, se liant extrêmement facilement, recherchant toutes occasions de rencontrer les autres, de partager, d’apprendre. Il fallait voir le nombre de gens venus à son enterrement. Il faut dire que sa mort faisait la une du journal local : on avait retrouvé son corps dans la forêt qu’il connaissait comme sa poche. Il était resté là trois jours, ayant glissé et s’étant fracassé sur la pierre.
Son fils n’a jamais pu élucider le mystère : son père avec des chaussures de ville, glissant d’un rocher de trois mètres… Alors il fait et refait le trajet, et lorsqu’il apprend que le corps a été déplacé de quelques mètres après la chute, il croit comprendre qu’il est alors tombé de la haute falaise. Mais alors, s’est-il suicidé, est-il mort juste après avoir tenté de se relever, a-t-il souffert, si oui, longtemps ? La police n’ayant demandé ni enquête ni autopsie, a juste conclu à une mort accidentelle.
C’est alors que le fils rencontre son père : dans tout ce qu’il a laissé dans son petit appartement d’une HLM : des méthodes ou inscriptions pour apprendre des tas de langues, pour s’initier au tarot divinatoire, à la chiromancie, à la philo, à la vie des Indiens, au jazz. Il a suivi des cours sur les animaux, l’astrologie, les plantes, il a fait des herbiers. Il s’est abonné à des revues littéraires, médicales, musicales dont il recopiait des articles à la main pour les archiver dans des classeurs. Côté professionnel, il s’est formé par correspondance à la naturopathie, la diététique, la phytothérapie, l’ethnomédecine, la PNL … Il a obtenu toutes sortes de diplômes et de certifs. Il assistait à toutes sortes de conférences, la liste est ésotérique, il prenait de nombreuses notes dans des cahiers, il participait aux concerts, festivals, théâtre de rue, manifestations écolo, solidaires, cirque… Il n’arrêtait pas. Sa mémoire, hélas, ne suivait pas. Il oubliait au fur et à mesure.
Quant à sa vie amoureuse, après avoir été larguée par sa femme à cause de son caractère colérique (qu’il refusait d’admettre), il a fait une collectionnite aiguë de Catherine, Sylvie, Françoise, Anna-Marie etc.
Bref, son fils découvre peu à peu toutes ses facettes, tranquillement, rien ne presse pour liquider ses affaires et nous suivons avec lui ce chemin entre l’amour, le chagrin, la perte, le devoir de mémoire. Et celui de lui offrir un départ digne de lui.
C’est joli, c’est poignant, c’est chaleureux, c’est un petit livre qui ne fait pas que l’apologie d’un père mais sait aussi le fustiger pour ses failles et ses manquements.

l’Homme des Bois de Pierric Bailly, 2017. Aux éditions Folio. 128 pages.

