Ourednik (tes lecteurs), tu vas te foutre longtemps de notre gueule ?

Une copine tchèque m’avait fait acheter le bouquin remarquable de Patrick Ourednik, Europeana, une brève histoire du XXème siècle, petit ouvrage impressionnant qui nous raconte tout ça en raccourcis hilarants. Là-dessus, je tombe sur « Classé sans suite » à l’Arbre à Lettres,  parmi les derniers bons ouvrages, la nana ne l’avait pas lu, j’achète, 9 € c’est pas non plus la fin du monde.
Premier chapitre, des chiffres et des lettres. Je suppose qu’on parle d’échecs.
deuxième chapitre : ça commence très fort dans la descriptions praguoise avec émanations de gaz carbonique, crotte de pigeon, écrasement de coléoptère, nana appétissante pour vieillard concupiscent. Au bout de quelques chapitres, malgré tout, ça se gâte, je ne sais pas trop où P.O. veut en venir, lui non plus puisqu’il m’interpelle : « Vous vous demandez comment cette histoire va tourner ? Voilà, cher lecteur, ce que nous ne pouvons vous dévoiler […] nous ignorons comment il finira, pourquoi même il finirait, nous en sommes au même point que vous, ou presque, puisqu’au moment où vous lisez ces lignes, notre tâche a pris fin, le livre a été publié; »
J’ai bien l’impression de me laisser mener en bateau mais tant pis, j’y reste. La prose est marrante, le narrateur parle de la société tchèque comme le modèle absolu de la connerie humaine bien cernée par lui et dont voici une des nombreuses citations « Najman était un spécimen si accompli de la connerie tchèque qu’on aurait pu l’exhiber dans les Expositions universelles : jovial, trivial, populaire, passablement inculte, imperturbable et agressif. […]  Nejman excellait dans les dicussions, argumentations et opinions, de sorte qu’il jouissait de l’estime et de la considération de ses concitoyens : arriver à exprimer son crétinisme avec toute l’autorité que cela suppose est pour les Tchèques l’ambition suprême, juste après la collaboration fructueuse avec  les puissances du moment et l’entretien des nains de jardin ».
Je pourrais vous citer la moitié du livre sur des phrases empreintes du style goguenard de l’auteur. Ce n’est pas non plus un gros livre et j’arrive sans peine à sa fin, avec le sentiment de m’être fait avoir comme une bleue. Arghhh.
Mais après la fin en queue de boudin, un commentaire érudit sobrement intitulé « libre suite ». C’est une explication de texte extrêmement, clairement et délicatement menée sur tous les chapitres du texte, avec notes et renvois (beurp) où il se fout encore plus de notre gueule de lecteur avide et inconséquent, avec brio, sadisme, talent et causticité. Exemple : « Le tour de force de Classé sans suite est de pousser jusqu’à l’extrême cette imposture en relançant constamment l’intérêt du lecteur par des artifices qui sont autant de promesses déçues « .  S’ensuit une liste de procédés et événements qu’il nous a infligés dans ce but. Plusieurs parties dans cette dizaine de pages avec les titres en latin pour conclure que, tout flaubertien qu’il est, il a juste écrit un texte sur le rien et termine par cette affirmation interrogative : »Après tout, Kant lui-même, n’avait-il pas orné sa célèbre Critique de la raison pure (AKA III, p.233) d’une très sérieuse et, cependant d’un irrésistible effet comique, « table de la division du concept de rien « ?  » Cette partie est signée d’un certain Jean Montenot qui, j’en suis sûre, n’existe même pas en rêve.
Bref, faut être tordu pour lire ce bouquin, sauf si on est dans le train avec rien d’autre qu’un vieille pie poilue en face de soi. Ou encore si on adore les exercices de style. Comme moi. Je vous aurai prévenu.

Patrick Ourednik. Classé sans suite, 2011, édition Allia. Imprimé dans l’union européenne. 176 p. 9 €

