Parlons DARD

Un ami Facebook me suggère de devenir fan du DARD de Patrick Sébastien ! Oui, fan du DARD de Patrick Sébastien !!! J’ai cliqué pour voir  la page du truc en question : elle compte plus de 5000 membres  (je n’ai pas vu le sien !!!) et ne mentionne  pas le nom de ce gros farceur qui a déjà trompé sa propre mère en se grimant, puis roulé les médias dans la farine avec un personnage bidon d’écrivain tragique. C’était très bien fait. Et probablement inventeur de plein d’autres choses que j’ignore, ne suivant pas l’actu du talentueux auteur du petit bonhomme en mousse et autres chansons à boire.
Donc le DARD : étant écoeuré par la politique, comme d’aucuns peuvent être gavés par le niveau culturel de certaines émission du PAF, il a créé un grand rassemblement pour réagir. Qu’il a appelé DARD, non pas comme Frédéric qui vole beaucoup plus haut, mais comme « Droit au respect et à la Dignité ». Si vous allez sur www.patricksebastien.fr, le dardeur himself vous en donnera des nouvelles et vous conseillera de vous procurer dare-dare son programme dans les bonnes et mauvaises librairies. Par ici la thune !
Sinon, voici le lien d’un fessebooker qui tente de démonter la supercherie ( cliquez ici ) en s’incrustant sur la page même du DARD.
Je suggère à ceux que ça amuse de créer C.A.P.O.T.E, un contre-DARD dont je vous laisse trouver la signification des initiales.
Comme je le répète souvent, ne voyez rien de perso dans cette critique, je me fiche du DARD de Patrick Sébastien comme de mon premier rototo. N’étant pas son coeur de cible,  j’ai l’avantage de ne pas subir de pression médiatique le concernant.

Texte et dessin © dominiquecozette

Penser en rond

« Comment je pense quand je pense ?
Comment je pense quand je ne pense pas ?
En cet instant même, comment je pense quand je pense à comment je pense quand je pense ? »

Georges Perec. Penser/classer 76-82

« Mieux vaut ne penser à rien que de pas penser du tout,
Rien c’est déjà rien c’est déjà beaucoup
On se souvient de rien et puisqu’on oublie tout
Rien c’est bien mieux,
rien c’est bien mieux que tout. »

© Gaingain comme l’appelait BB

« Je pense que si vous pensez
que je pense à ce que vous pensez,
nous ne sommes pas très loin de nous comprendre.  »

© Julien Duvivier

« Quand je vois ce que je vois
et que j’entends ce que j’entends,
je suis bien content de penser ce que je pense.  »

© Fernand Raynaud

Calamity banks de Denis Robert

Vilain banquier !

« Les banques sont le fleuron du capitalisme. Elles sont aussi les sociétés les plus incontrôlables. L’un ne va pas sans l’autre. Toutes ces banques au hit parade de Forbes ont ouvert des milliers de comptes dans tous les paradis fiscaux de la planète. D’un côté, on vante leur sérieux et leur stratégie. D’un autre, on les laisse défiscaliser à tout va. Les journaux n’évoquent jamais ce double jeu. Les journaux ne parlent jamais de leur pouvoir mais se lamentent sur leur sort en cas de faillite ou de krach. Les banques sont de très gros annonceurs. De plus en plus de médias appartiennent ou sont gérés par des pools bancaires. Les banques sont à l’origine et à la conclusion de tout ce qui fait la vie économique et financière de nos sociétés. Elles sont intouchables. Elles sont utilisées comme façade légale et porte d’entrée par le crime organisé dans nos sociétés. Je me suis intéressé à elles parce que j’ai compris qu’elles étaient une des clés du système de contrôle et d’appauvrissement de nos sociétés.
La banque, l’argent ne lui coûte rien.
Elle le fabrique et le revend. Le cash, c’est pour la galerie ou les distributeurs automatiques. 99% des masses monétaires qui circulent dans le monde sont virtuelles. Cette monnaie est investie en actions et en obligations. Puis, pour une part considérable, cachée dans des paradis lointains. Les banques savent y aller. Elles peuvent y libérer leur rapacité. La seule différence entre une banque et une autre réside dans sa communication. L’image qu’elle donne au monde. En vitrine, elles minaudent. Dans l’arrière-cuisine, elles sortent les griffes et les couteaux. (…)
Les batailles sont terribles en coulisses. BNP a croqué Paribas. Citigroup a dévoré la banque d’investissement de Schrodres. Deutsche Bank et Dredner Bank ont muté. HSBC a englouti le Crédit commercial de France …(…) Après avoir digéré, elles continuent leur business qui consiste à s’engraisser sur le dos des Etats. Et donc à faire les poches des habitants de ces Etats. »

© Denis Robert. Une affaire personnelle (Flammarion 2008)
Dessin © dominiquecozette

PS : Pas de billet demain : allez voir le bordel du vendredi de Pag Clic here => Blog de Pierre Arnaud Gillet. Oui, je sais, je n’ai pas encore inscrit mes liens sur ce blog, ce n’est pas sympa, mais ça va se faire, promis !