Texte © dominique cozette

Mary, petite Mary…

La Couleur du Lait est le premier livre de Nell Leyshon traduit en français. Sans l’intérêt d’une amie pour ce livre inconnu, je serais passée à côté d’une merveille. Oui, une fraîcheur d’esprit, de liberté et de poésie. Le titre est le même en anglais, il se réfère à la couleur des cheveux de la narratrice, Mary, une fille de ferme, une ferme misérable dans la campagne du Dorset en 1830. Elle vit là avec ses trois sœurs, l’une lit la Bible sans savoir lire, une autre, très grande, se plaint de son dos et s’envoie en l’air au milieu de la nuit avec un coquin, et la dernière est une insupportable carne. Insupportable comme l’est aussi Mary aux yeux de ses parents : petite dernière née avec une jambe tordue, elle ne cesse de jacter. Elle jacte, elle jacte, elle jacte, elle a réponse à tout et questionne sur tout et ne cesse de frôler l’insolence tant elle est cash. La mère s’occupe peu de ses filles car il y a tant de choses à faire dans la journée, le père les fait marner à coups de bâtons parce que ce sont de simples filles qui ne peuvent abattre le travail du garçon qu’il n’a pas eu. Heureusement pour Mary, il y a le grand-père, privé de ses jambes, oublié dans un coin, juste nourri. Lui, il adore cette enfant qui parle, elle sait le distraire et le faire rire. Malgré le peu de temps que le père lui laisse pour s’absenter. Mary supporte bien cette ambiance rude, de toute façon, elle ne connaît rien d’autre. Et puis elle a sa vache préférée qu’elle traie avec tendresse, et aussi son regard acéré sur sa maigre existence. Mais un jour, à quinze ans, sa vie va changer : son père l’envoie comme bonne chez le pasteur du village. L’épouse de celui-ci étant malade, il a besoin de quelqu’un pour lui prodiguer quelque attention, quelque présence, en plus de la bonne ordinaire chargée de l’intendance.
Ce livre est écrit en patois, je veux dire dans le langage brut et non châtié de la jeune paysanne qui a appris à écrire au prix de souffrance terrible. Il ne possède pas de majuscule ni de tiret et autre ponctuaution, ce qui est déroutant au départ mais qu’on assimile très bien, car il rend bien le flot urgent de la jeune personne à dérouler sa courte vie.
Dans ce presbytère, on ne peut pas dire qu’elle soit heureuse, ses sœurs et son grand-père lui manquent. Cependant, elle travaille dur, est très vite appréciée par le pasteur tant elle s’occupe bien de sa pauvre femme. De toute façon, elle n’a pas le choix. Elle s’entretient aussi avec le fils du couple, le coquin de sa soeur, un séducteur cynique qui s’apprête à partir à Oxford. Puis, avec le pasteur, elle va commencer à apprendre à lire…
Ce livre qui semble naïf est d’un grand enseignement sur le sort des paysans aux XIXème siècle, très pauvres, soumis aux aléas des saisons, sans aucun espoir de sortir de leur condition. Et particulièrement des femmes qu’on prive de scolarité, on a trop besoin de bras pour travailler la terre et soigner les animaux, qu’on esclavagise, dont on use et abuse pour tous les besoins, sexuels, bien sûr, sans respect ni reconnaissance. Le récit de cette jeune fille est divisé en quatre chapitres, comme les saisons, ce qui rythme irrémédiablement la vie de ces gens de peu. Un roman douloureux mais particulièrement enchanteur. Oui, c’est possible.

La Couleur du Lait de Nell Leyshon, 2012. Traduit par Karine Lalechère. Aux éditions 10-18. 188 pages.

Texte © dominique cozette

Panique à New-York

Noir dehors est un roman de Valérie Tong Cuong qui entremêle trois histoires destinées à ne jamais se croiser et pourtant. Cela se passe durant une fournaise comme New-York en a le secret. Les narrateurs sont un jeune homme nommé Canal, sans existence ni papiers, ni ami, ni famille ni même lit, recueilli bébé puis exploité par le tenancier d’une boutique genre Toupourien, dont il n’est jamais sorti mais où grâce aux livres, aux vidéos et aux plans vendus dans l’échoppe, il a accumulé énormément de savoir sur tous les plans. Puis une très jeune fille, Naomi, pute à crack, elle aussi recueillie ou enlevée à une pauvre émigrée roumaine (je crois), une gagneuse pour le compte de deux pourris violents, mais protégée par une autre employée de ce clandé, Bijou, au passé fumeux. Le troisième est un célèbre avocat hyper médiatique, Simon Schwartz, cocu, snob, perché au 36ème étage d’un building du financial district.
Leur vie aurait pu rouler ainsi sans la terrible panne d’électricité qui a paralysé NYC, interdisant tout : ascenseur, lumières, DAB, métro, trains, Internet, communication, donc embouteillage inextricable, retour à la maison impossible, gens affolés qui courent, braillent, se battent… Beaucoup se sont endormis ça et là dans les rues et aussi dans une église où vont se réfugier nos héros. Les deux putes, dont Naomi en manque, qui ont échappé à leurs bourreaux mais pas pour longtemps. L’avocat qui s’est pété la jambe en dévalant les étages et Canal qui va tenter de mettre à profit, dans la vraie vie, ce qu’il sait. Un prêtre à la solide réputation d’humaniste a pris en charge tous ces gens qui emplissent son église. Les macs ont retrouvé leurs proies, ils sont d’une humeur massacrante, c’est le cas de le dire. Que va-t-il advenir ? C’est le thème du livre.
Un petit livre qui se lit vite, écrit dans l’urgence (disait-on il y a une ou deux deux décennies) à coups de poing, de bourre-pifs, de saillies acérées et de fulgurances poisseuses. Un bon petit thriller.