Texte © dominique cozette

Pour tout comprendre à la « crise » ou les dessous d’un hold-up historique

Comment a démarré la crise ? Qui sont les responsables ? Que peuvent faire les gouvernements ? Pourquoi  est-il  impossible d’intervenir ? Pourquoi on sait qu’Obama ne passera pas ? I milliard de dollars  de salaire annuel, qui sont-ils ? 45 millions d’Américains à la rue ?
Pourquoi nous ne sommes plus en démocratie ? Comment nous sommes passés du statut de citoyens à celui de simples électeurs ? Qu’ont à voir Pompidou et Giscard dans la crise actuelle ? Pourquoi la constitution française et la constitution européenne nous ont rendus dépendants à la finance ?
Cette double conférence répond —  de façon très pédagogique — à toutes les questions qu’on peut se poser .
Dans la première partie, c’est Myret Zaki, économiste suisse, rédac chef de Bilan, qui expose de façon remarquable le hold-up financier sur l’Europe par une intouchable élite financière, en veine d’idées après avoir siphonné le fric de la middle-class américaine qui engendra la crise des subprimes. Pour elle, il ne s’agit pas d’une crise mais bel et bien d’une stratégie. Passionnant et effrayant. (Environ une demi-heure)
La seconde partie est faite par Etienne Chouard, prof d’économie, blogueur et pourfendeur des constitutionnalistes contemporains qui nous ont confisqué la chose publique au profit d’une élite de plus en plus affamée de richesse. Il démonte les lois et la responsabilité des parlementaires qui nous ont amenés à subir la loi des marchés. Il explique pourquoi la démocratie inventée par les Grecs n’est plus du tout une démocratie de nos jours, nous montre pourquoi le peuple n’a plus aucun pouvoir et que le vote au suffrage universel n’est qu’une mascarade,  et nous donne quelques recettes pour se mettre (très légèrement) à l’abri de l’effondrement général.
Une chose est sûre : le système est volontairement opaque, nous n’y comprenons rien, et rien n’est fait ou dit pour nous sortir de cette ignorance.
Se « taper »  deux heures de conférences me paraissait inhumain. En fait, non. On peut les visionner par séquence. On peut n’en voir qu’une, c’est déjà énorme. Moi-même qui n’y pige que pouic, ai suivi avec passion ce documentaire. J’en sais déjà beaucoup plus. Mais ce n’est pas tout : je vais suivre d’autres vidéos de ces deux économistes, elles fourmillent sur le web. Et comprendre pourquoi on est englué là-dedans, c’est déjà souffrir un peu moins.
La troisième partie est consacrée aux questions. Bon, on n’est pas obligé…

Le lien est ici. Il s’appelle :«L’État et les banques, les dessous d’un hold-up historique» par Myret Zaki et Etienne Chouard

Texte et desssin  © dominique cozette

Fessebouqueries #81

Avec la vague de froid, beaucoup ont préféré suivre les conseil du gouvernement : rester chez eux. D’où grosse production de posts (PG s’est surpassé). Plutôt indignés, vous semblez. Marre des politiqueux, vous le dites…
– EO : Le nom de ma crême hydratante, c’est plus un nom, c’est un programme politique…

