Derrière les arbres un sacré drame

Derrière les arbres est la confession poignante de Frédéric Pommier, journaliste reconnu, sur ce qu’il a vécu et suvi durant une quarantaine d’année, depuis que des hommes, amis des parents en général ou compagnon de sa nourrice, l’ont violé. Evidemment, tout petit il n’a rien compris et comme la plupart des enfants n’a rien dit. Sa mémoire traumatique a été mise en oeuvre pour lui faire oublier ces drames. Jusqu’au jour où il a été agressé par des « casseurs de pédés » et où les souvenirs sont remontés peu à peu.
Entre temps, il a salement vécu. De petit enfant gai et heureux, il est devenu sombre, peu bavard puis, plus tard, il a été assailli par des voix en même temps qu’il se sentait sale. Il était persuadé que quelque chose lui était arrivé dans son enfance mais rien ne revenait.
Je parle plus haut de confessions car pour sauver sa peau, avant de savoir, il s’est étourdi dans les rapports homos dans les bas-fonds des villes où il était. Il couchait avec tous les hommes et en même temps, était amoureux des filles. Puis il s’est installé avec une de ses amies, qu’il aimait et avait déjà un gamin, une belle relation qui a duré un certain nombre d’années. Pour enfin, lorsqu’il a décidé de porter plainte après lourde enquête auprès de sa famille, il a rencontré un homme avec lequel il a pu enfin profiter d’une vie apaisée.

Derrières les arbres de Frédéric Pommier, 2026 chez GFlammarion, 336 pages, 21,50 €.

Texte © dominique cozette

La grand-mère de Frédéric Pommier

Vous le connaissez, Frédéric, super sympa, qui fait sa revue de presse sur France Inter. Il écrit des livres ou des traités et cette fois, il nous offre un récit plus intime, Suzanne, sur sa grand-mère, cloîtrée dans un EHPAD car, vu son grand-âge et son état de dépendance, impossible de faire autrement. C’est poignant. Dans le premier établissement, Suzanne n’était pas bien traitée, c’est le moins qu’on puisse dire, manque de soin, manque d’empathie, manque de temps, infantilisation, bouffe dégueulasse… jusqu’à ce qu’on lui trouve une autre résidence, plus humaine, plus confortable. On est rassuré.
Mais le livre n’est pas qu’une charge contre cette façon de traiter nos vieux. C’est aussi, à 80%, l’histoire reconstruite de sa grand-mère bien aimée depuis sa naissance en 1922, et même avant, une bien  jolie façon de l’ancrer dans cette presque centaine d’années qu’elle a traversées avec plaisir, amour, enthousiasme, énergie. Et liberté. Car elle a été une femme libre, plutôt casse-cou, cash, pleine d’allant et de force, de projets. Elle a connu le grand amour, le seul, le vrai mais dont le cœur a lâché trop tôt. Ils ont eu quatre filles qui portent toutes un nom de fleur, Iris, Rose, Violette et Marguerite, et un petit garçon, Paul, rêve du papa, mort hélas juste quelques jours après être né. Elle a connu la solitude, ne voulant pas « refaire » sa vie mais a repris goût aux activités professionnelles, travaillant dans des cabinets d’avocats, le domaine de feu son époux.
L’histoire bien sûr importe mais le plus beau du livre, c’est la façon dont Frédéric Pommier nous restitue les couleurs des années traversées, en touches expressionnistes qui les rendent fleuries, odorantes, sonnantes et parfois trébuchantes. La poésie du temps passé nous attrape par la main quand d’un seul coup, bim ! quelques lignes sur ce foutu EHPAD vient interrompre le charme. Qu’à cela ne tienne, on le retrouve au chapitre suivant, on retrouve la Suzanne bien vivante et sa manière « virile » de conduire sa voiture, le récit de ses innombrables voyages, l’achat ou la revente de ses maisons avec les beaux arbres dont elle tombait amoureuse, les années noires de la guerre, l’occupation, les « Boches », puis les incursions à Paris, concerts et théâtre qu’elle adorait.
C’est un très joli livre, un très bel hommage à une grande dame, c’est ainsi que je l’imagine, qui peu à peu, sombre dans le brouillard d’une vieillesse ingrate. Mais une femme qu’on n’oublie pas lorsque le livre est refermé. Ce matin, les amis de radio de Frédéric ont évoqué le livre car il figure dans le Parisien. Alors, j’ai appris que Suzanne vit toujours, mais en est-elle encore consciente et doit-on s’en réjouir ? Question délicate.

Suzanne de Frédéric Pommier, 2018 aux Editions Equateur. 236 pages, 19 €

Texte © dominique cozette

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