Laura, ma conseillère virtuelle !*

Elle est pas réussie, la Laura, je vous la montre en négatif

*Sic, sic , sic et re-sic, au risque de me répéter. Allez savoir pourquoi, j’ai répondu à l’invitation d’un mail d’aller sur mon espace personnel EDF Bleu Ciel. Ahhhhh, être dans mon espace personnel EDF, partager mon intimité électrique avec tous ces hommes en salopette bleue heu non, ca n’existe plus, les hommes en salopette bleue, alias les travailleurs, aujourd’hui on dit les salariés qui, comme chacun sait, sont des salauds de cossards qui font rien qu’à attendre leur paie, à déposer des préavis de grève et à partir en vacances avec le comité d’entreprise le plus riche de France.
Alors comme ça, mon espace personnel s’appelle Bleu Ciel ! Quelle pertinence !*
Et qu’y a-t-il dans mon espace personnel à moi toute seule  Bleu Ciel à part les vapeurs d’eau des tours de refroidissement de ma Centrale Nucléaire qui se dressent toute droites dans mon ciel azuréen sans vent ? Je vous le donne en mille : Laura ! Je vous présente Laura, sorte de Lara Croft du bourge, moins rebelle, moins gros nichons, propre sur elle, cache-coeur beige sur petit haut marron pudiquement décolleté mais coquinement dentelé — c’est une femme « mderne », merde — et jupe de la même page du nuancier Pantone, cheveux bruns courts pour se fondre dans la multiculturalité des usagers. Féminine jusqu’au bout des seins, elle porte une huître autour du cou, une belon, je crois. Donc Laura, et c’est écrit noir sur blanc, est ma conseillère virtuelle ! L’image étant animée, elle agite le bras dans un geste amical de golden hello.
Que je suis heureuse parfois de vivre cette révolution technologique, de m’enfermer dans ma bulle bleue avec une si sympathique personne qui m’invite à lui poser des questions. Certes, elles sont censées avoir rapport avec ma consommation, non pas de Chardonnay, mais de kilo-ouateurs. Si je lui demande comment ravoir un pantalon taché de Posca, elle me rira au nez. Notez, si je te demande à toi, mon ami(e) parfois virtuel(le) comment ce fait-ce que je n’aie que 12,04 € ce mois-ci sur ma facture, tu resteras aussi coi(te) qu’elle. Donc, finalement, virtuels ou pas, les amis font ce qu’ils peuvent !
* (Pour trouver un nom de grosse société ,  deux solutions : si c’est crade, fait de la fumée et pollue, alors tu l’appelles son contraire, soit Bleu Ciel. Ou alors, tu zappes le contexte et tu crées  un nom féminin ou latin qui fait joli et pas agressif style Veolia, Areva, Quietis, Orange…)

Texte et dessin © dominiquecozette

On n’appelle pas ça tromper

Oui, je sais, je ne nie pas, ne me regarde pas comme ça, on dirait un cocker. Et alors ? On n’est pas mariés, que je sache, on ne s’est jamais juré fidélité ! Par ailleurs, on n’appelle pas ça tromper. C’est quelqu’un de très bien, on a passé une super belle soirée, j’ai bu du côteau du Layon, tu sais, c’est là où il y a les vignes de René Bouju, mais si, on aime bien courir dans ce coin, bon, bref, c’est un vin qui saoule, oh ! je le savais, il n’a pas agi en traite, c’est difficile de résister à l’or et au sucre quand on est une femme, tu ne peux pas comprendre, si tu étais une femme, ça se saurait et puis d’abord, nous ne vivrions pas ensemble, alors oui, nous avons dérapé dans une romance sirupeuse et voilà, la chose s’est faite et non, je n’ai pas pensé à toi dans ce moment-là.
Pourquoi j’aurais pensé à toi ? Je t’ai laissé endormi sur le canapé du salon, j’ai rempli ta gamelle de croquettes et ton bol d’eau, j’ai mis tes pouic-pouic près de toi et t’ai même laissée un vieux tee shirt avec mon odeur. Alors, arrête tes reproches, sinon on ne t’emmène pas promener. Oui, « on ». Jean-Frédéric et moi. Il a des chiens, lui aussi, des beagles, oui plusieurs. Bon c’est vrai, quand il restera à la maison, tu ne pourras pas dormir sur mon lit mais bon, c’est pas la fin du monde tout de même ! Et si continues à me regarder avec cet air là, tu sais ce que je fais de toi ? Hein ? Je t’envoie chez Brigitte Bardot ! Franchement, vraiment, j’ai le droit de vivre un peu, non ??? En revanche, si tu es très gentil, je vais me faire tricoter un boléro avec tes poils. C’est pas une belle preuve d’amour, ça ?