 »Crême hydratante, sérénité, multi protectrice contre les agressions extérieures blablabla  » manque plus que « Le changement c’est maintenant » et je vais avoir l’impression de m’étaler François Hollande sur le visage.
– OVH : On entend beaucoup parler, ces derniers temps du travail d’une certaine Valérie Trierweiler. Déjà, le léchage de cul? La campagne est donc bien amorcée, pourvu que pour lui répondre on ne nous inflige pas les insipides oeuvres de Carla Bruni.
– EL : C’est l’année du Dragon, évitez les donjons.
– LC : Gag du jour dans le JDD: « Sans Le Pen, Sarkozy fait jeu égal avec Hollande ». Et pourquoi pas, « Sans personne Sarkozy passe au 1er tour » ?
– DC : Infos de 11 sur Inter : « La neige est arrivée sans faire de bruit »…
Etrange ! D’habitude, elle est accompagnée par un troupeau de gardes-champêtres et les tambours du Bronx. Là, rien…
– CS : Tente d’imaginer une loup phoque au regard chat fouine
– MB : Il faut être honnête : très souvent, un esprit sein, c’est dans un corset
– JFD : Mesdames, 
La chirurgie esthétique, c’est comme la peinture, faut jamais commencer. C’est quand vous aurez refait le salon que vous vous apercevrez que la chambre est dégueulasse.
– JPT : En solidarité avec mes amis de métropole, je passe chaque jour 3 minutes avec la tête dans le frigo. Après, je vais à la plage.
– MC : Plusieurs fois par jour, Facebook me suggère d’être amie avec mon ex-mari. Ils sponsorisent une Famille formidable, ou quoi ?
– SG : Je commence vraiment à m’inquiéter. Et si le réchauffement climatique n’avait jamais lieu ?
– EO : Hier, je me balladais trankilou quand un mec allongé par terre a commencé à gueuler « ouaiiiiiis les arabes et les noirs, tous des PD, la France aux françaiiiis » bon, j’ai pas fait gaffe j’ai pensé que c’était un gros clodo dégueulasse et à moitié taré, mais avec le recul je me demande si ce n’était pas Claude guéant…
– CV : Pour mon anniversaire, je voudrais que Guéant ferme sa gueule, de préférence pour toujours.
– ML souffre, paraît-il, de procrastination… Je regarderai la définition demain.
– EL : Est-ce normal qu’il fasse meilleur chez Picard que dehors ?!!
– DT : Les premiers effets de la rigueur se font ressentir avec le gel des lavoirs ….
– HAD : vu le nombre de couches de fringues que j’ai sur le dos..si je devais faire un 5 à7 il faudrait que je pose un jour de RTT..;en mode épluchure d’oignon!!!!
Pour les poses pipis je met un message d’attente!!mdr!!!
– PAG : Morano qui se fout du physique d’Eva Joly, c’est l’hôpital qui se fout de la charité
– TB : Zahia, « moue lascive et croupe bondissante », fait désormais dans la dentelle
– EL : Marine LE PEN évoque la « vague bleue marine ». Comme lorsque je tire la chasse d’eau de mes chiottes avec du Canard WC dedans….
– LB : Facebook banalise tout…Donc… à un de ces jours…Amitiés à tous et à toutes…NoMade, just a passenger…
– DC : 30 janvier Dictionnaire libéral Mesure courageuse. Se dit d’une mesure qui enfonce les classes moyennes et les plus démunis
Dire la vérité aux Français : leur faire avaler qu’ils n’ont pas d’autre choix que de payer pour ceux qui les ont déjà escroqués.
– DC : Hier Accusé de draguer les électeurs FN, Guéant confirme par un démenti.
– DR : Retour de Rome. Une semaine de glace et de pasta chianti. Le Vatican est une pétaudière. Le tribunal aux affaires financières sent le souffre. La villa Medicis sent le vide (expo méga naze). Le Maxxi (musée d’art con) sent l’arnaque. La télé italienne sent la honte et le silicone. Reste le Campo di fiori, mais bon…
– HPE : Soutien de Merkel à Sarkozy. Ça y est, l’UMP est enfin pour le vote des étrangers.
– PG : La vacuité du discours politique actuel c’est quelque chose !!!! on dirait des merdeux dans une cour de récré où les éternelles bandes s’affrontent en se provocant et après arguant du fait que c’est pas eux qui ont commencé…. Bientôt on va en être à des remarques du style: »D’abord c’est celui qui dit qui est nananèèèèèrre…. » Bientôt ils vont jouer aux billes pendant les interruptions de séances………. Pauvre de nous….. qu’est ce qu’on va en faire plus tard de ces connards…. je me dépêcherais de voter une loi pour l’euthanasie des personnages politiques inutiles…. C’est notre seule chance….
– PG :  Là j’ai fait un effort pour exprimer ce que je ressens…. ça me laisse sans voix…. et il en faut…..Ah si !!!! information majeure!!!! il va falloir au moins 40% de femmes dans les institutions politiques et tout et tout….. Putain là ils sont mal les mecs…. Parce que je ne sais pas si vous remarquez mais les gonzesses en politiques elles trinquent sec entre la morano, la royale, la dernière à qui on fait dire des choses qu’elle n’a pas vraiment dites, la dati sur qui fillon chie allègrement…. J’ai compris, les politiques ils ne font pas du recrutement de femmes,ils font du casting… ils cherchent les plus connes pour dire: »Vous voyez que les femmes en politique ça va pas, c’est pas fait pour ça une femme… » Mais là… 40% ils vont obligatoirement et il n’auront pas le choix, ils vont tomber sur des femmes normales, donc intelligentes et là j’espère qu’elles vont leur couper ce qui leur sert de couilles et le foutre dehors par la peau du cul…
– AR : j’éternue fort, d’accord, mais je m’évertue à prononcer clair ATTT-CHOU !!
– JPT : Lorsque j’entends Nicolas Dupont-Aignan affirmer : « Quand je serai président… », je cours jusqu’à ma glace et je me dis : « Quand je recevrai le Prix Nobel de littérature… »
– MC : Que la SPA, le WWF et Brigitte Bardot se rassurent: le mufle reste une espèce très protégée.
– PE : Cher banquier, 
j’ai la douleur de vous annoncer le décès de ma paie de février. Un regrettable et terrible accident de la consommation… L’enterrement aura lieu cet après-midi au cimetière du Grand Capital. Je compte sur votre présence. Ni Florins ni couronnes. Mais un don en euros serait très apprécié.
– JC : Je propose un référendum pour déterminer si les malades du cancer ne l’ont pas bien cherché et s’ils méritent vraiment les soins qui nous coutent la peau du cul
Je propose un référendum pour déterminer si les SDF ne sont pas responsables de la saleté de nos trottoirs et si l’on ne devrait pas les obliger à les nettoyer
Je propose un référendum pour déterminer si nicolas sarkozy ne devrait pas être investi des pleins pouvoirs et avoir le droit de vie ou de mort sur chacun de ses manants
– CA : Le suicide et les tentatives de suicide en augmentation chez les chômeurs… Pas possible ?! Je croyais qu’ils étaient tous vautrés sur leurs canapés devant leurs écrans plats !
– JPT : L’humour est en danger : selon certains observateurs, le Sarko Comedy Club pourrait fermer ses portes en mai prochain. Il dépend de nous qu’il puisse continuer à donner leur chance à de jeunes comiques politiques inconnus.
– PG : Ce soir c’est pas le soir de me faire chier avec vos états d’âme de parents avec leurs moutards de merde, de religion à la con que je conchie les unes après les autres, vos envies de soleil et marre du froid, des larmes pour ceux qui sont partis, ils sont partis et bien partis et ne reviendront pas…; les gonzesses modâsses avec leur chiffon sur le cul, je vous préviens, c’est pas le soir !!!!!
BONUS FÉE DU LOGIS :
– PG : J’ai trouvé un truc génial pour traquer les moutons sous le lit….. je jous avec Sushi, un petit baton avec un ruban, je suis d’un coté du lit, lui de l’autre, il fonce sous le lit je regarde soigneusement et le fais passer où il y a des loulous et quand c’est fini, je l’attrape et je lui passe la « brobrosse »… et lui est tout content, 10mn de jeu et un bon quart d’heure de calin avec la brosse et j’ai un dessous de lit impec’ sans avoir besoin de le bouger…. il vaut mieux avoir un chat à poils long… c’est plus efficace….

