
La solitude des professeurs est infinie est le dernier livre de Yannick Haenel qui traite de la difficulté d’enseigner aujourd’hui, de transmettre, dans des collèges pourris, auprès d’ados qui ne respectent pas les enseignants, ni la discipline, avec des collègues qui ne sont pas tous bienveillants.
Jean Deichel, le double de l’auteur qui a enseigné lui-même, se retrouve en stage sans vraiment de formation, dans un collège de banlieue. Il habite un local précaire, il devra prendre des transports trois heures par jour et sa classe sera installée dans un préfabriqué, loin du cœur du bâtiment principal, dans une friche boueuse. Aucun confort bien sûr. En fait, c’est une punition car l’année précédente, sa première dans l’enseignement, il s’est bourré la gueule, mais vraiment, à la fête de fin d’année car la prof avec qui il entretenait une relation le quittait. Et dans son ivresse, il a brisé un magnifique vase étrusque offert à la prof de dessin pour son départ. Un vase hors de prix, puis il a eu écho d’une bagarre avec un responsable malingre car ne se souvient de rien sauf de s’être réveillé dans la chambre d’une inconnue.
Cette histoire de vase va le poursuivre tout au long du roman. Le fameux matin, il se fait virer de son local car il n’a pas ouvert les grilles du tennis comme il en était responsable. Scoumoune totale.
Il y a parfois du bon, même s’il n’a pas de pot et que tout foire. Ce qui est positif, c’est qu’il nous raconte par le menu certains de ses cours de littérature, ses façons d’intéresser les élèves, et les démêlés qu’il subit. Pour se consoler de cette vie impossible, il se réfugie dans ses livres de poésie, il fantasme sur un jardin d’Eden qu’il connaîtra forcément un jour, et il écrit son livre…
On le plaint, on n’envie pas sa « vocation », on n’a pas envie de devenir prof…
La solitude des professeurs est infinie par Yannick Haenel, 2026 aux éditions Gallimard, 320 pages, 21,50 €
Texte © dominique cozette