Texte et dessin © dominiquecozette

Une chanson douche

En vrai il est mieux, mais je l'ai fait de mémoire, et ma mémoire... !

Cet après-midi, je suis allée à pied à Leroy Merlin, j’avais besoin d’un flexible et d’un pommeau de douche. Benjamin est venu avec moi. Benjamin Biolay, qui d’autre ? Durant cette ballade ensoleillée, il n’a cessé de me susurrer de jolies promesses à l’oreille, j’en était toute retournée. Le problème, c’est qu’il trimballait tout son orchestre avec lui. Bon, ils étaient discrets, ils restaient derrière mais quand, même, bonjour l’intimité. Arrivés à Leroy, évidemment, j’étais assez baroque avec tout ce monde, plus Benj qui faisait de l’oeil aux bricoleuses venues choisir qui un abattant avec fleurs en inclusion qui un porte-savon en bois des îles. L’achat réalisé,  nous sommes ressortis dans la chaude atmosphère de la ville. Ses tendres murmures me langouraient, bon, il m’a aussi traitée de Miss Catastrophe… mais avec talent ! Arrivée chez moi, mon  époux a brisé ce si doux moment d’un jovial : tu as trouvé ce que tu voulais, ma chérie ? Aïe ! Je ne pensais pas qu’il était déjà rentré. J’ai demandé à Benj de dégager d’urgence avec sa clique, mais y avait plus personne. Merde !  Il aurait quand même pu y mettre les formes, j’sais pas, dire : c’est ton mari ou moi, ça se fait non ? Le dernier mec qui m’a fait ça, c’était Julien Doré. Voyez où ça l’a mené : nulle part !

Texte et dessin © dominiquecozette

Qu’auront dit les voix de ce premier dimanche de printemps ?

« La démocratie, c’est le beaujolais. Et le beaujolais, c’est Saint Tropez. Vous avez un port qui fait deux centimètres, ça devient le musée Brigitte bardot et on se marche sur les pieds. Le beaujolais pareil. De 50 000 litres, on est passé à 50 millions. Démocratie. Tout le monde boit du mauvais vin. mais tout le monde en boit. Même tarif pour le saumon. Tout le monde voulait du saumon. Tout le monde en a, il est infect. Démocratie. »

© Jacques Dutronc

La Belgique a probablement déjà annoncé les résultats de notre vote à quelques points près.  Eux, nos politiques  sont en train de plancher pour savoir ce qu’il conviendra dire ce soir. Yann Bartès, demain, nous fera peut-être un montage de toutes les formules qu’ils ont répétées les uns après les autres à l’UMP, car c’est comme ça que ça se passe à l’UMP. Gageons que ce soir, « ils » vont tirer les leçons, que d’autres dans d’autres camps vont tirer leur épingle du jeu ou d’autres les marrons du feu, l’essentiel étant de tirer. Tirer juste, tirer précis, tirer le premier, s’en tirer au mieux, et tirer à boulets rouges sur l’adversaire. Tirer à gauche, forcément sera la tendance; d’autres au milieu n’ont plus qu’à se tirer, alors qu’à droite, on tirera peut-être la gueule ou la tronche et on s’arrangera pour tirer des bords vers la comète sur laquelle tous, de tous bords,  continueront à tirer des plans.