Merci de faire tourner ce blog auprès de vos ennemis, amis, parents, fournisseurs, clients, patrons et employés. Sans oublier vos pauvres…

Dessin © dominique cozette

La femme, ce poison !

C’est un vrai poison, ce bidule qu’on appelle la femme !  Pourquoi lui a t-on donné un cerveau ? Une bouche, un vagin, un utérus, deux bras costauds et voilà. Ça aurait suffi au bonheur de l’homme sot. Mais malgré tout ce qui a été tenté en occident, le cerveau de la femme s’est mis à produire ses idées (des idées !) notamment de parité. Et ça, ça fait mal aux testicules. Mais vraiment mal. Car comment expliquer qu’il y ait si peu de bidules qu’on appelle les femmes aux postes occupés légitimement par les hommes — ce sont les hommes qui les ont fabriqués, pute vierge, ces postes confortables, bien rémunérés, bien considérés, bien huilés, non ?
Alors comme ça, les bidules qu’on appelle les femmes veulent elles aussi leur part de « gâteau », comme si c’était du gâteau de diriger une entreprise, une administration, de présider un conseil, de donner une parole d’expert, d’animer des médias, de donner des ordres, de gérer son petit personnel etc… C’est comme si on leur disputait le droit à la grossesse !
Quand même,  faudrait quand même pas se les mettre à dos sinon quéquette blues. Donc, laissons passer une loi pour la parité. Oh, mais attention, pas pour tout suite, bordel de cul, la greffe ne prendrait pas, il faut faire ça au goutte à goutte. Car souvenez vous bien : le bidule qu’on appelle la femme, c’est du poison. Il faut se mithridatiser, en absorber chaque jour une petite dose pour que les organes ne s’endommagent pas. Petit à petit, dans un délai qui n’existe plus en politique (une éternité), en 2018, on aura introduit … 40% de bidules qu’on appelle des femmes parmi les hauts fonctionnaires.
– Heu… si je peux me permettre, dans des lois plus anciennes, on avait parlé de 50 %…
– Vous en êtes sûre, madame Chaussure ?
– Affirmatif, monsieur Bourpif !
– Ils ont dû faire une erreur, madame Vapeur !
– Non, non. D’ailleurs, je peux vous lire la définition du terme parité, monsieur Chospié !
– Gageons que la progression continuera par la suite, madame  Tagueule !
– Ça ne rime pas du tout, monsieur Bandemou ! Et cette loi, elle ne rime à rien non plus, monsieur Fégafatoncu !
Bref, les mamies ne lui disent pas merci, à cette loi dont elles n’ont que faire vu qu’en 2018, la parité elles ne sauront même plus ce que ça signifie car les hommes de leur âge, y en aura plus bézef !  Mais les autres bidules qu’on appelle des femmes, celles qui produisent encore des ovocytes, moi je serais que d’elles, je me dirais qu’ils se foutent de ma gueule. Car quand ça sert leurs intérêts, ils n’attendent pas la fin d’un quinquennat, plus un quinquennat, plus le début d’un autre pour agir ! (et se disent que d’ici là, centrales nucléaires, révolutions, réchauffement climatiques… y aura plus urgent à régler, madame Baisée).

