Jean Feldman est à Sète

Jean Feldman, avant d’être un grand artiste, fut un très grand publicitaire. Les campagnes qui sortaient de son agence FCA étaient magnifiques. Tous les anciens publicitaires que nous sommes s’en souviennent. Mais il a tourné la page, je ne le sens pas nostalgique du tout mais allant toujours de l’avant, réalisant le projet qui lui tenait à coeur depuis toujours : entrer dans le monde de l’art.

J’ai appris par un de ses proches qu’il a détruit les peintures de sa première exposition, des femmes nues stylisées, superbes, pour passer à autre chose. Cet autre chose, après de nombreuses expositions principalement parisiennes, est à Sète dans une étonnante chapelle dédiée aux arts plastiques, décatie et impressionnante : la Chapelle du Haut Quartier.

Le cadre parfait pour les personnages et autres créations de Jean Feldman, la plupart réalisées à base de carton découpé, parfois peint, d’aluminium, de bois. Il n’arrête pas, son atelier est envahi de son imaginaire, très souvent des grands formats soigneusement encadrés — Jean est un perfectionniste — et enrichi régulièrement de nouvelles créations.

Car si son style est bien identifiable, il continue à le faire évoluer d’année en année, en nuances, en sujets ou en volume, nous offrant chaque fois une nouvelle facette de son talent.

 

Ce qu’on aime à l’unanimité, c’est le regard bleu azur qu’il porte sur le monde, on l’imagine enfantin, simple, ébahi, émerveillé. Comme lui, en fait.
Mes photos ne sont pas merveilleuses, certaines sont faites à partir du très beau catalogue que je n’ai pas voulu « casser », mais ça donne une idée assez claire de l’artiste. Vous pouvez en voir plus sur la page FB de la Chapelle avec un film panoramique de l’expo.

L’atelier de Jean Feldman, c’est jusqu’au 8 mars à la Chapelle du Haut Quartier, rue Borne, à Sète.

Texte © dominique cozette

Enorme ! J'ai bossé près d'un cacabeurk !

En réorganisant ma bibliothèque, je tombe sur FCA 85, un livre qu’avait fait faire Jean Feldman pour promouvoir son agence. Il avait fait monter un mini studio de photo dans l’agence pour tirer le portrait de tous les collaborateurs. Tout le monde y est, du coursier au PDG, en passant par le chien de l’acheteuse d’art ! Comme son nom commence par Z, il est à la dernière  face au chien Kodak, la mascotte. Je n’en crois pas mes yeux ! Comment ? Eric Zemmour ???? Eric Zemmour aurait bossé comme chef de pub dans mon agence et on ne m’aurait rien dit  ! Eric Zemmour aurait pris le même ascenseur ! Eric Zemmour m’aurait même peut-être adressé la parole ! J’aurais partagé de l’air avec Eric Zemmour ! C’est énorme ! Mais que ne l’ai-je écrasé d’un coup de talon de mes Santiags, comme un nuisible qu’il est ! Pourquoi l’avoir laissé vivre ! Incroyable !!!
Remarquez, je ne m’en souviens pas du tout. Il est passé dans ma vie professionnelle de façon aussi discrète qu’une chiure de mite à l’autre bout de Paris. A l’époque l’agence avait déménagé à Suresnes, on venait de la rue du Louvre, pas loin de la Cloche d’Or (un fameux bar à vins), de la première boutique d’agnès b. et du pied du cochon. Voyez l’ambiance. Il fallait que nous retrouvassions nos marques (que pour ma part, je n’ai jamais retrouvées, je suis repartie assez vite dans une agence des Halles). Alors Eric Zemmour et ses petits dossiers clients et ses petits tickets resto et ses petites chaussures pointues, voyez comme je m’en tapais.
Pour être bien sûr que c’était LE Eric Zemmour haïssable que nous connaissons, j’ai vérifié son CV sur le net. Hé bien rien sur la pub. Sa carrière  commence après, à un âge pas si jeune. Il a tout gommé le traitre. Mais cette photo, réalisée par Alain Vivier, très bon portraitiste inconnu du Web, apparaît dans son tronchoscope, sans commentaire.
C’est tout ce que j’avais à dire sur le charisme avorté de cet individu. Un(e) ex- FCA se souvient-il/elle de lui ? A-t-il au moins dépassé le stade de la période d’essai ? En tout cas, pas le stade sadique anal !
Pour vous montrer comme je ne regardais pas les cacabeurks, je vous joins ma photo parue dans le livre. J’étais équipée des célèbres Wayfarer qui filtrent les saletés et autres indésirables. Je ne les quittais pas du nez. Ceci explique cela.

