Ce que la guerre fait aux hommes

Ce que la guerre fait aux hommes est le titre très explicite du dernier livre de Claude Guibal, grand reporter (ou grande ?) de guerre. Basée en Egypte pendant quinze ans, Claude Guibal a travaillé notamment pour Libé, l’Obs, et Radio-France dont elle est dorénavant au service international, prête à partir dans tout endroit où éclate un conflit.
Elle n’a pas froid aux yeux et ce qu’elle nous raconte ici ne sont pas des faits de bravoure à sa gloire (même si c’en est) mais une sorte de vie quotidienne dans ces lieux chavirés où le pire peut arriver. Ses voyages, ses trajets avec d’autres reporters ou professionnels ou gens du pays qui l’infiltrent, ses installations, provisoires ou plus longues dans des appartements chouettes ou des endroits de fortune sans confort.
Elle évoque ses rencontres, ses amitiés, ses promesses qu’il est impossible de tenir, ses protégé.es envoyé.es en France le temps de respirer. Elle nous parle de ses disparus, des grigris qu’on lui offre pour déjouer les mauvais coups, bref tout ce qui font les journées d’un reporter auprès d’une population victime de la folie humaine. Elle nous livre aussi des « trucs  » pour s’en sortir ou pour être mieux ou pour faire comme si tout allait bien.
Et ses retours en France avant des départs précipités.
C’est évidemment passionnant, émouvant, et je n’en dis pas plus car je l’ai lu il y a quelques semaines…

Ce que la guerre fait aux hommes de Claude Guibal, 2026 aux éditions Albin Michel. 236 pages, 19,90 €

Texte © dominique cozette

Les grandes guerres de Marine Jacquemin

Marine Jacquemin est une grande reporter de guerre. Une femme dans un milieu essentiellement masculin et très souvent hostile. Elle a écrit Mes guerres non pour se tresser des lauriers mais pour tenter de donner des pistes à des jeunes en quête de sens, leur montrer qu’avec de la détermination, on peut arriver à des résultats tangibles. Le plus grand résultat, pour elle, fut l’idée de la construction d’un hôpital pour la mère et l’enfant à Kaboul, l’Afghanistan étant un des pays champions du monde des décès infantiles. C’est la fin du livre.
Avant tout ça, Marine raconte (en résumé forcément) ses reportages au sein des guerres délétères, Rwanda, Gaza, Liban, Irak, Tchétchénie, et beaucoup d’autres. Elle y a vu mourir non seulement des très proches parmi ses équipes, mais aussi beaucoup de civils et d’enfants, images insoutenables dont il faut savoir s’extraire. D’où sa passion pour la montagne, en particulier Chamonix, et la mer où elle pratique la plongée.
Un autre domaine où elle a dû se battre : la santé. D’abord son impossibilité à être mère, une énorme frustration amoindrie par le fait que « son » hôpital existe et que des milliers d’enfants y sont sauvés chaque année. Ensuite, durant de longs mois, un cancer du colon qui aurait pu être fatal.
L’hôpital, c’est beaucoup Muriel Robin qui a dit banco tout de suite, puis toutes les aides qu’elles ont pu récolter pour un établissement ultra-moderne, avec des médecins formés, du matériel sophistiqué et une promesse de durabilité malgré le retour des talibans. Hélas, depuis, des personnalités lui ont volé l’initiative à tel point qu’elle et Muriel ne sont même plus invitées aux événements. Cruauté de ce monde de pouvoir. Même chose de la part de Philippe le Lay qui l’a injustement mise sur la touche sans aucune reconnaissance pour tout le travail qu’elle avait réalisé au péril de sa vie pour TF1. Bref, une vie de femme exceptionnelle confrontée au monde de certains machos, éternels obstacles à la réussite des femmes.
Un livre passionnant, et malgré tout, sans réelle amertume, et une vie extraordinaire.

Mes guerres de Marine Jacquemin, 2024 aux éditions de l’Obeservatoire. 330 pages, 23 €

Texte © dominique cozette

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