texte et peinture © dominique cozette qui vous remercie de partager ce blog s’il vous semble que ça pourra intéresser vos ami(e)s…

 

Bretécher, une frustrée pas du tout fruste !

Il suffit de feuilleter ce superbe album très lourd pour s’en rendre compte : le talent de Claire Bretécher est extrêmement sophistiqué ! Ses BD en donnent un petit éventail. Mais qu’elle nous expose ses travaux personnels — des portraits —  et elle nous subjugue par sa technique et son regard.

Claire Bretécher peint, dessine, esquisse. Elle croque, elle saisit, elle peaufine. Elle fait de tout : crayon, encre, lavis, aquarelle, pastel, acrylique, huile, « gratouillis », monotype, tricot (trop fort), carrelage, fusain, bricolage, crayon de couleur. Et mix de tout ça. Et sur divers supports.

 

Ses modèles ? Son fils, ses nièces, des amies, des amis, sa grande copine Dominique Lavanant, les deux célèbres rousses, Régine Desforges et Sonia Rykiel. Et elle-même.


Des autoportraits où elle est loin de se mettre en valeur. Voilà d’ailleurs ce qu’elle dit de cette discipline : « On croit que l’autoportrait dénote un certain narcissisme. Faux. Ce serait plutôt la manifestation d’un ennui mortel. N’avoir que soi à se mettre sous le crayon est une punition. Imméritée en général. Heureusement, on constate souvent que le résultat n’est pas ressemblant, sauf accident. »

Dans un reportage passé à la télé il y a quelques années, on la voyait dans son atelier, une sorte de maison sur un toit plat à Place Blanche, havre de paix, en baver littéralement sur la confection de sa BD. Elle ne dessine absolument pas à main levée, elle peine, elle gomme, gomme gomme comme une forcenée, gratte, froisse, jette, recommence… Elle rame, donc, ce qu’on n’imagine pas venant d’une femme comme elle au style dilettante.

  Donc un très beau livre, surprenant car très varié comme j’essaie de vous le montrer dans ce blog. Les frustrés peuvent aller se rhabiller !

Il existe aussi un coffret collector numéroté avec une sérigraphie originale de l’artiste. J’ai raté la séance de signature, à l’automne, et tant mieux, j’ai horreur des séances de signature.

 

Claire Bretécher. Dessins et peintures. Editions le Chêne octobre 2011. 240 pages, 39,90 €. Imprimé en … Chine, pays de l’encre à dessiner…

Texte © dominique cozette

Ce livre était sur « la liste de mes envies ».