Texte et dessin © dominiquecozette

Ma therapute

Ma psy-chose
ma psy-chose

« La psychanalyse ne ressemble pas vraiment aux publicités pour chauves : il n’y a pas eu un « avant » et un « après ». Il y a eu un présent de l’analyse, un « ici et maintenant » qui a commencé, a continué, s’est achevé. Je pourrais tout aussi bien écrire « qui a mis quatre ans à commencer » ou « qui s’est achevé pendant quatre ans ». Il n’y a eu ni début ni fin ; bien avant la première séance, l’analyse avait déjà commencé, ne serait-ce que par la lente décision d’en faire une, et par le choix de l’analyste ; bien après la dernière séance, l’analyse se poursuit… »
©Perec, Penser/choisir. 1976-82

Ben moi, quand je lis ça, j’me marre ! J’suis peut-être un gros bourrin, mais quand ça va pas, c’est pas en bavant sur une banquette avec un barbu assis derrière qui pense à autre chose que je me soigne. J’ai découvert qu’il y avait pas loin de chez moi (mais je vous dirai pas où, petits vicelards) une thérapute. Je vous jure. Et franchement, y a pas photo avec ce que raconte le bonhomme ci-avant. J’explique : quand ça va mal, ça va tout de suite mieux car je me dis : chouette, je vais aller chez ma thérapute. Donc, quand j’arrive chez elle (un charmant pied-à-terre meublé design vers la place Saint Sulpice), je suis en bonne disposition. Elle se présente en tenue légère et me dit : déshabille-toi chéri.  Comme son confrère barbu, elle me propose de m’allonger sur son lit. Ensuite elle me demande ce qui n’allait pas avant que ça aille bien et là, j’ai comme un trou, complètement oublié ce pourquoi je suis ici. Et alors, ayant laissé glissé à terre la lingerie qui l’entrave,  elle attrape mon ego, le masse voluptueusement, pétrit mon surmoi tout en explorant mon ça avec une conscience toute professionnelle. « C’est pour faire sauter tes verrous », commente-t-elle. Ensemble, nous étudions mes stades de l’oral au génital en passant par le sadique-anal afin de nous assurer que tout est en ordre. Lorsque je sens mon trop plein d’inhibitions prêt à jaillir, je fais péter mon transfert et …ouf… je me sens d’un bien ! Mais d’un bien !  Pour clore la séance, ma thérapute me sert une chope de bière pression, ça pourra être un whisky ou un pastis vu que son pied-à-terre est l’arrière salle d’un bar. Je lui lâche un billet tout neuf, me rhabille et quand je m’en vais, elle me fait : Au revoir chéri, à la prochaine ! Vous imaginez le barbu du mec ci-avant dire au mec : au revoir chéri ? Même pas en rêve ! Franchement, je comprends pas ces mecs qui vont claquer autant de fric chez les psys. Ou alors, c’est des masos. Oui, sûrement.

Texte et dessin © dominiquecozette

Toit toit mon toit !

