Le fantôme de Paul Auster

Siri Hustvedt, l’amour de Paul Auster pendant quarante-trois ans, est désormais sa veuve. Mais elle croit aux fantômes, aux revenants et guette les signes qui signalent la présence de son amoureux. D’où ce titre Ghost stories.
C’est un livre très intime qu’elle débute dès les obsèques, elle s’y met à nu, mais pas qu’elle. Paul Auster nous est raconté dans son espace privé, comme il passe ses journées, ce qu’il aime, ce qu’il fume (des cigares à longueur de temps), comment il se vêt. Il abhorre les objets « modernes », autrement dit qui relèvent de la technologie actuelle. Smartphones, tablettes et autres ordinateurs ne font pas partie de ses joujoux. Il tape ses ivres sur une machine à l’ancienne qui cliquette et c’est Siri qui s’occupe de toute ce qui requiert des liens de modernité.
Elle veut nous faire tout partager, de leur encontre à la maladie et la mort de son époux. Oui, il savait qu’il était fichu, il le prenait au mieux, il désirait passer de bons derniers moments et rêvait de s’envoler sur une plaisanterie.
L’autrice nous fait partager nombre de documents qui ont émaillé leur vie, leur amour, lettres, mails, dialogues, et celle de leurs proches, notamment de Sophie, leur fille, qui attendait un bébé dans ses derniers jours. Il aura fait sa connaissance et aura aussi entrepris de lui parler par l’entremise de lettres à Miles (son joli prénom) dont il ambitionnait de faite un recueil narrant l’histoire de sa famille mais hélas, il n’en a pas eu le temps.
Paul Auster avait un grand fils d’une union antérieure mais ce fils était malade, junkie pour tout dire, il est mort et a été responsable de la mort de sa fillette victime d’une overdose. Siri pense que ce très douloureux épisode a contribué à la formation du cancer et même s’il avait fait tout ce qu’il avait pu pour le sauver, Paul en prenait une large part de responsabilité.
Siri ne pleurniche pas. Elle reste digne tout au long de cette magnifique évocation. Son désir étant de faire revivre leur histoire, leur couple d’écrivains, leurs souvenirs, son humour. Elle y arrive très bien même si l’on se doute que le chagrin est à sa porte. Très bel hommage, très beau témoignage sur la vie de quelqu’un de bien.

Ghost stories par Siri Hustvedt, traduit par Frédérick Judy. 2026, aux éditions Gallimard. 432 pages .

Copyright © dominique cozette

Paul Auster m’a invitée à Sunset Park : Super !

J’avais abandonné Paul Auster ces dernières années, ça ne me disait plus rien. Et là, je viens de lire son dernier, « Sunset Park » et je le trouve formidable, d’une très belle écriture et d’une construction très simple et efficace. Les personnages y sont décrits avec une minutie qui, sans être aussi alambiquée que celles d’écrivains sortant d’ateliers d’écriture, nous les attache durablement car ils se mettent à exister dans notre esprit avec leur historique de souffrance, de petites victoires ou de tares mal assumées.
On y croise, croiser n’est pas le mot, on y rencontre d’abord le héros, Miles, anti-héros plutôt, mal dans sa vie depuis toujours, sa mère l’ayant laissée  à six mois à son père pour vivre sa vie de comédienne. Puis Pilar, la femme de sa vie, une jeune lycéenne mineure, orpheline dont il s’occupe comme un père puisqu’il est plus âgé. Puis son père, éditeur marié à sa belle-mère qui l’a élevé avec son demi-frère. Le problème de Miles, c’est qu’il se demande s’il a tué son demi-frère en le poussant sur la route. Avait-il vu la voiture qui l’a heurté avant de le pousser ?
Ne pouvant vivre avec cette horrible question sans réponse, il fuit ses parents, ne donne plus signe de vie et c’est en faisant des petits boulots qu’il rencontre Pilar. Mais une des sœurs de celle-ci veut le rançonner sinon elle le dénonce. Il retourne donc à New-York, dans un squatt où vit son meilleur ami et deux femmes au parcours pas facile non plus. En attendant la majorité de la jeune fille qu’il se prépare à épouser.
Après sept ans et demi, comment renouer avec son père, sa belle-mère et sa mère ? Comment se prouver qu’on a grandi, qu’on est apte à mener une vie probe et apaisée ? Mais est-ce qu’on est responsable de tout ce qui nous arrive ? Est-ce qu’il faut être conforme à ce que la société exige pour s’en sortir ?

A travers ses personnages touchants, Paul Auster nous donne une image de l’Amérique d’aujourd’hui qui commence à s’accommoder de la vie en marge. En même temps, elle reste très proche de celle plus bobo qu’il fréquente : le monde des artistes et de l’édition, du théâtre et de la culture. Et puis, il a vécu à Paris et ne l’oublie pas : c’est toujours agréable de retrouver notre modeste rayonnement dans une histoire made in loin d’ici.

Paul Auster. Sunset Park. 2011. Editions Actes Sud, 317 pages et pas une en trop.

Texte © dominique cozette

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