Et voilà, il est dévoré. Ce n’est pas faute d’avoir essayé de ralentir un peu, d’en garder la fin pour le lendemain, mais le lendemain devient vite la veille.
J’avais donc apprécié au-delà du raisonnable le premier opus de Grégoire Delacourt « l’écrivain de la famille » (mon article ici) paru l’an dernier, me disant qu’il allait falloir attendre un bail pour en savourer un autre — selon mon pessimisme optimiste — et toc ! me voilà avec le deuxième !
Ce qui est top, c’est que Grégoire Delacourt nous change de registre. Après avoir raconté son histoire de façon romancée, il fait dans la fiction totale en nous contant celle de Jocelyne, mercière à Arras, qui, poussée à jouer par des copines, gagne le gros lot. Puis décide de ne pas le claironner mais surtout de ne pas l’encaisser, de peur de perdre ses bonheurs tout simples. Je n’en dirai pas plus, l’auteur le raconte très bien.
Grégoire, que j’ai connu dans une autre vie, aime les gens de peu, les humbles, les simples et les gentils. Et puis le nord. Il nous introduit avec grâce dans la famille de Jocelyne, dans son couple, dans sa tête et ses rêves de jeunesse évaporés. Jocelyne qui, sans faire de philosophie, soupçonne qu’il y a plus à perdre qu’à gagner avec une telle somme. Jocelyne qui fait confiance aux autres, qui ne voit pas le mal, ou ne veut pas le voir, qui, sans être une sainte, aime bien rendre service. Elle tient d’ailleurs un blog sur les astuces, les trucs, les cent idées de la vie quotidienne via les travaux d’aiguilles. Elle pardonne assez facilement quand on lui fait des crasses mais attention, faut pas en remettre une couche ! C’est une pragmatique, pas une victime.
Bien sûr, c’est sentimental car Jocelyne est sentimentale. Elle lit et relit Belle du Seigneur tout en déplorant sa tragique issue. Et revient  sur le lieu d’un de ses bonheurs pour essayer, sans trop y croire mais on ne sait jamais, de le retrouver.
Et puis, grâce ou à cause de son gain, il y a la liste de ses envies, qu’elle refait de temps en temps, et qui nous met bien le nez dans l’incohérence de notre société bling-bling et autiste.
C’est un roman pas très épais, ça n’est pas une critique car tout est dit avec précision, acuité et sentiment.  C’est un roman suffisamment dense pour en faire un  film. Et pourquoi pas ?  Son premier livre a été couronné de plus d’une dizaine de prix. Et celui-ci « a déjà séduit les éditeurs du monde entier » comme c’est écrit sur le bandeau.
Bravo Grégoire ! Sans mettre la pression, j’attends le suivant…

Grégoire Delacourt « La liste de mes envies ». Editions JC Lattès. 2012. Imprimé développement durable. Presque 200 pages. 16 €.

Texte © dominique cozette

Fessebouqueries #80

En première ligne cette semaine, le terroriste NS qui braque toutes les chaînes de télé et qui agace. Puis kaï, kaï, bonjour monsieur l’Hiver, des aphorismes toujours très drôles et un peu de poésie trash de l’ami PG. Bref, une semaine fructueuse !
– SG : Les économistes s’affrontent pour savoir s’il faut laisser faire la main invisible ou s’il faut la guider. Les économistes sont des cochons.
– PM : Quelqu’un peut il dire à Merkel que le petit président n’est pas candidat?
– ML : 20h10, Sarkozy façon Kim Jong-Il occupera 9 chaînes. Les spécialistes annoncent un baby boom sans précédent pour octobre 2012.
– PAG : Ce soir sur TF1 : La Vérité si je Mens. Sur France 2 : La Vérité si je Mens. Sur LCI : La Vérité si je Mens. Sur BFM TV : La Vérité si je Mens. Sur I-Télé : La Vérité si je Mens. Sur La Chaîne Parlementaire : La Vérité si je Mens. Sur Public Sénat : La Vérité si je Mens. Sur TV5 Monde : La Vérité si je Mens. Sur France 24 : La Vérité si je Mens. Bref, allez au cinéma.
– OVH : Mon cher Nicolas,
Tu voudras bien m’excuser de ne pas assister à ton show de ce soir mais mon mari veut voir Inspecteur Barnaby. J’espère que tout se passera mal pour toi.
Des bises,
La Belge qui ne pourra jamais ne pas voter pour toi.
– PL : La même image à la même heure, prévue sur ce soir sur TF1, Fr2, i-Télé, BFM TV, LCI… Dois-je faire une réclamation pour défaillance technique ou porter plainte pour harcèlement psychologique?
– BD : Ce soir j’ai zappé sur 9 chaines et je suis tombé sur la même image. Je pensais habiter en France pas en Corée du Nord…
– SG : On ne dit pas javelliser, mais j’ai lu !!!!
– JPT : Si j’avais su tout ce que Sarkozy avait l’intention de faire s’il avait été élu président, je crois bien que j’aurais voté pour lui en 2007.
– PE: Sarkozy a également présenté la météo ce soir, histoire de pouvoir enfin annoncer une baisse de quelque chose.
– RD : A préféré « La France Sauvage » sur Arte à « La France Sauvetage, Chômage, Cafouillage, Cirage, Clivage, Enfumage, Gaspillage, Naufrage, Matraquage, Pourcentage, Racolage, Raffinage, Rattrapage, Repêchage, Renflouage, Sabotage, Saccage, Sondage, Suffrage, Tapage, Trucage et Ratissage » de Sarko…phage !
– HAD : Le président a dit : Je ne me déroberai pas.. Heureusement !! Ne pas oublier qu’il fut avocat!! Et puis seul le roi est nu!
– DT : Par ces temps de crise, il y a malgré tout une banque qui est beaucoup moins exposée que toutes les autres : la banque du sperme !