 

 

 

 

 

 

 

Photos Alain Vivier. Texte © dominique cozette

 

 

 

Je te promets, je rentrerai tôt, le soir …

Comment lui en vouloir ? Quand on voit le nombre de types qui pratiquent le présentéisme dans leurs boîtes !
Présentéisme, oui.
Il y a quelques temps, je les voyais très souvent jouer aux fléchettes le soir quand il n’y avait aucune réunion. Pas question de rentrer tôt, d’aider sa femme à torcher les mômes ou faire la bouffe. Et puis, ils auraient eu l’air de quoi, dans la pub, de préférer rejoindre bobonne plutôt que de rester là, entre amis, décontractés du gland de leurs mocassins…
Aujourd’hui, je suppose qu’ils sont sur Internet, à faire je ne sais quoi, prétextant réunions tardives, max de boulot, clients stressants, fournisseurs nases.
J’ai eu un patron de pub chez FCA, prénommé Jean, pour les initiés, qui décourageait cette attitude. Il nous poussait dehors, nous incitant à rejoindre femmes, maris, amoureux et enfants, jugeant que nous étions mal organisés si nous faisions des heures sup. Beaucoup d’entreprises étrangères raisonnent d’ailleurs de cette façon, voyant d’un mauvais oeil les traînards de bureaux.

Un récent article de Libé montre que la participation des hommes aux tâches ménagères  s’est accrue de 7 minutes (sept, oui) en 20 ans (vingt ans, oui). Si les choses évoluent au même rythme, l’égalité domestique sera atteinte … en 2460.
Vaut-ce le coup d’attendre ?

Je vous raconte ça pour illustrer mon dessin. Je ne travaille plus en boîte. D’ailleurs, à l’époque, je n’avais pas de mari qui pratiquait ce genre d’imposture. Ça n’aurait pas marché, dit-elle en secouant la tête de gauche à droite.

 

Texte et dessin © dominique cozette
d’après l’article de François Fatoux, membre du laboratoire de l’égalité.

Jean Feldman et son petit peuple

Jean Feldman, le F de FCA, cette superbe agence de publicité où j’ai eu l’heur de travailler, continue de créer. Comme les grands artistes, il n’en a jamais fini avec une  imagination qui  le taraude. Pourtant, il n’a plus rien à prouver. Il fait partie des plus grands publicitaires français, ses campagnes ont construit de très belles images de marque (c’est quoi, construire une image de marque ?) comme Obao et son univers japonisant, Pacific et sa plantureuse naïade en jaune, Gratounett et son humour décapant, Belle des Champs et sa ritournelle gotainerienne (qui a remis au goût du jour le joli verbe baguenauder), la Woolmark et ses moutons en forme de logo etc.
Jean Feldman, créatif exigeant, continue de bosser. Il dessine, mesure, découpe, maquette, essaie, colle divers matériaux.
Sa toute première expo montrait sur toile des femmes girondes bien alanguies. Et des tableaux-coffrets de plexi où dialoguaient d’amusants personnages découpés dans du carton. Aussi incongrus et naïfs que les petits bonshommes de Sempé. Il ne les a pas mis sur son site mais comme je les  aime énormément, je vous les montre.
Et puis, ça évolue. La peinture est rangée pour un temps. Le carton sert beaucoup pour d’autres originaux ou des maquettes. Le corian s’illumine aux rayons des lumières et l’inox rutile étonnamment. Les personnages en liberté se totémisent,  rivalisent de hauteur et d’éclat tandis que la foule des petites gens s’entassent dans des belles caisses américaines sous plexi. C’est impeccable, nickel mais aussi très touchant. Exactement comme leur créateur.

Fiancée 1

Fiancée 2

Kisses

My sister

We met on the web

You’re talkin’ to me » (détail)

Le site de Jean Feldman est ici.

Texte © dominique cozette

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