Noir dehors par Valérie Tong Cuong, 2006. Aux éditions J’ai lu. 192 pages, 7,50 €

Texte © dominique cozette

 

Camus-Casarès, c'est l'amour à la page

Et des pages, il y en a près de 1450 dans l’édition Folio de leur Correspondance qui s’étale de 1944 à 1959, Camus étant mort dans un terrible accident de voiture le 4 janvier 1960. Comme quoi, dès le début, on sait que ça se finit mal, hélas.
Leur rencontre a lieu grâce à leur passion pour le théâtre. Lui écrit des pièces, elle est comédienne. Elle a vingt ans, il en a trente. C’est le jour de débarquement qu’ils se lient. Ils s’adorent immédiatement. Mais lui est marié (pour la seconde fois) et sa femme, Francine, a dû rester en Algérie pendant la guerre. Mais lors de son retour en octobre 44, les deux amants se séparent. Pour se retrouver par hasard boulevard Saint Germain en 1948. Ils ne se quitteront plus jusqu’à la mort tragique de l’écrivain. Pour autant, ils ne vivront pas ensemble. Camus tient à honorer son engagement marital et paternel, il a deux enfants et, même si Francine est assez vite au courant de cette passion qui détruit son couple, il s’efforce de rester avec elle, du moins auprès d’elle. Elle souffrira vite de dépression sévère. Maria, quant à elle, ne poussera jamais son amant à quitter son foyer, bien au contraire, elle ne supporterait pas de faire du mal à Francine et aux enfants. Néanmoins, du fait de leur métier qui les emmène partout, des relations communes qu’ils tissent, les amoureux ont l’occasion de passer de grands moments ensemble.
Les lettres étant livrées telles quelles, à la suite, et leurs retrouvailles (comme leurs conversations téléphoniques) ne sont pas relatées. On peut sauter trois mois entre deux courriers si on ne prend pas garde aux dates, sans qu’il y ait une indication de ce saut dans le temps. C’est la seul petit reproche que je ferais. A nous de deviner ce qu’il s’est passé entre eux à ces occasions. Les lettres sont assez explicites pour nous éclairer sur leurs états d’âmes.
Parfois, on y sent poindre une certaine lassitude, c’est le cas en 1950, lorsque Camus est soigné pour tuberculose dans une maison près de Grasse. Trois longs mois sans se voir car non seulement Francine est là, bien que de de façon très discrète, mais en plus Maria abat un travail de dingue de son côté : elle est tous les soirs au théâtre Hébertot où elle joue Dora dans Les Justes, de Camus avec notamment Serge Reggiani, elle enregistre chaque jour des pièces pour la radio, ce qui se faisait beaucoup dans ces années-là. Elle a aussi de nombreuse rencontres avec la presse, les auteurs ou réalisateurs, elle doit lire des manuscrits et des scenarios et elle s’occupe aussi de son père, un ex-ministre espagnol réfugié à Paris depuis l’avènement de Franco. Il est très malade. Ce qui n’empêche pas cette jeune femme pleine de ressource de lire abondamment, notamment La Recherche (où elle s’étonne et demande à Camus si Proust ne serait pas pédéraste car parfois il écrit comme une femme, voire comme une tante) et beaucoup d’auteurs russes. Elle passe aussi beauoup de temps la nuit et dans la journée pour répondre à son amant qui la harcèle pour savoir tout ce qu’elle fait en détail, il a terriblement peur se retrouver sans lettre le matin. Lui-même n’est pas de reste et produit beaucoup de son côté. En outre, ils tiennent chacun un journal dont on ignore la teneur. (Belle époque où l’in n’écrivait pas des textos en abrégé).
C’est passionnant car on les voit vivre. Aimer, attendre, patienter, se mettre en colère, désespérer… Elle ne se gêne pas pour, le traiter d’imbécile, « bête comme un lavabo », car il mal interprété son propos. On assiste à l’exercice de leurs métiers, on est dans les coulisses du théâtre, ou dans un voyage de tournée pour des conférences, on découvre leurs démêlées avec des personnalités, souvent Hébertot, ou les sociétaires de la Comédie Française où est entrée Maria (et qu’elle quittera) puis Jean Vilar… Beaucoup de personnages apparaissent de drôles de façon.
Ce qui est impressionnant, bouleversant, c’est leur volonté tenace de tenir un amour qui aurait vite fait de s’abîmer eu égard aux difficultés de rencontre. Ou à la souffrance de la jeune femme qui imagine l’autre intimité de son amant, la présence des enfants, le fait que Francine puisse avoir accès à une vie très banale avec lui comme se promener, alors qu’elle-même en sera privée à vie. Mais elle s’habitue à cette frustration.
Au fil de ce courrier abondant, les caractères se dessinent. Camus, souvent malade, isolé dans des maisons en Provence ou en altitude, doute beaucoup de lui-même et de son travail, on sent qu’il peine bien qu’il produise énormément, et porte une voix plaintive sur le sort qu’il fait subir à son amoureuse du fait de sa situatin maritale. Détestant Paris et les mondanités (même le Nobel ne semble pas l’émoustiller plus que ça), il se sent mieux dans le beau midi de la France, le Lubéron particulièrement où l’emmènent ses amis les Gallimard. Il finira par trouver la maison idéale à Lourmarin, qui reste la légendaire maison de Camus bien qu’il l’ait achetée quelques mois avant sa mort. Il n’en aura pas beaucoup profité. Par ailleurs, il voyage beaucoup et ce qu’il préfère, c’est parcourir l’Algérie, son beau pays où vit encore sa très chère mère.
Casarès, quant à elle, a un caractère bien trempé. Elle n’a peur de rien, se fout de la gloire, adore Paris où elle travaille principalement et où elle sort avec ses nombreux amis, mais cultive un amour particulier pour la Bretagne qu’elle retrouve dès qu’elle peut, nageant très sportivement et se roulant nue dans le sable mouillé. Elle est toujours sur la brèche, s’ennuie peu, c’est rare qu’elle se retrouve seule. Elle se couche très tard, se lève très tôt, avale des livres, fait parfois la fête et partage avec Camus une forme de rejet de l’entre-soi. Elle a aussi pas mal d’humour *.
Tous les deux entretiennent le feu de la passion, son incandescence car sans cet amour, il leur semble impossible de vivre. Dans ces textes écrits spontanément,  ils ne sont pas avares de descriptions de lieux, d’odeurs, de gens, de diverses sensations et fluctuations de leur mental que nous partageons avec gourmandise.
J’avais pensé lire une partie du livre, arrêter au bout de 300 pages pour un autre livre, puis le reprendre par ci, par là. Mais je n’ai pas pu m’en détacher d’une page. Ces deux amoureux m’ont secouée, leur amour m’a prise aux tripes, leur volonté farouche de s’aimer jusqu’à la mort a eu raison de quelques lassitudes. Eux-mêmes se lassaient parfois d’écrire toujours cet attachement alors qu’ils auraient pu le déguster sans un mot si la vie avait été plus favorable.
La lettre de Camus du 30 décembre 1959 commence ainsi : « Bon, c’est ma dernière lettre… ». C’était la dernière lettre de l’année avant son retour à Paris. Mais ça fait bizarre de lire ça quand on sait qu’il va se tuer en voiture quatre jours plus tard.
Ce livre est une somme extrêmement émouvante, une preuve peut-être que loin des yeux n’est pas loin du cœur et que la routine aurait peut-être interdit ce profond atteachement. Enfin, je dis ça…