Elle est très solide, en effet, puisque ses avoirs y sont gelés. 
Son succès est grandissant: pour y entrer il faut sans arrêt faire la queue, mais ensuite vous êtes bien pris en main. 
Une banque paradoxale car, pour faire un dépôt, il faut être à découvert.
Une banque qui propose des placements juteux, en liquide, surtout en bourse. 
Une banque vraiment inébranlable…
– EO : Hier j’étais au premier rang, devant ma télé, pour la tournée d’adieu de Nicolas Sarkozy
– DC : Quand on a perdu un A, courage ne devient-il pas courge ?
– MB : Putain, faut que je me maîtrise, ce soir. J’suis à deux doigts de vous faire une déclaration d’humour. Alors qu’on sait qu’avec deux doigts, on peut faire mieux. Beaucoup mieux …
– SP : Mise sous tutelle de la Grèce !… Par l’Allemagne !… Aristote, au secours !
– CK : J’ai hâte d’être au 7 mai pour échapper à la paranoïa qui m’envahit quand je lis les posts concernant un certain « Nicolas » et qu’il me faut une nano seconde (tout de même) pour réaliser qu’il ne s’agit pas du mien 😀
– EL : L’affiche de Stéphane Guillon interdite dans le métro. En revanche, pour nous infliger le slip de Bigard, la RATP a moins de scrupules…
– ML : Chevènement se retire. Mais on avait rien senti.
– MM : Ah les ados ! L’été ça met des pulls et l’hiver ça met des tee-shirts ! Prise de tête tous les matins ! Bras en croix de la maman devant la porte : « tu ne sors pas comme ça ! »
– HPE : d’après le député Dosière, un ministre coûte 17 millions d’euros par an. Morano ? Lefèbvre ? Chatel ? Berra ? Ca fait cher l’incompétence crasse.
– ND : J’ai rêvé qu’on avait vendu 126 Chevènement à l’Inde.
– CC : je crois qu’on va passer la fin de notre vie à décocher, paramétrer, déparamétrer, démonter ( dans le meilleur des cas ) suspecter, oui …. aussi , où sont les années 70 avec Amicalement vôtre, Manix , et les dossiers de l’écran qu’on pouvait regarder peinards sans que le planète entière le sache ? J’te dis, un cabanon, de l’eau claire et une chèvre
– CR : c’est vraiment la crise, quand on envoie que le farine et pas une tarte entière
– PG : Putain, la mère Dehlia, elle nous pète une durite avec ses basses températures…. pour une fois qu’il se passe quelque chose…. elle trempe sa culotte, fais gaffe Evelyne, en sortant de TFI tu vas te retrouver avec un glaçon entre les cuissots….!!!!!
– DT & EL : « The Artist », le film muet, rafle 10 nominations aux Oscars;une première pour un film Français !

Comme quoi, quand les Français ferment leurs gueules, tout le monde les apprécie !
– JPCM : Quelle chanteuse à la mode faut-il détester, déjà, pour être à la mode ?
– AB : « Tiens ca fait longtemps que j’ai pas fait une purge dans mes amis facebook. » (Staline)
– SG : Il est cinq heures, Paris s’éveille, deux claques, une douche froide et je la mets dans son taxi avant que les paparazzi rappliquent.
– KB : Recensement 2012. Mon immeuble sélectionné. Je remplis les documents. La case PACS n’existe (toujours) pas. Bienvenue en France en 2012.
– BA : Que les politiques cessent de tout mettre sur le dos de la crise. Qu’ils se remettent en cuse. La crise, c’est peut-être eux !
– HV : Demain, le premier chiot que j’attrape, j’en fais un manchon.

Dessin © dominique cozette

En toute pour le Goncourt !

C’est une BD très marrante et légèrement littéraire qui fera rire tous ceux qui se sont essayés un jour à la littérature. « En toute pour le Goncourt » est l’illustration de ce qu’il faut faire et surtout ne pas faire si on veut se retrouver un jour sur une table de la FNAC à côté de Jauffret et de Nothomb.
Les strips — deux par page —  sont tous un petit gag à eux seuls et nous montrent un héros avec un giga poil dans la main qui ne cesse de procrastiner, jusqu’à ce qu’il se contente d’un roman minusculissime. Prétentieux, en plus, et pénible car il ne cesse de solliciter son ami Mathieu qui lui donne les bon conseils — jamais suivis — il n’envisage de publication que chez Gallimard. Puis éventuellement Minuit. Il campera devant sa boîte aux lettres comme si ces éditeurs n’attendaient que lui, et avaient accepté sa courte prose dès réception.