Joy Sorman, dans son livre Gros Oeuvre (2009) raconte 13 habitations.  Précaires, artistiques, mobiles, bricolées qui posent la même question : c’est quoi, habiter ?
Elle y parle de  Sam qui a passé 27 ans à construire sa maison seul,  au soleil du sud, afin d’y être père et qui a utilisé les meilleurs matériaux pour qu’elle dure le plus longtemps possible.
Elle y livre le défi selon lequel il fallait construire sa maison en une nuit pour qu’elle vous appartienne.
Elle vous décrit comment on vit dans un mobil home dans la friche de la Goutte d’Or ou dans les capsules japonaises toutes faites.
Elle nous apprend ou nous rappelle la folle aventure de Jean-Pierre Raynaud, très grand artiste contemporain, qui a cessé d’aimer sa femme le jour où ils ont emménagé dans la maison  qu’ils avaient faite ensemble pour y accueillir les futurs enfants : ils se sont séparés , et il a tout refait au cordeau, il a maçonné tout le mobilier, obturé les fenêtres et a tout recouvert, tout, de carrelage blanc. Il y a vécu. Parallèlement, en tant qu’artiste, il est devenu célèbre. Sa maison étant alors considérée comme une œuvre, il l’a fait visiter. Mais ça l’a vite dégoûté, toutes les souillures des gens sur ses carreaux blancs. Il a alors tout repeint  en kaki et a entouré sa maison de barbelés pour en interdire l’accès. Son entourage appréciant moyennement, il l’a de nouveau repeinte, tout en blanc et s’est installé à Paris, laissant tout tel quel. Quelques années plus tard, il y est revenu et a tout détruit, tout réduit en gravats qu’il a placés dans des pots pour en faire  … des oeuvres d’art.
Joy Sorman décrit aussi l’horreur à Sangatte, comment on y traite les migrants, comment ils sont contraints de vivre dans les bois.
Puis elle demande à passer une nuit dans la salle du comité central du parti communiste. On lui accorde une nuit mémorable.
Elle évoque la vie de Samir, ouvrier spécialisé dans les toitures, qui habite en clandestin dans les Sonacotra de chantier. Il y trouve son confort et parfois il y emmène une fille admirer les toits de Paris.
Elle imagine la suite de la vie de Grisélidis Real, la célèbre prostituée militante : elle aurait acheté un camping-car Mercedes avec un confort insensé, et elle y ferait quelques passes avec un vieux client, dans le plus grand chic.
Elle nous fait découvrir deux jeunes qui fabriquent des cabanes à base de palettes et de cartons, qu’ils installent près des sorties de métro pour qu’on les voie bien. Et qui sont vite récupérés par des sans logis et transportées dans des lieux plus discrets.
On rencontre GMT, un artiste découpeur de maisons qui fait des trous de formes variables dans les maisons ou les immeubles abandonnés. Et aussi un soldat allemand qui vit dans un bunker sur une plage normande
Enfin, elle nous raconte comment un collectif réussit à monter un projet avec les échafaudages Layher. Au début, ils font une sorte de jeu de meccano entre deux immeubles, puis une idée germe : pendant deux mois, 450 volontaires vont s’installer par trois dans des sortes de cases suspendues qu’ils vont construire et aménager avec le matériel fourni, un pack d’affaires défini, plus quelques objets personnels. Aucune intimité d’où nombreux échanges de partenaires, problèmes de proximité et de bruit difficiles à régler puisqu’il n’y a pas de chef, mais une belle aventure de jeunes l’espace d’un été.
Original.

Texte © dominiquecozette d’après le livre de Joy Sorman.
Peinture © dominiquecozette

Sbamons tous, mes bien chers frères !

"Ça fait trois ans que je sbame, quel kif !"

Vous avez tous pris dans la gueule un jour un « bonjour » très autoritaire alors que, dans un magasin, cherchant le rayon colle à bois, vous avez dit, gentiment,  à une personne du magasin :
– Excusez-moi, où se trouve le rayon colle à bois, s’il vous plaît ?
– Bonjour !
Un bonjour coup de poing, sur un ton d’une telle sévérité que vous avez craint, un moment,  d’avoir marché sur le pied de votre interlocuteur. Ou de l’avoir souillé de postillons. Ou autres chose, mais quoi ? Alors, d’un ton piteux :
– Oui, heu, bonjour, pouvez-vous m’indiquer le rayon colle…
– Derrière à gauche, troisième travée à droite, bonne journée.
La deuxième fois, vous en êtes sûr, vous avez été poli comme on vous l’a appris c’est à dire que vous avez dit excusez-moi ou pardon ou s’il vous plaît,  bref une formule aussi civile qu’urbaine pour signifier que vous ne preniez pas la personne pour un écran d’information ou un larbin de merde et que c’est pas marqué pigeon sous sa frange.
– Bonjour, assène t-il derechef avec autant d’aplomb que d’inimitié déclarée, comme si vous l’aviez traité d’enfoiré ou de  salope.
Bon…
Ce n’est que plusieurs fois après que vous vous remémorez ce brief pour une enseigne d’hypermarché :  il y était question de la formation des hôtes et hôtesses de caisse. Ils étaient soumis à l’obligation de sbamer. Qu’est-ce que le sbam ? C’est un mot composé de quatre initiales qui signifient : Sourire – Bonjour – Au revoir – Merci. c’est du marketing ou du merchandising, je n’en sais plus rien, ça vient forcément des Etats-Unis, c’est en fait du formatage. Pour les employés mondiaux des multinationales mondiales  en contact avec la clientèle mondiale, bonjour est LE mot qui doit ouvrir le dialogue. Le sésame sine qua non. La clé de toutes les fenêtres. Hors ce bonjour, point de salut.
Voilà. Donc ne dites plus excusez-moi ou s’il vous plaît, si  vous  cherchez le rayon clouterie ou la rue des Déchargeurs. Car c’est descendu dans la rue, comme on dit chez Karl Lagerfeld.  Dites Bonjour. Sbamez  haut et fort, sans complexe. Et le monde s’ouvrira à vous. Dans un large sourire…

Texte et dessin © dominiquecozette

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