Correspondance (1944-1959) par Albert Camus et Maria Casarès,  2017. Aux éditions folio. 1470 pages, 15 euros.

* Un passage amusant de Maria en 1956 : « Après je me suis promenée deux heures durant pour rentrer enfin avec les pieds déchirés d’ampoules. Je suis allée dîner avec une camarade — petite persane élevée en France et mariée en Angleterre — chez Martinez, un restaurant espagnol très élégant, très ennuyeux et sinistre, où l’on mange mal. Enfin, je me suis habillée en grand tralala, et je suis allée prendre Monique (Chaumette), Vilar, (Jarre) et Wilson pour finir la semaine en gaieté dans un night club. Malheureusement, la joie est rationnée dans ce pays. Il a fallu pour entrer dans cet endroit de plaisir remplir feuille sur feuille, montrer nos papiers, payer, devenir membre, mettre une cravate et enfin quand nous sommes arrivés à être dans la salle il était déjà minuit moins dix et l’on est venu nous prévenir qu’à minuit on nous enlèverait la bouteille de whisky et à minuit et demie les verres. Vilar a sorti sa pipe mais on lui a interdit de fumer. Pour aller danser sur la piste j’ai pris un chemin parmi les tables mais un garçon est venu me dire que ce n’était pas celui-là qu’il fallait prendre. »

Texte © dominique cozette

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