Je voulais vous mettre plusieurs strips mais le format n’est pas lisible, alors tant pis. Vous auriez vu que le dessinateur ne s’est pas trop cassé le tronc non plus puisqu’il doit y avoir une dizaine d’images différentes – au bureau, au lit, dans la cuisine, à vélo, nuit/jour — avec juste la bouche qui change d’expression. N’empêche, ça reste très efficace.
Si vous ne  l’achetez pas, si votre bibliothèque municipale ne l’a pas, allez le lire dans votre librairie pour bien commencer la journée, ou la finir… ou lisez presque tout (mais pas la fin) sur le site du Figaro ici

En toute pour le Goncourt. Jean-François Kiezkowsi & Mathieu Ephrem. Editions Cornelius 2011.

1960, le bonheur ? Pas vraiment…

Réalisé par deux poids lourds du regard sur la société, Jean Rouch, cinéaste et Edgar Morin, sociologue, ce film, « Chronique d’un été », qui a été tourné l’été 1960 a reçu le prix de la critique à Cannes, en 1961.
Ce qu’en dit Wikipedia : « Paris, été 1960, Edgar Morin et Jean Rouch interviewent des Parisiens sur la façon dont ils se débrouillent avec la vie. Première question : êtes-vous heureux ? Les thèmes abordés sont variés: l’amour, le travail, les loisirs, la culture, le racisme etc. Le film est également un questionnement sur le cinéma documentaire : cinéma-vérité et cinéma-mensonge. Quel personnage jouons-nous devant une caméra et dans la vie ? »
Les protagonistes de l’affaire interviewent des inconnus dont certains entrent dans le groupe et tissent des relations qu’ils vont rejouer devant la camera. Car les auteurs pensent qu’on se lâche mieux dans une ambiance conviviale où l’on peut manger, boire et fumer. (Ils fument tous comme des dingues).
Ce qui est remarquable, c’est la pudeur des gens sur leur vie personnelle. Rappelons que les premières émissions  psy où les gens déballaient leurs problèmes sont arrivées bien plus tard et ont fait scandale ! Donc, on ne parlait pas de ça, de la relation simplement amoureuse. Affaire privée. On pouvait juste évoquer le fait que oui, « dans mon foyer » ça va bien. Et c’était pas si mal, déjà. Une des filles — sorte de Béatrice Dalle italienne stupéfiante — qui est tombée amoureuse  durant le tournage se confie mais c’est très critiqué par les autres, ensuite.
En revanche, on est plus loquace sur les conditions de travail qui sont assez épouvantables dans les ateliers Renault ou autre, où  le petit chef a tous les droits. Il y a des millions d’ouvriers dont la vie se résume à métro, boulot, dodo. Et peur de se faire licencier. Il y a aussi les intellos, ou étudiants (on verra Régis Debray très jeune mais on ne le saura qu’après la projo).
Où ils vivent, tous ces gens, c’est loin d’être le minimum syndical. Souvent dans des piaules minables, sans eau ni chauffage, sous les toits en général et loin de Paris, déjà. Ils se lèvent très très tôt et le soir, ne font pas grand chose. Il n’y a pas grand chose à faire à cette époque le soir, pas de télé, pas de téléphone, pas de livres de poche… Les rues de Paris sont moches, toutes noires — Malraux n’est pas encore passé par là avec sa loi sur le ravalement — , les jeunes font adultes, soucieux, leurs engagements politiques sont déçus et la guerre d’Algérie les attend, pour les envoyer dans l’horreur durant 28 mois !
Une séquence drôle se passe à Saint Trop car Rouch trouvait que le film était tristouille. Et là, une starlette insensée, taille de guêpe,sosie cheap de Bardot, nous donne sa petite leçon de vie : c’est la mode de dire qu’on s’emmerde, à Paris, à Saint Trop, partout,  mais elle, elle s’amuse bien, on la prend en photo, elle fait du ski nautique, elle profite joyeusement… une blonde qui finalement, n’est pas si conne. (je me souviens qu’effectivement pour faire bien, il convenait d’être « blasé ». Ça n’a pas tellement changé).
Alors quoi ? Tous ces gens qui affirment qu’on était des petits vernis, si on les envoyait vivre ces années-là, ben ils feraient une drôle de tête ! Je vous le dis en face…

Extrait de 30 mn

Extrait de 5 mn  sur le racisme

Un très bon article de Critikat

Texte © dominique cozette

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